• Attention, chutes de pierres ! - REVUE MESSAGE (mars-avril 2019)

    Mars/avril 2019

    Commentaire biblique

    Attention, chutes de pierres !

    En bonne valaisanne, le monde minéral m’a toujours fascinée, aussi je ne peux blâmer l’apôtre de nous gratifier d’un tel tas de cailloux… Et ne lui jetez pas la pierre, car c’est son nom ! Il ne rougit d’ailleurs pas de l’aligner sept fois en quelques phrases, ou plus exactement six, lui substituant une fois le mot « roc ». Mais au fait, ne s’appelait-il pas plutôt Simon ?

    Quelques personnages bibliques se sont ainsi vu renommés, et par là-même enoyés, les mots « nommer » et « appeler » signifiant à la fois « donner un nom » et « donner mission ».

    Chacun porte un nom secret, qu’en vérité Dieu seul connaît. Qu’on en prenne conscience ou non, il n’en demeure pas moins le fil rouge de sa vie, le moteur de ses actions. Sans doute est-ce cela que dans la vie religieuse on cherchait à approcher, en proposant de changer de nom, d’accoler à celui-ci un « mystère », ou encore de se choisir une « devise épiscopale ».
    Quelle est l’expérience fondatrice qui, tout au long de ma vie, au-delà de mes incohérences, tient la route et m’y tient, si je puis dire ? Quel aspect de la révélation restera pour moi une perpétuelle source d’inspiration, capable de me remettre en marche quand mon pied a buté ?

    Simon Pierre, lui, se croyait un roc, fier de la promesse entendue : sur lui se construirait l’assemblée des croyants ! Mais c’est à l’heure où sa fragilité lui est cruellement révélée qu’il se découvre soutenu par Celui qui EST le rocher, et qui, dans le don de sa vie, prie pour que sa foi ne défaille pas et qu’il puisse à son tour affermir ses frères. Après la chute, le voilà confirmé dans sa charge d’édifier la communauté.
    Le nom donné a ainsi quelque chose de paradoxal : Révélation de l’identité profonde, il n’est pourtant pas naturel, comme un trait de caractère. Nécessitant au contraire un continuel retournement, il est une facette du visage de Dieu, que le nôtre est invité à contempler, pour le refléter au monde.

    Et si nous parlions un peu du grand saint Paul ? Son nom signifie « petit, faible ». Quand ce personnage féroce et brillant découvre, déconcerté, que le Seigneur de la Gloire s’identifie au peuple persécuté, il devient chantre de la kénose , œuvrant sans relâche à rassembler tout et tous sous ce chef qui a choisi la faiblesse et la folie, plus fortes que les puissants et les sages de ce monde.

    Deux apôtres, deux langages, qui cependant participent une seule œuvre : construire la communauté, vue par l’un comme un corps, et comme un édifice par l’autre. La vision organique de Paul paraît plus dynamique ; il n’en est rien pourtant, car c’est à devenir « pierre vivante » que nous invite le pêcheur d’hommes, pour nous fonder sur la pierre d’angle.
    Mais au fond, où est-il, ce rocher qui veut nous rassembler ? Quel est son lieu ? Lui qui est présence, il ne peut être ce « non-lieu » de l’utopie. Pas non plus l’idéal, qui, par définition, reste inaccessible, alors qu’on nous invite à nous en approcher, nous y appuyer, nous construire dessus. Bien réel, Il est intérieur à tout lieu en même temps qu’il lui échappe. Pour reprendre les mots de Paul, Il ordonne et récapitule tout en Lui. Le Temple nouveau n’est donc plus lié à un pays, une culture, un système politique, et c’est précisément ce qui donne à la communauté nouvelle de pouvoir entrer dans toute structure en y demeurant libre

    Chacun porte un nom de grâce. La vocation n’est pas une sorte de coup de fil divin réservé à quelques élus – les pauvres ! – comme m’a lancé un jour un ancien séminariste, heureux de me présenter son épouse : « Mais oui, c’est toi qui as choisi la meilleur part… et on te la laisse
    volontiers ! »

    La vocation n’est pas un programme, encore moins un destin, mais la révélation de notre identité profonde, une graine à développer, un aspect du mystère inépuisable du Dieu qui veut prendre chair de notre chair. Au cœur de chacun brille un nom tout neuf, qui, au fond, n’est rien d’autre que la façon particulière qu’il a d’appartenir à Dieu.

    Sœur Laetitia-Catherine

     

    Source Revue MESSAGE

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  • Commentaires

    1
    Alice Damay-Gouin
    Samedi 6 Avril à 12:49

    Merci !!! et soyez heureuse soeur Laetitia Catherine !!! Soyez dans la joie puisque vous m'y mettez !!! Ce texte me bouleverse et j'y reviendrai... A bientôt ! et Merci !!!

    Alice

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