• Cours sur les Évangiles ou ressourcement spirituel 1 de 6

    Ressourcement spirituel (Cours)
    La vie de Jésus, le Christ
     
    VOLET I
    LA FORMATION DES ÉVANGILES
    (au bas de chaque volet vous trouverez un hyperlien pour le suivant)
     
     
      « La source de ces témoignages, c’est Jésus, sa personnalité et son message oral.
    Jésus a parlé… Il a agi… A tous, il annonce en parole
    et en actes : dieu vient vers nous : changez votre cœur et acceptez
    le message du salut. »
     
    Février-mars 2008 Donald Thompson, prêtre, Personne-ressource
     
     
    Bonjour

    Voici le premier d'une série de six conférences dont le thème porte sur Jésus-Christ: le Jésus de l'histoire et le Christ de la foi ou des évangiles.

    Aujourd'hui nous aborderons la formation des évangiles. D'abord une brève introduction sur le degré d'alphabétisation en Israël au temps de Jésus, puis la question des souvenirs que les disciples pouvaient avoir de Jésus après la mort de ce dernier. Ensuite nous traiterons du début de la tradition, soit la tradition orale, puis de sa mise par écrit, pour en arriver à la partie la plus importante: la formation des évangiles. Une courte conclusion terminera l'ensemble.

    Lettrés et illettrés

    Quand on considère la question de l'alphabétisation au temps de Jésus, on est très tenté d'y projeter la situation contemporaine. En effet, il est tellement normal aujourd'hui de savoir lire et écrire qu'on est naturellement porté à transposer ce fait aux temps les plus anciens. Mais il faut se souvenir qu'au temps de Jésus l'imprimerie n'avait pas encore été inventée. Il existait, certes, des textes, mais ils étaient rédigés sur des parchemins. Et l'entreprise était très coûteuse. De plus, ne savaient vraisemblablement lire et écrire que les scribes professionnels. " s'agissait à l'époque, d'un métier auquel n'avaient accès qu'une très petite minorité de gens; Aussi, ne doit-on pas se surprendre de lire, par exemple, dans Actes 4,13:
    "Remarquant l'assurance de Pierre et de Jean et comprenant que c'étaient des illettrés et des gens simples, ils (les membres du Sanhédrin) étaient dans l'étonnement. Ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus." Ce texte déclare que les disciples de Jésus n'étaient pas des lettrés. Rien là-dedans qui puisse surprendre. Ces gens-là, en effet, n'avaient pas besoins d'instruction pour travailler et ne disposaient pas d'écrits pour s'adonner à la lecture. " faudrait essayer d'oublier la situation qui prévaut aujourd'hui quand on se reporte à l'époque de Jésus.

    Question de mémoire

    Quand ils traitent de la question qui nous occupe plusieurs font appel à la mémoire orientale, souvent qualifiée de phénoménale. Il est vrai, que dans les écoles de scribes, on apprenait aux jeunes à développer leur mémoire. Paul, par exemple, très jeune, a été amené par ses parents à Jérusalem pour étudier sous le scribe Gamaliel. Comme la législation devait être transmise oralement, il fallait apprendre des pages et des pages par coeur, et à ce régime la mémoire se développait sûrement beaucoup. Mais la mémoire des gens ordinaires, qui n'étaient pas formés à l'école des scribes, devait ressembler à celle des hommes et des femmes de nos sociétés d'aujourd'hui. Une mémoire ordinaire.

    Se souvenir de Quelqu'un

    À ce moment de notre réflexion il peut être opportun de poser la question suivante:

    "Comment se souvient-on de quelqu'un?" Avons-nous déjà essayé de reproduire de façon exacte le contenu d'une conversation avec une personne qui nous a été proche? Si oui, nous comprenons combien c'est chose difficile à faire. Se souvenir de quelqu'un ne réside pas dans le fait de pouvoir citer à pleines pages des paroles exactes de cette personne. Se souvenir de quelqu'un, c'est plutôt être marqué par l'empreinte de sa personnalité, se rappeler en certaines occasions une réaction de fond caractéristique de celui ou de celle dont on se souvient. Voici une illustration. La famille est rassemblée un jour de l'an; les parents sont disparus. Les enfants peuvent faire des réflexions comme celles-ci: "Te souviens-tu comment cela faisait plaisir à nos parents quand nous étions réunis ainsi dans la maison paternelle." "Heureusement que maman n'était plus là quand Roger et Thérèse ont décidé de divorcer puis de se partager la garde des enfants; cela lui aurait fait tellement mal", etc ... Ces exemples nous permettent de comprendre ce qu'est le souvenir d'une personnalité. On ne se souvient pas de paroles exactes; on se souvient des réactions, du système de valeurs, des orientations de fond d'une personne à l'occasion d'événements similaires. Il faut avoir en tête cette réalité quand on pense aux disciples et à la situation dans laquelle ils se trouvaient, par exemple, au lendemain de la prise de conscience de la résurrection de Jésus.

    Attente d'une fin prochaine

    Si c'étaient des gens illettrés, ils n'avaient donc pas eu le souci de prendre des notes des paroles de Jésus. De plus, il faut se rappeler qu'au temps de Jésus, il y avait de larges couches de la population qui vivaient dans une attente très proche de la fin des temps. Les gens de Qumran, sur les bords de la mer Morte, vivaient dans cette perspective; Jean-Baptiste, qui allait avoir une grande influence sur Jésus, vivait également de cette conception. Jean dira par exemple: "La hache est déjà à la racine." Le bûcheron vient de prendre sa mesure et l'arbre est sur le point de tomber. Cette expression indique comment, pour Jean-Baptiste, la fin était proche. Jésus lui-même, nous le verrons un peu plus loin, partageait cette perspective d'une fin imminente de l'histoire. Dans cette éventualité, personne n'a le souci de bâtir des projets à long terme et de garder en mémoire des paroles, des événements dans le but de les utiliser dans l'avenir. Il est important de considérer que les disciples sont avec Jésus pour vivre leur vie jour après jour, sans perspective du long terme.

    Au lendemain de Pâques

    Les disciples vivent donc quelques années avec cet homme Jésus, dans l'attente d'une fin imminente de l'histoire, sans se soucier de prendre des notes pour la postérité. Ils vivaient au jour le jour quand les événements se sont précipités. Jésus leur a été brutalement enlevé. Quelques heures ou quelques jours après sa mort, dépendant de la reconstitution des événements qui est faite, ils sont tout à coup comme envahis par la présence du Ressuscité; ils prennent conscience du fait qu'il est vivant, que toute l'orientation de sa vie a été authentifiée par le Dieu vivant. Étant des hommes et des femmes nourris de la Bible, ils savent bien qu'une révélation implique l'emprise du Dieu vivant sur une personne et la communication d'une tâche. La révélation du fait de la Résurrection constitue un appel à continuer le genre de vie de Jésus, en marchant dans les sillons qu'il avait tracés pendant sa vie.

    En communauté

    Les disciples vont donc chercher à continuer Jésus mais ils ont à découvrir comment demeurer fidèles à son esprit. Mais le Seigneur ne les a pas choisis comme individus pour les envoyer de façon isolée accomplir une tâche. Il a opté plutôt pour la formation de petits groupes destinés, ensemble, à poursuivre son oeuvre. Ils peuvent donc difficilement faire appel à leur passé pour répondre aux situations qu'ils ont à vivre maintenant. Car ils n'ont pas reçu de directives précises, ils ne disposent pas de recettes, mais, en réfléchissant ensemble à la question, cherchent à découvrir comment ils sont appelés à vivre en communauté.

    Jésus était un homme sans doute assez seul. Bien sûr il y avait la communauté des disciples autour de lui mais il avait pris sur lui la responsabilité d'être le prophète du Règne de Dieu à l'intérieur d'Israêl. Et de cette tâche il était l'ultime responsable. Après la résurrection, la situation est différente; les chrétiens se retrouvent en communauté et doivent essayer de répondre, au jour le jour, aux situations nouvelles qui se posent à eux et aux autres communautés qu'ils contribuent à mettre sur pied. Les gens de Jérusalem envoient des missionnaires dans la campagne environnante, qui proclament Jésus Christ et forment des communautés. Par exemple, deux disciples itinérants ont probablement été à l'origine de la communauté d'Emmaüs. Ce récit nous donne une idée de l'expérience des disciples fondateurs qui sont envoyés deux par deux. Bien sûr, on peut retrouver, dans cet envoi deux par deux, un geste de Jésus de Nazareth, mais le récit reflète aussi la situation des missionnaires des communautés primitives. Qu'on se rappelle, également, Paul et Barnabé qui sont envoyés par la communauté d'Antioche.

    Un brassage de traditions

    La Bonne Nouvelle se répand donc dans la campagne environnante et sort des frontières d'Israël. Les disciples se déplacent en Samarie et en Syrie. Des missionnaires itinérants vont de village en village, regroupent des gens interpellés par l'événement Jésus-Christ et forment ainsi de petites communautés. Puis des scribes, professionnels de l'écriture, se préoccuperont de l'instruction de ces communautés. Plus tard, des prophètes doués pour l'actualisation de la volonté de Jésus-Christ, viendront parfaire la formation de ces petits groupes de croyants.

    Chaque communauté doit envisager des problèmes à régler quotidiennement. Ils sont de tous ordres: des dissensions dans la communauté, la question du jeûne, les impôts à payer, l'observation du sabbat, la prière, les problèmes d'argent et de biens. Les questions se posent différemment selon que J'on est un prophète itinérant, une communauté d'agriculteurs dans un petit village ou encore une communauté de citadins dans une ville comme Antioche. Les problèmes, les attitudes vis-à-vis des biens, des soucis de la vie ne sont pas non plus les mêmes. Chaque communauté reçoit donc un bagage de traditions sur Jésus: sa personnalité, sa renommée de faiseur de miracles, sa passion pour les petites gens et la liberté, sa résurrection, sa tâche à poursuivre comme Ressuscité. Et, à partir de ce dynamisme de la foi, s'est développé un style de vie communautaire. Les prophètes itinérants recueillent la vie, les réflexions des différentes communautés qu'ils font circuler dans les groupes. Tout ce matériel s'enrichit et forme déjà un ensemble de traditions intéressantes.
    Tout ce développement s'accomplit de façon orale, non prévue et non planifiée. Il n'existe pas, à cette époque, d'autorité doctrinale ou pastorale unique sur l'ensemble du monde chrétien. L'Église vit sous la poussée de l'Esprit-Saint qui en est le Maître. Mais peu à peu les réflexions s'enrichissent et le besoin de ramasser les traditions pour ne pas les perdre se fait sentir. Pour se souvenir de différents récits ou événements plusieurs méthodes sont utilisées.

    Pour ne pas oublier

    Par exemple, dans le premier chapitre de l'évangile de Mc 1, 21-39, une série de petits événements sont conservés ensemble sur le modèle d'une journée. Tôt le matin Jésus se rend à la synagogue, car c'est un jour de sabbat. Là il guérit quelqu'un puis retourne à son pied-à-terre qu'est la maison de Pierre. La belle-mère de celui-ci est malade et Jésus la guérit aussi. Le fait qu"il y a un guérisseur à Capharnaüm circule vite dans le village et les autres malades voudraient bien être guéris par Jésus. Mais comme, à cette époque, il est interdit, le sabbat, de transporter des malades qui ne sont pas en danger de mort, car cette activité est considérée comme un travail, on attend le coucher du soleil. Et à six heures, c'est l'afflux des malades à la maison de Pierre. Jésus guérit tous ces malades avant de se retirer, fatigué de cette journée harassante. Le lendemain Pierre se lève, cherche Jésus et le retrouve dans la campagne environnante où il était allé prier. Alors celui-ci invite Pierre à partir invoquant le fait qu'il ne peut pas travailler uniquement à Capharnaüm. Tous ces événements ne se sont sûrement pas produits dans le cadre de la même journée historique. Ce texte nous montre simplement que le cadre d'une journée a été utilisé pour regrouper ces événements.

    Dans le chapitre deuxième et le début du chapitre troisième (2,1 - 3,6), se suivent cinq controverses ou discussions entre Jésus et ses adversaires. Il est clair que ce ne sont pas cinq controverses qui sont arrivées coup sur coup dans la vie de Jésus. Encore là, mettre ensemble cinq controverses, c'est un moyen de s'en souvenir. Au chapitre quatrième se retrouve une série de paraboles racontées par Jésus. Il est impossible d'imaginer que Jésus se soit fait un cadre d'activités aussi rigide: aujourd'hui des paraboles, demain des miracles, plus tard la prière. Dans la tradition circulaient plutôt plusieurs paraboles qu'on a regroupées pour mieux les conserver.
     
    Les préoccupations des évangélistes liées à celles de leurs communautés spécifiques
    Marc
     
    Comment s'est formé l'Évangile de Marc? Un jour Marc a retrouvé sur sa table de travail un ensemble assez impressionnant de documents, dont la journée de Capharnaüm, quatre ou cinq controverses, une série de paraboles, des traditions concernant Jean-Baptiste, d'autres à propos de la mort de Jésus. À partir de tous ces écrits, Marc a façonné un évangile.
    Un évangéliste travaille au moyen de documents préexistants. Ces documents, qui ont été façonnés, rédigés, colligés, parlaient à la fois de Jésus de Nazareth et de la vie sous la Seigneurie du Christ-Ressuscité. Un évangéliste est un rédacteur qui reçoit un ensemble de traditions venant des communautés chrétiennes et qui décide d'organiser ces matériaux pour parler à une communauté précise.
    Nous voici donc rendus à l'intérieur du processus de la formation des évangiles. Au point de vue de la chronologie, il est intéressant de noter que les évangiles ont été rédigés une fois terminée la vie apostolique de Paul. Ce dernier n'a jamais lu d'évangiles parce qu'il n'y avait pas d'évangile écrit, quand il a vécu sa vie missionnaire.
     
    La formation du premier évangile a eu lieu vers l'année 70. Marc, cet auteur de génie, est probablement un païen converti de la communauté de Rome. 1/ est un scribe de sa communauté, qui a eu l'idée, non pas simplement de recueillir des séries de paraboles,' de controverses, de paroles, mais d'organiser les matériaux qu'il recevait, sur le modèle du déroulement d'une vie terrestre. Il accomplit donc son travail à Rome, autour des années 70. Il écrit pour une communauté qui a un problème précis, une communauté qui est persécutée. En contexte de persécution la foi est difficile et la communauté se pose des questions concernant le Seigneur qui devrait veiller sur elle.
     
    Le but de Marc, en organisant ces matériaux, c'est de présenter à sa communauté la réponse du Christ-Ressuscité à un problème particulier. Que signifie la "Seigneurie de Jésus", quand on vit de dures épreuves au nom de la foi? Marc essaie de répondre à cette question et l'on voit qu’à la fin de l'évangile la catéchèse ou la théologie de Marc a fait son chemin. En effet, après que Jésus soit mort sur la croix, en 15,39, c'est un soldat romain qui proclame: "Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu." Ainsi la communauté romaine est rendue capable de se situer correctement vis-à-vis du Seigneur et de comprendre que la façon d'agir de Jésus-Christ ce n'est pas de régler les problèmes de sa communauté à sa place, ou d'enlever les obstacles sous ses pas, mais de lui donner le courage de la fidélité à la foi chrétienne à l'intérieur d'un contexte de souffrance ou de persécution.
     
    Source "Q"
     
    Avant Marc, un autre auteur avait réussi, non pas à faire un évangile, mais à réunir un ensemble impressionnant de documentation, formé en très grande partie de paroles de Jésus. Cet auteur, du nord de la Galilée, a rédigé autour des années soixante, un document que les techniciens de la Bible appellent le document ou la source "Q". Ce document a été découvert - ou bien a été extrait des évangiles de Mt et de Lc - par des biblistes de langue allemande et en allemand le mot "source" se dit par un mot commençant par la lettre "Q". D'où l'appellation source "Q".
    Dans la tradition chrétienne, il existait donc parallèlement à Marc, un document fait de paroles de Jésus qu'on retrouve dans Matthieu et dans Luc. Ces deux auteurs ont eu accès à ce document, et de façon indépendante l'un de l'autre. Ce document considérable contenait plusieurs textes dont, par exemple, le Notre Père présent chez Luc et chez Matthieu et non chez Marc, les Béatitudes, etc ...
     
    Matthieu
     
    Quelques années après la rédaction de l'évangile de Marc, autour des années 80-85, Luc et Matthieu vont entreprendre un travail analogue à celui de Marc pour adresser eux aussi une catéchèse à leur communauté respective. Ils vont procéder ainsi. Matthieu est un scribe chrétien au sein d'une communauté. Il utilise l'évangile de Marc mais le modifie assez radicalement pour répondre de façon adéquate aux problèmes de sa communauté. Il se sert également de la source "Q" et d'un ensemble d'autres traditions qu'il va réunir pour rédiger son évangile. Sa communauté vit une situation difficile. En 70, la ville de Jérusalem a été détruite et le temple également. Cet événement est très important pour la communauté de Matthieu qui est formée en majeure partie de chrétiens d'origine juive. En effet, après la destruction du temple, des rabbins se sont réunis à Jamnia sur la côte méditerranéenne et ont décidé de sauver le Judaïsme qui, à la suite de la destruction du temple, risquait d'être anéanti. Ils ont pris un ensemble de décisions dont celle d'exclure les chrétiens du Judaïsme; ceux-ci, en effet, n'apparaissaient plus en conformité avec le Judaïsme car ils avaient une mentalité très différente et allaient jusqu'à créer des liens avec leurs co-religionnaires d'origine païenne.
     
    Mais pour les chrétiens, être exclus du Judaïsme signifiait être exclus de leur peuple et de leur société. Concrètement cette exclusion rompait des liens de famille, d'amis, de travail. Cette situation était très difficile à vivre. C'est pourquoi Matthieu ne peut pas adresser à sa communauté l'évangile de Marc écrit pour un groupe composé en majorité de païens de l'Église de Rome. " doit restructurer le texte de Marc pour écrire à sa communauté une parole authentique de Jésus-Christ, où celui-ci va inviter son Église à être fidèle à la foi chrétienne, en dépit de l'événement qui vient de leur arriver. Matthieu veut éviter que sa communauté laisse de côté le christianisme et retourne à la religion ancestrale.
     
    Luc
     
    À la même époque, vit un autre auteur qu'on appelle Luc. C'est un auteur chrétien d'origine païenne. Il ne connaît peut-être même pas la Palestine. Comme Matthieu, il se sert de l'évangile de Marc, de la source "Q" et d'autres traditions pour répondre aux besoins de sa communauté. Une communauté qui elle aussi est marquée par l'exclusion des chrétiens du Judaïsme, parce qu'elle perdait des privilèges qu'elle partageait avec les Juifs dans l'empire romain.
     
    Coupés du Judaïsme, les chrétiens sont en mauvaise position, car ils se fondent sur l'existence d'un homme qui, il ne faut pas l'oublier, a été condamné à mort par les autorités romaines légitimes. Luc écrit donc à une communauté de petites gens afin qu'ils puissent vivre un peu à l'aise, sans être inquiétés, à l'intérieur de l'empire romain. Ce sont des gens pauvres qui ont peu d'influence dans le grand empire. Luc veut leur dire, en se servant de "ensemble des traditions dont il dispose, qu'ils sont aimés du Seigneur, qu'ils ont un Sauveur qui s'occupe d'eux. Les Béatitudes, par exemple, "Heureux vous, les pauvres, le Règne de Dieu est à vous", rappelle toute cette miséricorde et cette attention du Seigneur pour les petites gens, qui sont caractéristiques de l'évangile de Luc.
     
    Jean
     
    Indépendamment de ces trois. premiers évangiles qui sont très près l'un de l'autre, entre les années 70 et 100, s'est accompli un travail de rédaction d'un quatrième évangile, soit l'évangile de Jean. Il remonte peut-être à un disciple. de Jésus qui ne faisait pas nécessairement partie des Douze, et qui vraisemblablement, à l'occasion de la chute de Jérusalem, est parti de la Judée pour se rendre dans la région d'Ephèse. À cet endroit il a oeuvré à la formation d'une communauté dont faisait partie une école philosophique assez intéressante, d'où a surgi un scribe génial, qui est finalement l'auteur ou rédacteur du quatrième évangile. Dans la région d'Ephèse nous retrouvons un milieu qui est complètement différent des trois autres et qui a besoin d'une parole originale du Seigneur-Ressuscité. Cette situation explique le langage très différent du quatrième évangile par rapport aux trois autres, le besoin de retraduction fondamentale de tout le dynamisme d'une foi qui s'exprime autrement. De plus, à la fin du siècle, on vit la réalité de la disparition des disciples de Jésus et on se pose la question du lien qui rattache au passé. La réponse de Jean veut montrer qu'il y a une nouvelle présence du Christ dans la communauté, celle du Paraclet ou de l'Esprit. Un autre type de présence qui rassure et rappelle que les chrétiens ne sont pas laissés à eux-mêmes.

    Quatre communautés qui vivent à quatre moments de crises différents et quatre auteurs qui ne sont pas directement des disciples de Jésus mais des chrétiens très proches de leurs gens, qui utilisent un ensemble de traditions, en vue d'adresser une parole renouvelée du Christ à leur communauté.
     
    Un évangile
     
    Un évangile, c'est une parole qui est à la fois de Jésus, c'est-à-dire de l'homme de Nazareth et à la fois du Christ, c'est-à-dire du Seigneur-Ressuscité. Un évangile, c'est une actualisation de la révélation de Jésus effectuée jadis, provoquée par le Christ de maintenant. Un évangile c'est une parole du Ressuscité qui s'adresse à la situation très concrète d'une communauté: situation de crises ou de difficultés particulières. Dans un évangile se trouvent des souvenirs sur Jésus, des souvenirs véhiculés par des traditions mises par écrit. Mais il y a beaucoup plus. Ces traditions écrites parIaient autant de Jésus-Christ s'adressant à leurs problèmes que du Jésus de jadis. Un auteur reprend ensuite toutes ces traditions, les organise de façon dynamique pour répondre aux problèmes d'une communauté qui, il faut se le rappeler, vit entre 40 et 70 ans après la mort de l'homme de Nazareth. Un évangile c'est une réponse de foi à des gens bien concrets vivant dans un contexte précis. 

    Comme nous venons de le dire, les évangiles n'ont pas été rédigés pour être des documents intemporels, destinés à traverser l'histoire. /1 n'est pas interdit de faire référence à ces textes qui s'adressent parfois à nos problèmes aujourd'hui mais, dans leur facture propre, chaque évangile a été conçu pour viser un problème d'une communauté particulière, de sorte qu'il faut le lire non pas en espérant une solution à nos problèmes aujourd'hui mais en essayant d'être aussi inventifs que les premiers chrétiens pour écouter la Parole de Dieu et trouver ce qu'elle nous dit maintenant. Après, il est intéressant de faire référence à ces quatre évangiles pour vérifier si nous avons été fidèles à bien façonner, pour notre temps, un portrait du Christ qui soit aussi parlant aujourd'hui, qu'il l'a été pour les quatre communautés qui nous ont fait connaître Jésus-Christ jadis.
     ---fin du Volet 1......
     
     
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 23 Janvier 2011 à 00:31

    Merci Annemarie

    2
    annemarie
    Mercredi 3 Juillet 2013 à 22:17

    je crois en  un dieu vivant! un dieu qui s'est fait homme!

    ce temps est toujours present

    les evangiles seront toujours present

    dans tous les temps et les siecles

    car il y aura toujours des injustices

    des pauvres des opprimes

    par les puissants

    là l'evangile peut renverser les dogmes de l'argent

    mais l'evangile est perçu par les plus petits

    qui sont honni et meprises

    ce 21siecle est pareil au precedent

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