• BÉNÉVOLAT ET GRATUITÉ - art. 53 Suzanne

    BÉNÉVOLAT ET GRATUITÉ

     

     

    gratuite.jpg Le bénévolat.


    Selon la définition habituelle, le bénévole est celui qui s’engage librement pour mener à bien une action non salariée, non soumise à obligation contractuelle en dehors de son temps professionnel et/ou familial ». Le bénévole est aussi un « bienveillant ». Le mot signifie également « quelqu’un de bonne volonté ». Cela veut dire que, si un bénévole est quelqu’un qui donne gratuitement de son temps, il ne faut pas oublier que les personnes qui exercent encore une activité professionnelle, peuvent aussi être de bonne volonté. Le bénévolat est donc un don de temps librement consenti et gratuit. Mais jusqu’où va la gratuité ?

    La gratuité.


    La gratuité est souvent suspecte. Il est fréquent d’entendre : « Ce qui est gratuit ne vaut rien ». Mais alors, si ce qui est gratuit ne vaut rien, que devient le don de Dieu ? En fait, le sens de la gratuité échappe à tous ceux qui n’ont pas compris ce qu’est la grâce et surtout qu’ils en ont besoin.

    Le don gratuit de Dieu.


    Le don de Dieu est au-dessus de tout don. Grâce qui nous révèle le Bien que Dieu est. Don gratuit ne pouvant se mesurer. Don surabondant et sans retour, jamais repris. En nous ouvrant au don de Dieu, nous le laissons nous recréer spirituellement. S’annonce alors pour nous le chemin de l’amour.

    Lorsque Dieu nous prend dans ses mains, il n’a d’yeux que pour nous, nous sommes son œuvre, unique, et de ses mains il va donner forme et vie à notre terre et en faire émerger toute sa beauté. C’est par ce don gratuit de Dieu, par le contact de ses mains, que la rencontre personnelle entre Lui et sa créature s’établit et qu’une libre réciprocité d’amour s’instaure.

    C’est parce que nous méprisons la grâce divine et le don gratuit de la vie que nous perdons la foi. A l’écoute de la grâce, la bonté de Dieu pour l’homme qu’il comble de ses dons, nous apparaît.

    « C’est par grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » (Ep. 2. 8-10)

     

    Dieu, le plus grand bénévole pour l’homme.


    S-G-T-coucher de soleil +á la Rocca-1 - AssiseDieu veut le bonheur de l’homme. Il n’est pas un concurrent de l’homme. Dieu  n’est pas égoïste, tout en Lui est bonté. Il est Celui qui donne et qui fait du bien dans toute son œuvre et dans l’homme en particulier. C’est par les dons que Dieu a mis en nous que nous pouvons coopérer étroitement au mouvement de l’Esprit Saint. Par eux, par tous ces charismes, nous apprenons à fortifier notre « homme intérieur », à louer Dieu et à rendre grâce. Nous Le glorifions en nous mettant, de sa part, au service des autres et apprenons à devenir témoins de son amour par le don de nous-mêmes. Mus par la reconnaissance et l’émerveillement, nous savons que tous ces dons, tous ces dynamismes dont il nous comble, lui appartiennent en propre.

    Ainsi, le don de Dieu, parce qu’il est totalement gratuit, nous révèle inévitablement la démesure de nos sentiments et de nos attentes. Il nous révèle parfois, si nous osons porter un regard honnête sur notre situation personnelle, notre propre attente derrière l’acte posé, aussi utile et louable soit-il.

    Au décès de son mari, une amie s’est engagée dans différentes associations. Avec le recul, elle a reconnu que cela lui a permis d’échapper à la solitude et de se prouver qu’elle pouvait encore être utile à quelqu’un. Elle a éprouvé que, dans ce qu’elle donnait aux autres, elle recevait cent fois plus. Sans ce don aux autres, que seraient ses journées ?

     

    L’esprit de gratuité au cœur de notre vie.


    « Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l’esclave de tous. Aussi bien, le Fils de l’homme lui-même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (Marc 10, 43-45)

    Le seul moyen pour nous d’oser la gratuité, est de rencontrer Celui qui a tout donné pour nous, jusqu’à sa vie. Jésus ne revendique rien, il se retire, il se donne, il donne, par amour. Dans un même mouvement, il se tourne toujours vers le Père et vers les autres.

     

    Bénévoles à la suite du Christ.


    A l’exemple du Christ, la personne bénévole s’attache à aimer le prochain, gratuitement, pour lui-même. Aimer, c’est être attentif à l’autre, ouvert aux besoins de l’autre.  « Il n’y a pas de plus grand amour que de déposer sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 16, 13), et même pour ceux qu’on aime moins ! Déjà, humainement, l’homme ne s’épanouit pleinement qu’en se donnant car, comme nous l’avons exprimé dans notre exemple, en se donnant, on reçoit plus que ce qu’on donne. Mais lorsque nous éprouvons réellement du bonheur en nous donnant, librement et sans contrainte, sans rien attendre en retour, nous sommes vraiment heureux, heureux du don de Dieu en nous, heureux de la grâce agissante en nous, heureux de cette communion intime et profonde avec le Christ.

     

    Réhabiliter la charité de cœur et la gratuité.


    Ecoutons Isaïe, même si ces paroles peuvent nous paraître trop sévères :

    benevolat- charité« Ils suivent tous  leur propre chemin, chacun, jusqu’au dernier, cherchant son intérêt » (Isaïe 56.11)

    Par la voie du prophète Isaïe, Dieu parle ici des chefs du peuple, hélas tous infidèles, bergers plus prompts à se nourrir aux dépens de leurs brebis qu’à les soigner et les nourrir. Les choses ont-elles changé ? Très rares de nos jours sont ceux dont les motivations ne sont pas dictées plus ou moins par l’intérêt. Le raisonnement varie d’ailleurs presque toujours en fonction de cet intérêt. Si bien que, lorsque la manière de penser et d’agir d’une personne ne dépend ni de ses profits, ni de la perte de ses biens, c’est la stupéfaction, l’incompréhension ou même, la suspicion.

    Il serait souhaitable que la gratuité soit rétablie et qu’elle se manifeste par une charité de cœur. A la question du jeune homme qui demande à Jésus « Qui est mon prochain ? », le Seigneur répond en inversant la question : « De qui es-tu le prochain ? De qui te fais-tu proche ? Le prochain doit être aimé pour lui-même, même s’il n’est pas aimable à nos yeux. C’est non seulement aimer Dieu dans le prochain mais aussi aimer l’homme en lui-même, en trouvant dans l’amour de Dieu pour l’homme son modèle et son fondement.

     

    Faire la charité a un sens concret pour les disciples du Christ. Mais il faudrait en effacer toutes les caricatures et contrefaçons. La charité n’est pas un passe-temps, ni un dépannage dans l’urgence sans se soucier de remonter aux causes. Ni un brevet de bonne conscience qui transforme les uns en bienfaiteurs et les autres en assistés. Selon le mot d’Emmanuel Mounier, l’homme a besoin d’éprouver l’amour « à bout portant ». La charité, la gratuité, ce sont des gestes concrets, souvent simples, humbles et discrets, selon les appels qui nous sont faits et selon les besoins que nous pouvons discerner.[1]


    D’après Matthieu (25, 31-46) nous ne serons pas jugés sur nos bonnes intentions, mais sur ce que nous aurons fait pour nos frères et sœurs en humanité, en particulier pour les plus démunis. C’est sur l’amour que nous serons jugés : un amour concret qui consiste à partager avec les plus pauvres, un amour qui humanise et évangélise car il vient du Christ.

    Pour cela nous devons apprendre à quitter en nous « celui » qui veut prendre et posséder par lui-même ce que Dieu veut donner c’est-à-dire ne plus accaparer, posséder, revendiquer nos droits mais plutôt accueillir simplement ce qui nous est donné par Dieu dans son temps, dans sa grâce, gratuitement, et accueillir l’Essentiel. Alors, si nous vivons cette limpidité et si nous nous débarrassons des scories qui nous encombrent, nous vivrons la charité fraternelle que Jésus instaure par sa venue parmi les hommes car ce n’est qu’en passant de l’homme prédateur à l’homme aimant que nous pouvons entrer dans la charité de cœur et l’esprit de gratuité.

    -          Appliquons-nous à regarder le monde avec un esprit de gratuité et non d’avidité

    -          Prenons de la distance avec nous-mêmes afin de pratiquer l’écoute du cœur. Elle nous exercera à l’amour, au retrait, au don de soi et à la gratuité.

    -          Goûtons l’expérience du retrait, de la gratuité et de la docilité amoureuse en nous abandonnant silencieusement à Lui pour qu’Il nous parle du mystère de l’amour et qu’Il le vive en nous.

    -          Ne nous arrêtons pas par esprit de vaine gloire ou de peur du regard de l’autre, à l’incompréhension ou à la critique, au jugement ou la médisance, ni à la dévalorisation bref, à tout ce qui peut faire obstacle au don de nous-mêmes gratuitement ou à la gratuité de certains de nos actes, posés pour le Christ. Osons l’amour gratuit du Christ.

    Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté ». (2 Corinthiens 8.9)

     

    Suzanne Giuseppi Testut  -  ofs

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    [1] D’après un article du Père Victor Kempf, msc

    « Entre les lefebvristes et Rome, un accord sera difficile à trouverAssise 2011 : l’urgence d’un engagement pour la paix »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 16 Septembre 2011 à 16:16

    C'est article est une coïncidence puisque nous vivrons une semaine de bénévolat au concours de labours la semaine prochaine. 

                                         Bonne journée dans le bénévolat...

    2
    Vendredi 16 Septembre 2011 à 16:33

    Tu es agricultrice Luce

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