• S’immerger dans le sens profond du Carême

    Le Carême avec ses pratiques d’abstinence, de jeûne, nous interpelle, nous appelle, nous interroge, creuse en nous une place : une place pour Dieu, pour le Christ.

    Cette période de dévotion a été instituée par l’Eglise catholique au IV siècle en référence aux 40 jours de jeûne de Jésus Christ dans le désert.

    Mais le Carême, ne nous prépare-t-il pas aussi à autre chose ? Une montée, un accompagnement, une dépossession de soi, un appauvrissement, une méditation…une marche aussi, mais en vue de quoi ? Qu’est-ce qui nous attend ? Qu’allons-nous commémorer ? Où allons-nous ?

    C’est un temps, et nous avons peut-être tendance à l’oublier, à nous préparer, nous qui sommes son corps mystique à la Passion du Christ. Sommes-nous prêts, là où nous sommes, à comme lui, de choisir librement, par amour, en accord avec le Père,  à donner notre vie pour racheter celle de nos frères en humanité ?

    Le Carême nous prépare, ni plus ni moins à la Croix. 

    O croix de Jésus Christ, O croix dressée sur le monde ! 

    Durant la fête de Pâques nous fêtons la mort et la résurrection du Christ. Nous commémorons la Passion du Christ, nous exaltons sa croix : croix douloureuse, croix dressée sur le monde, croix glorieuse.

    La célébration de cette croix qui témoignage de la souffrance et de l’agonie du Christ, reste encore aujourd’hui, comme il y a deux mille ans, difficilement compréhensible, même pour le croyant. Bien sûr, il ne la qualifiera pas de folie ou de scandale comme à l’époque, il se satisfera de la vivre comme l’objet d’une grâce incompréhensible ; elle demeura pour lui,  un mystère insondable.  

    Le sens de cette croix est si difficile à saisir qu’il est devenu dans le langage courant, synonyme de difficultés de toutes sortes, de fardeaux, d’épreuves, dont on n'aimerait bien se passer, se débarrasser mais qu’il nous faut supporter vaille que vaille.

    Il n’est pas rare, lorsqu’une personne vous raconte ses soucis, qu’elle termine sur un ton résigné : « C'est ma croix », comprendre c’est mon « boulet » ; à moins que ce ne soit nous qui lui disions en soupirant, pour très étrangement la réconforter : « Eh oui, c’est difficile ce que tu vis mais c'est ta croix ; on a chacun la nôtre ».

    Tout est dit. 

    Vraiment ? 

    Si la croix c'est réellement cet « enfer » comment comprendre que le christ nous demande de la prendre pour le suivre : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. » ? (Mathieu 16,24) Comment comprendre qu’elle est le signe du plus grand amour ?

    Et si nous la regardions autrement, avec le regard du Christ ? 

    Qu’est-ce que la croix ? Un « saut » (pessa’h en hébreu, mot traduit par « pâques ») de la mort à la vie. 

    Un lieu de passage. L’unique, qui transmute notre nature humaine en une nature divine. 

    Elle est passage parce qu’elle est ouverture ; elle est ouverture parce qu’elle est blessure. Une brèche est faite dans notre armure, « notre égo ». Par cette entaille, nous sommes devenus vulnérables et parce que nous nous sommes touchés, nous pouvons être touché par la blessure de l’autre : nous nous humanisons, nous divinisons. 

    Car plus je m’humanise, je devrais écrire, plus je « m’admise », plus je deviens à la ressemblance de Dieu, plus je me divine. 

    La croix est le point de jonction et de rencontre entre l'homme et Dieu,  le passage par lequel l’Adam né de la adama « la terre » accède à la ressemblance, devient fils du Père à la suite du Fils qui lui a montré ce chemin.

    La croix que le christ me demande de porter est le lieu de ma transfiguration , si je ne la fuis pas, si je ne la maudis,  si je ne me laisse pas écraser par elle ; si je l'empoigne avec amour et la dresse sur le monde. Ce n'est qu' ainsi, prise à plein bras,  debout, qu'elle est le lieu de toutes les grâces : « Il faut que le fils de l'homme soit élevé de terre... ».

     Ce n'est qu' ainsi qu'elle est offrande, parce que don totalement consenti. Ce n'est qu' ainsi qu'elle est Salut pour le monde.

    Aussi, prendre ma croix et te suivre, Seigneur, c'est à ton imitation réalisée toutes ces choses. Tu viens m’apprendre que c'est là, au cœur de ma blessure et seulement la, que peut s'accomplir l'œuvre du grand alchimiste qui transforme le plomb en or, l'obscurité en lumière.

    Si je sais faire de cette croix pesante un formidable levier qui me propulse hors de moi, alors mon cœur de pierre deviendra cœur de chair, cœur du Christ, cœur de Dieu.  

    Je pourrai crier : « J’ai soif ! »  Soif de toi mon Dieu,  soif d'un Dieu qui a soif de moi,  qui n’hésite pas à boire la coupe,  pour me rejoindre au seul endroit où je me laisse atteindre : ma blessure.  

    Tout le long du livre du Cantique des cantiques, la bien-aimée compare son Bien Aimé à une gazelle et à un faon, le petit du cerf.  

     Le cerf est le roi de la forêt. Par sa haute ramure qui se renouvelle périodiquement il est comparé à l'arbre de vie et symbolise la fécondité, les rythmes des croissances et la lumière car il guide vers la clarté du jour. Quand il a soif, quand il recherche une compagne son appel rauque est irrésistible ainsi en est-il de l'appel de Dieu. 

    Son amour plus fort que la mort,  nulle ne saurait l’entendre sans en être ébranlé jusqu'en ses fondements et sans y répondre. 

    En hébreu gazelle se dit, tsvi.

    Dans le verset l'expression employée est: létsvi. La préposition de comparaison est collée au nom. On peut alors lire en permutant les lettres, le mot tselvi qui signifie, « ma croix ».

    Mon Bien Aimé est comme l'arbre de la Croix,  qui dégoutte de myrrhe... de ses blessures suintent une résine de prix,  sang et larmes, sève de vie pour le rachat, le pardon et la vie éternelle.  Saisissons-nous des branches de cette croix lyre pour en extraire les plus beaux chants d'amour et de louanges, pour chanter le chant nouveau de la délivrance. 

    Le faon se dit, Opher. Ce mot, lu Aphar signifie « cendre ». Cendre sur mon front, poussière du mercredi des cendres, signe de la folie d’amour d’un Dieu qui nous aime jusqu’à nous donner son « fils » pour qu’aucun d’entre nous ne se perde. 

     

                                                                               Elisabeth Smadja

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  • Elisabeth Smadja. Je suis juive orthodoxe et catholique. 

    03/01/2020

    Élisabeth Smadja se présente comme une juive orthodoxe en recherche qui a trouvé le Christ en 1999 et qui a reçu le baptême. Mère de 7 enfants, elle a vécu un divorce difficile et une séparation momentanée, mais très douloureuse, de tous ses enfants. Sur le plateau d’Un Coeur qui Ecoute, elle raconte sans fards ses épreuves et son chemin de conversion, montrant qu’il n’y a pas rupture entre judaïsme et christianisme, entre la Torah et les Evangiles, mais continuité et accomplissement en la parole des saintes écritures.

    source https://www.ktotv.com/video

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  • Le Nouvel an

     

    La bible nous raconte l’histoire d’une alliance entre Dieu et l’homme à travers la marche d’un peuple Israël, fils aîné d’une humanité de frères, tous fils d’un même Père. Ce livre porte en lui une « bonne nouvelle » : celle de la venue d’un messie rédempteur pour le salut du monde. Ce divin enfant est en gestation dans les entrailles maternelles d’Israël, appelé par les prophètes « la vierge de Sion ».

    Après des siècles d’affinement de sa « matrice » par l’étude, la prière et la pratique des commandements, Israël donne enfin naissance à ce fils en une de ses filles, Myriam, Marie. Cet enfant, appelé Jésus, en hébreu Yéshoua « Dieu sauve »,  ouvrira les portes de l’Alliance d’Israël à tous les hommes.

    Cependant, pour prendre conscience de ce long travail de gestation de génération en génération jusqu’à la mise au monde, il aurait peut-êtrefallu compter le temps selon le calendrier hébraïque qui commence à la création de « adam ».

    Jésus christ serait né aux environs de l’an 3758,  1343 ans après le don en 2448 de la Torah au mont Sinaï- Torah dont il est l’accomplissement. Il serait mort et ressuscité vers l’an 3791.

    Mais l’empereur Constantin en a décidé autrement, les compteurs du temps ont été remis à zéro, et avec la naissance du divin enfant,  a commencé une nouvelle ère, c’est pourquoi, nous passerons de l’an 2019 à l’an 2020.

    Dans quelques jours nous fêterons la nouvelle année. Qui se souvient encore que plus précisément, ce jour-là, nous fêtons la cérémonie de la circoncision de notre seigneur Jésus Christ ? 

    Dieu établit avec Abraham et sa descendance par Isaac une alliance éternelle, scellée dans la chair par le rite de la circoncision. Depuis, tout enfant mâle juif passe par ce rite pour entrer dans l'alliance. On fête la circoncision de Notre Seigneur Jésus le Jour de l'An, huit jours après sa naissance, le 25 décembre : « Et quand les huit jours furent accomplis pour circoncire l'enfant, alors son nom fut appelé Yéshoua, Dieu sauve »(Lc 2, 21). 

    Pratiquer la circoncision dans la chair, c'est en retrancher le prépuce (orlaen hébreu) suivant le commandement de Dieu (Gn 17,9-12). Le mot orla vient de la racine arèl qui signifie : « laisser intact »,  « incirconcis ». Ce terme est employé pour construire les expressions : « dur d'oreille », « cœur endurci » et « bègue » . En voici des exemples dans les Écritures :

    «Circoncisez donc le prépuce (orla) de votre cœur » (Dt 10, 16).

    Moise avait dit devant l’Éternel : « Je suis incirconcis des lèvres » (Ex 6, 30). Il signifiait par là qu'il bégayait, ce qui lui semblait être un handicap pour parler à Pharaon.

    «A qui parlerai-je, qui sommerai-je afin qu'ils écoutent ? Voici, leur oreille est incirconcise et ils ne peuvent entendre» (Jr 6, 10) !

    Être circoncis, c'est être blessé et être incirconcis, c'est refuser la blessure pour demeurer intact. Or justement ce qui ouvre le cœur et les oreilles de l'homme à un autre que lui, c'est la blessure. Par elle seule, nous devenons humains, c'est à dire perméables à la souffrance de l'autre et attentifs à l'écoute de la voix du Tout Autre qui murmure en nous. C'est tout le sens de la prophétie d’Ézéchiel :« J’ôterai leur cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair.»  En hébreu, cœur de chair se dit lèvbassar.  En permutant entre elles les trois lettres du mot bassar chair, on lit le motchevar, brisé. Un cœur de chair, c’est un cœur brisé de la divine blessure. 

    Cependant, si le chrétien ne passe pas par le rite de la circoncision de la chair, ce n'est pas parce qu'elle serait caduque, le commandement de Dieu est éternel : c'est parce que tout baptisé revêt le corps du christ, un corps déjà circoncis.

    Il lui reste à pratiquer les autres circoncisions, celles du cœur, des lèvres, des oreilles.

    Être tout entier circoncis, c'est être crucifié, donné, profondément humain, c'est à dire divin.

    Être crucifié avec le Christ, c'est être tout entier « circoncis ». Par cette blessure-ouverture, la compassion, la tendresse, la charité, l'amour et la grâce, pénètrent notre chair et la densité de notre matière se divinise, son opacité fond, elle devient transparente, vitrail laissant passer la lumière de Celui qui est la lumière du monde. Tout baptisé, en Christ, bat du même battement que son cœur, un cœur brisé, d’où s'échappent les grâces d'amour pour le monde.

    Élisabeth

    Mille mercis Élisabeth et Bonne Année ! Richard

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  • Le coin biblique               Il est né le divin enfant… 

    il est né le divin enfant

    Qui est-ce « divin enfant » ?

    Le « divin enfant », l’enfant tant attendu, c’est le messie d’Israël : le christ.

    Christ est le mot grec pour traduire le terme hébreu mashia’h« messie ». Ce mot vient de la racine masha’h« oindre » avec de l'huile d'olive. Trois personnes reçoivent l'onction dans la Torah « le Pentateuque »: le prêtre, le roi et le prophète.Cette onction s’accompagne de la venue du roua’hakodesh « le Saint Esprit ». 

    On appelle messianismel'attente en Israëld'un roi oint qui viendra sur le trône de David pour apporter une ère de paix et de connaissance de Dieu au monde entier.

    Ce messie, fils de David, est considéré dans le livre des Psaumes, comme le « fils de Dieu » : « Je raconterai un décret, l'Eternel m'a dit : tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré ».(Ps 2, 7). 

    Il y a plus de deux mille ans, un rabbi « maitre, guide » nommé Yéshoua « Jésus » parcourt les villes de la Judée et de la Galilée enseignant aux foules, guérissant les malades, et chassant les démons. Sa parole de feu, qui ouvre la Torah « Pentateuque » à de nouveaux niveaux de compréhension qui jusque-là étaient demeuré cachées, éveille les cœurs de ceux qui l’écoutent. Il est considéré par ses disciples comme le messie. 

    La naissance du messie, c’est la venue en l’Histoire des hommes, dans l’histoire singulière d’un peuple particulier Israël, avec lequel Dieu a contracté une Alliance éternelle, d’un rédempteur pour le salut du monde. Mais ce « divin enfant », en vérité, chaque individu, parce qu’il est fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, le porte également en ces entrailles et doit, pour s’accomplir pleinement,  le mettre au monde. 

    Dans « ce monde -ci », l’homme, chacun d’entre nous, est en gestation de son être ultime, ressemblant en cela à une femme enceinte. Nous sommes, tout au long de notre existence, en cours d’enfantement de notre être ultime. Nous avons à devenir des hommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, autrement dit des hommes divinisés : Dieu s’est humanisé dans l’homme, en le créant à sa ressemblance, pour que l’homme se divinise, en incarnant dans sa chair cette ressemblance.

    Lorsque Dieu révèle son nom à Moïse au buisson ardent, il lui dit « Je serai qui je serai » et « Je serai » avec toi. Ce Nom divin, l’homme le porte en ses entrailles : il est présence de Dieu en devenir en lui, en cours de mise au monde.

    Il ne nous ait pas demandé d’être un surhomme mais un homme véritable. Cela passe par des vies bouleversées, des vies retournées avec la fourche de la prière pour que notre matière devienne une matière humanisée, c’est-à-dire divinisée.

    « Telle est l’histoire des origines du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créé ;

    Lorsque l’Eternel Dieu fit une terre et des cieux »(Gn 2, 4).

    Élisabeth

    La suite ICI Télécharger « Il est né le divin enfant.docx »

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  • Autre format texte

    Prier le Notre Père

    Je médite depuis des mois sur les mots du  Notre Père. Ces mots se sont emparés de moi…Plus je réfléchis à chacun d’entre eux, plus il m’apparaît qu’ils sont à mettre sur toutes les lèvres car ils concernent tous les hommes.

    C’est la prière d’un Juif nommé Yéshoua. Il l’a transmise à ses disciples, Juifs comme lui, et eux l’ont transmise au monde. Au cours de ce processus de transmission, par le fait de l’histoire d’un empire, celui de Rome, elle est devenue la prière d’une nouvelle religion. Telle n’était probablement pas la volonté du Christ lorsqu’il l’enseigna à ses disciples – son message était universel. Cette prière concerne l’homme, « adam » dans son essence, fait à l’image de Dieu et appelé à être à sa ressemblance. C’est en ce sens que le « Notre Père » est une prière adamique ».
    A travers l’éclairage et la richesse de la langue hébraïque, il s’agit de ramener dans une marche bienheureuse des fils à leur Père. Un « Abba » (papa) qui, comme nous le montre la parabole du fils prodigue, guette le retour de chacun de ses enfants pour festoyer avec lui et ses frères dans la maison familiale.
    Une véritable rencontre avec une prière qui nous ramène dans les racines juives de la foi chrétienne !

    Disponible ICI 

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  • Bonjour mes amis-es, notre collaboratrice Élisabeth souffre depuis un certain temps et nos pensées positives et prières la réconforteraient. Si vous le souhaitez, laisser lui un message dans la section commentaire de cet article. Pour elle, je vous en remercie. Richard

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    Prier le Notre Père

    Prière juive, prière chrétienne, prière « adamique » 

    (dans une prochaine publication je vous présenterai le nouveau livre d'Élisabeth sur le même titre.)

     

    Prier le Notre Père  Prière juive, prière chrétienne, prière « adamique » - ÉlisabethLe Notre Père n’est pas seulement une prière, c’est aussi un manifeste, c’est à dire un programme de vie qui concerne tous les hommes, parce qu’il concerne l’Homme.

    Pour le judaïsme, ce monde, appelé en hébreu olamazé  « ce monde ci », a un commencement et une fin. Il est l’antichambre d’un autre monde, olamaba , « le monde futur » ou littéralement « le monde qui vient », monde dont parlent les prophètes et le Christ.

    Dans « ce monde -ci », l’homme, chacun d’entre nous, est en gestation de son être ultime, ressemblant en cela à une femme enceinte. Et de même qu’on ne saurait juger l’enfant à naître à son état embryonnaire d’après une échographie, de même nous ne pouvons commettre l’erreur de croire que la manière dont nous existons est notre être définitif, alors que nous sommes en cours d’enfantement de notre être ultime. Nous avons à devenir des hommes faits à l’image et à la ressemblance de Dieu, autrement dit des hommes divinisés. Dieu s’est humanisé dans l’homme, en le créant à sa ressemblance, pour que l’homme se divinise, en incarnant dans sa chair cette ressemblance.

    Lorsque Dieu révèle son nom à Moïse au buisson ardent, il lui dit « Je serai qui je serai » et « Je serai » avec toi. Ce Nom divin, l’homme le porte en ses entrailles : il est présence de Dieu en devenir en lui, en cours de mise au monde. 

    Le Notre Père n’est donc pas uniquement la prière d’un croyant qui appartiendrait à une religion donnée, c’est une manière d’être Homme, d’être au monde dans les trois modalités relationnelles qui fondent tout être humain : relation à soi, à l’autre et à la transcendance.

    Les sept demandes de cette prière répondent aux questions existentielles que tout homme peut se poser un jour ou l’autre au cours de son existence. Des réponses qui, à mon avis,  peuvent convenir et satisfaire chaque homme dans le respect et la liberté de ses choix religieux et spirituels car aucune référence à une religion particulière n’y figure. Des réponses à la fois simples et compliquées qui peuvent toucher et emplir le cœur d’un savant comme celui d’un ignorant, d’un adulte comme celui d’un enfant.

    D’où est-ce que je viens ? Je reçois ma vie du créateur, qui est mon Père.

    Qui suis-je ? Son fils.

    Ce monde a-t-il une finalité ?  La venue de son règne.

    Qui est l’autre ?  Mon frère.

    Quelle est ma vocation ?  Amener le monde et mon être à son achèvement en aimant le Père et mon prochain comme moi-même, jusqu’à donner ma vie pour lui.

    Ces sept demandes nous enseignent tout à la fois : comment transformer notre être pour faire de lui un fils du Père et un frère ; comment passer de l’image à la ressemblance ; du septième jour au huitième jour ; de l’existence à la vie éternelle ; comment nous humaniser pour nous diviniser. 

    Pour nous résumer : la vie nous est donnée,  il nous reste à acquérir notre être en donnant à notre tour. Seuls le don et l’attention à l’autre justifient notre existence. Chaque fois que je me donne, je justifie la création de mon être, de cette vie que je reçois gratuitement. En cette existence, je suis en gestation de moi-même : je porte en moi plus que moi. Je porte à la fois l’autre et mon être messianique. C’est cette réalité oubliée que le Christ est venu rappeler à chacun de nous. Il nous montre le chemin : la croix, c’est-à-direle don de sa vie pour le prochain quel qu’il soit. 

    Le Notre Père nous a été donné par le Christ, pour nous apprendre à prier. Prier se dit leitpalel en hébreu, verbe qui signifie aussi « juger » ou plus justement, ce verbe étant à la forme pronominale, « se juger ».

    Prier le Notre Père, c’est prendre chaque jour, un temps pour se repositionner vis à vis de soi-même, des autres, de Dieu. Se demander, où j’en suis à cet instant précis de mon existence, où est-ce que je vais ? Se souvenir de qui je suis, de qui me donne la vie, du projet divin. Me réorienter.

    Le Notre Père est la prière personnelle de Jésus, il l’a donnée à chaque homme,  sans acception de personne,  pour qu’il renoue le lien avec son créateur qui est son Père et qu’il révèle le fils et le frère qu’il est, afin de réaliser, pour la plus grande joie du « Père » la merveilleuse farandole de la fraternité humaine.

    .Avant l’épisode de la Tour de Babel tous les hommes avaient une même langue qui les reliait entre eux leur permettant de se comprendre parfaitement. Ils n’ont pas su en user pour le bien, aussi Dieu a multiplié les langues. Cependant en chacun de nous demeure cette nostalgie de retrouver une langue commune, un langage universel. Beaucoup ont essayé mais hélas cette entreprise s’est toujours soldée par l’échec, ces acteurs confondant, langue une avec pensée unique. Je me demande aujourd’hui si cette langue universelle, cette langue Une, qui regrouperait et intégrerait en son unité, toutes les différences pour le plaisir de tous, ne serait pas celle du Notre Père : chaque individu, quel qu’il soit, où qu’il soit, peut dire : « Notre Père », Chaque individu, quel qu’il soit, qui le souhaite, peut être fils, peut être frère.

    Avec le Notre Père, nous découvrons que la langue universelle après laquelle nous avons tous couru, dont nous avons tous rêvé est celle de la famille : la famille humano- divine, divino - humaine.

    Pratiquons tous, sans retenue, avec bonheur, avec délice, cette extraordinaire langue qui en nous rattachant à notre origine, en nous rappelant nos responsabilités, nous relie les uns aux autres. Chacun de nous tenant désormais la main du père, la main du frère pour amener ce monde et son être à sa réalisation, sa plénitude.

     On s’écrit avec le psalmiste : « Comme il est bon et agréable de voir des tribus de frères ensembles ». Il est écrit : « tribus » donc des groupes bien distincts avec des talents, des coutumes et des sensibilités différentes.  C sont néanmoins des frères qui demeurent ensemble, avec leur singularité, pour le plus grand plaisir du Père.

     

    Élisabeth

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    16 commentaires
  • Voici un extrait aménagé de ''Prier le Verbe'' du dernier livre d'Élisabeth qu'elle nous offre, Merci...

     

    Mois de mai, mois de Marie

     

    Qui es-tu Marie ?

    Nous te prions, nous t’adorons, nous ne tenons la main, tu es dans notre vie, tu es notre maman. Mais que savons-nous de toi ? Qui es-tu Marie ?

    Marie, Myriam

    Marie est la transcription en français du prénom hébreu Myriam porté pour la première fois par la sœur de Moïse et d'Aaron qui était prophétesse. Ce nom peut signifier : mar(goutte) yam(mer), goutte de la mer latinisée en stella maris« étoile de la mer » ; ou mar(amère) maïm(eaux) « eaux amères » préfigurant les souffrances de son cœur de mère, ou encore ram(élevé), yam (mer) qui symbolise les eaux élevées ; les eaux d'en haut, du monde invisible qui furent séparées d'avec les eaux d'en bas par Dieu au second jour de la création. (Gn1,7)

    Marie, fille d’Israël

    Myriam est une fille d’Israël. La séparer de son peuple, de ses parents, de ses racines et de son Dieu, c'est passer complètement à côté de la profondeur et de la réalité historique de son être, c'est la trahir.

     

    Marie vierge de Sion

    1.  Sion

      Pour les Pères de l’Église, elle est la fille de Sion. Ce nom, est le nom donné par les prophètes à la communauté d'Israël en son entier. Sion, c'est le mont Moriah, lieu de la ligature(sacrifice) d'Isaac, appelé aussi mont du Temple, lieu que Dieu a choisi entre tous pour y résider, car là Abraham lui a montré sa parfaite fidélité, sa foi et sa confiance. Là, Isaac s'est abandonné à la volonté de son père qui abandonnait la sienne à celle de son Dieu ; c'est un haut lieu d'amour filial et théologal. Les psaumes nous disent : « De Sion on dira, tout homme est né là-bas ». (Ps 86).

      Le prophète Céphonia (3, 14, 17) s’écrie : « Entonne de joie fille de Sion...L’Éternel ton Dieu est au milieu de toi !» Au milieu se dit bequirbe’h qui peut aussi se traduire par, à l'intérieur de toi. Réjouis toi fille de Sion, réjouis toi Marie, l’Eternel ton Dieu, YHVH Elohim, est à l'intérieur de toi, dans tes entrailles.

    2. Vierge

    Vierge physiquement mais pas seulement…ce qui nous donne la possibilité de suivre son chemin en nous « virginisant ».

    Ce que j'appelle se « virginiser », c'est faire un travail d'enquêteur pour traquer et trouver les milliers de mots que nous avons entendus, lus, dits et qui nous ont formés, informés, que nous employons pour nous construire et pour entrer en relation. En mesurer l'action positive ou négative, en nommer les auteurs, peser la portée d'ombre ou de lumière qu'ils ont mis dans nos vies, repérer leurs empreintes dans sa chair et se dés- imprimer. Sur la page gommée, n'écrire désormais que des mots venant du Très haut ou de soi-même dans le Souffle de l’Esprit.

    Marie, servante de YHVH.

    C'est le titre qu'elle se donne. Le plus grand, le plus beau entre tous, celui que Dieu donne à Abraham qui marchait avec lui, à Moïse avec qui Il parlait face à face, et à David, le chantre bien aimé.

    Marie, mère du Verbe de Dieu.

    Marie est mère du verbe incarné, mère de celui qui accomplira totalement la volonté du Père, en manifestant l'étendue de son amour pour l'humanité.

    Elle est l'Arche de la nouvelle alliance qui n'annule pas la première mais l'étend à tousDans l'Arche de l'Alliance du désert et du Temple il y avait les Tables des 10 paroles et la manne. Dans Marie, en son sein, bat le cœur du Verbe et prend corps le Pain vivant descendu du ciel.

    Devenir, à notre tour, « mère du verbe », mettre au monde ce « grain de blé », planté en nos terres intérieures, par le fruit de « l’arbre de la Croix » ; semence messianique s'égouttant de la divine blessure. Se mettre à l'école de la mère du verbe incarné, s'asseoir aux pieds de Marie.

    Marie, mère de tout baptisé.

    Son fils, notre Seigneur, sur la croix nous a donné l'un à l'autre en héritage :

    - « Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle le disciple qu'il aimait dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ». Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ». Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui » (Jn 19, 25 à 27).

    Telle une maman, elle se tient toujours présente au côté de ses enfants. Elle est là aux noces de Cana pour nous dire : « Tout ce qu'il dira, faites-le !», elle est là au pied de la croix, présente au jour du sacrifice, au jour de la douleur, elle est là au Cénacle pour recevoir le souffle du Saint Esprit, le Paraclet consolateur qui vient prier en nous. Elle nous accompagne, nous soutient, nous reçoit dans tous nos chemins de croix, de meurtrissures et d'élévation pour le grandir, pour mourir à l'ancien, pour renaître. Une présence silencieuse et attentive, elle nous tient la main, nous lui donnons la nôtre. Les perles du chapelet s’égrènent une à une, main dans la main, nous marchons sur le chemin.

    La prendre dans nos maisons, devenir son enfant, c’est aussi boire la sève de ses racines ; c’est dans le même temps s’abreuver à l’eau de la Torah et s’enivrer du vin de la Bonne nouvelle du Royaume de Dieu. La venue de l’Imanou El (Dieu avec nous) dans notre histoire, la grande et la petite pour le Salut du monde.

     

    Élisabeth 

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  • Bonjour à tous, je suis heureux de vous faire part que NOTRE Élisabeth viens de publier... BRAVO!

    Je suis un livre – je suis un livre dont j’ai commencé à tourner les pages

     

    La relecture de ma vie, à un moment de mon histoire (divorce, maladie, les enfants qu’on me prend) m’a fait découvrir que j’étais un livre, un livre dont j’écrivais chaque jour, sans m’en rendre compte, une page. Chacun d’entre nous est un livre, un livre vivant, en marche. De quelle histoire étions-nous le héros, et quel message portions-nous ?
    À partir de ce constat, j’ai cherché quel était le livre, c’est-à-dire l’histoire la plus universellement connue, qui avait était écrite et partagée, qu’elle soit appréciée ou non. La réponse fut aisée : la Bible. C’est le plus grand bestseller du monde. Ce livre, qui interpelle chaque lecteur, est appelé « saint ». Je me suis demandé ce qu’était un livre saint, et s’il était possible, à notre tour, de faire de notre livre – c’est-à-dire de notre histoire personnelle – un livre saint, dont sortirait une « bonne nouvelle »
    C’est le cheminement de cette quête-enquête que je raconte dans ces pages, à travers la relecture d’un passage de mon histoire, celui du jour où tout a basculé. C’est toujours dans et à partir de ces lieux de déchirures que l’on relit ce qui s’est inscrit dans notre chair pour faire sens.

    Pour plus d'informations c'est ICI

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  • MAIS DÉLIVRE- NOUS DU MAL

    Cette dernière demande peut nous paraître redondante si nous la comparons à la précédente où l’on priait Dieu de ne pas nous laisser entrer dans la tentation de faire du mal à l’autre, à soi. Mais peut-être, pouvons-nous penser là, à une tentation qui serait un tentateur, une force extérieure à nous, une force négative et destructrice dont seul Dieu peut nous délivrer. Certains traducteurs, d’ailleurs, n’ont pas hésité à traduire le mot hébreu ra, par malin , et nombreux parmi nous sont ceux qui lorsqu’ils disent cette prière, assimilent ce mal au diable. 

    « Mais délivre-nous du Malin » 

    De nos jours, nous avons des difficultés avec cette notion, cependant nous devons, le texte nous y oblige, tenter de les aborder en évitant plusieurs pièges : celui de nier la réalité des forces démoniaques, celui de les rendre responsables de tout. Nous ne serions que de pauvres victimes possédées par des forces mauvaises, contre lesquelles nous ne pourrions rien, niant ainsi la réalité de notre libre arbitre, de notre responsabilité, rendant ainsi vaine toute démarche de confession, de repentance et de pardon. Et aussi, celui plus grave de croire qu’il existe une force maligne face à Dieu, aussi puissante que lui, qui agirait comme un électron libre. Conception complètement contraire à la foi d’Israël, à celle du Christ, qui proclament un monothéisme radical.

    Pour le Tanakh « la Bible », le satan est un ange qui appartient aux légions d’anges qui entourent le trône divin, et qui est missionné pour mettre l’homme à l’épreuve dans sa foi, c’est-à-dire dans sa confiance et sa fidélité à Dieu, comme on le voit dans le livre de Job. Il agit avec l’accord de Dieu comme un adversaire placé devant l’homme. C'est un fonctionnaire. Il ne devient le diable, le diviseur, que lorsque nous le laissons avoir le dessus, alors il est celui qui nous entraîne dans la mort, nous séparant de celui qui est la Vie.

    Pour mieux nous faire comprendre sa fonction le Talmud donne la parabole suivante: lorsque le potier a terminé son travail, il frappe sur ses pots avec un maillet pour en éprouver la solidité, mais il ne frappe que le pot dont il est sûr : Dieu n’éprouve que le juste.

    Le satan, et le silence obligatoire de Dieu à l’heure où nous sommes vérifiés, nous forcent à nous chercher au-dedans de nous-même pour nous connaître et le connaitre en vérité : « Je ne te connaissais que par ouï dire, mais maintenant mes yeux t'ont vu » dit Job. Après le creuset de l’épreuve et sa mise à nu, il connait Dieu à partir de sa chair, d’une expérience sensible. Avant il le connaissait à partir de l’obéissance à ses commandements. Il se sentait quitte. Il avait fait son devoir. Mais son cœur était absent. Il était relié à Dieu mais pas en lien avec lui.

    Les enseignements extérieurs, la sagesse, ne sont rien face à la sagesse de Dieu qui est folie. Sagesse qui ne s’acquiert que du dedans par un chemin de croix. Chemin de l'intériorité, de la connaissance intime de soi, du dépouillement total de son être: peaux après peaux, jusqu’à la première, celle dont Dieu a revêtu le premier couple.

    Élizabeth

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  • Suite du NOTRE PÈRE

    NE NOUS LAISSE PAS ENTRER EN TENTATION

      NOTRE PÈRE  (suite) - Élisabeth

    Depuis le 3 décembre 2017, (Canada novembre 2018) l’Eglise fait dire à ses fidèles: « Ne nous laisse pas entrer en tentation » en lieu et place de « Mais ne nous soumets pas à la tentation".

    Mais qu’est-ce que la tentation ? Pour le Larousse, c’est l’attrait vers quelque chose de défendu par une loi morale ou religieuse ; par extension, tout ce qui attire,  crée le désir, l’envie.

    Pour le croyant ce sont tous les désirs qui nous entraînent à faire le mal, c’est-à-dire à nuire à notre prochain autant qu’à nous-mêmes. C’est une véritable guerre qu’il a à mener chaque jour, à chaque instant à l’intérieur de lui-même pour ne pas succomber. Malgré ses efforts, il échoue bien trop souvent à son grand désarroi, c’est dire l’importance de cette prière-supplication. Cette lutte est si douloureuse et incompréhensible, qu’on est en droit de se demander comment il se fait que dans le cœur de l’homme, un être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, il puisse exister une telle force destructrice.

     

    Il est écrit : « Dieu forma l’homme de la poussière de la terre »(Gn 2, 7). Le motvayetser, « il forma » ayant était écrit avec deux yod sans nécessité grammaticale, les maitres du Talmud enseignent que Dieu a créé l’homme avec deux penchants : le yétser tov, « le penchant au bien » et le yétser ara, « le penchant au mal ». L’homme aurait donc été créé avec une nature double. Et d’ajouter qu’ à partir de ces deux yods, on peut aussi lire le mot yetser à la fois comme ytsri« mon penchant » et yotsri « mon créateur », ce qui impliquerait qu’il se jouerait au cœur de la vie intérieure de l’être humain, une dialectique entre son égo et son créateur, entre moi et le Tout autre, l’autre. Quelle place je leur donne ?

    Ce verset nous apprend qu’il y a dans l’homme à la fois le ciel et la terre, l’invisible et le visible. Il est la seule créature qui procède de l’en haut et de l’en bas, donc le seul à pouvoir en assurer la jonction et la communication, jusqu’à leur union totale, tâche que Dieu lui a assignée.  Ce vivre ensemble de l’infini et du fini, de la toute-puissance et de la toute fragilité, de Dieu et de l’homme, sans qu’il y ait fusion, confusion ou annulation, c’est le pari que Dieu a fait, c’est le défi que l’homme doit relever . Il s’agit pour lui d’équilibrer et d’unir, ces deux natures. Pour l’aider, un outil lui a été donné, le commandement divin qui bien que démultiplier en plusieurs lois, se résume en deux grands principes: aimer Dieu et aimer l’autre comme soi-même.

    Élisabeth

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