• Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (3 de 7) -Suzanne

    Compte rendu de mission au Maroc avril/mai 2013 (3 de 7)

    Notre sœur Suzanne Giuseppi-Testut, ofs, arrive d’une mission au Maroc et nous partage ses découvertes, Merci Suzanne.

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    Témoignage de Sr Geneviève Prat

    Les Franciscaines Missionnaires de Marie sont donc arrivées au Maroc, à Casablanca, juste après la signature du protectorat. Elles partaient dans un monde inconnu. Elles savaient que des militaires et des colons arrivaient pour vivre cette aventure de la construction d’un pays. C’était dans un contexte aujourd’hui difficile à imaginer, tant le progrès et le développement du pays ont été spectaculaires. Pas d’argent en poche, pas de plan d’action, les jeunes sœurs sont prêtes à tout dans l’enthousiasme. Elles ne manquent ni de courage, ni d’audace. Il leur en faudra pour affronter les difficultés, pour répondre aux besoins urgents qui les interpellent dès l’arrivée.

    Trois lignes d’action se précisent :

    -          Les enfants : La mortalité des femmes est très élevée. Il faut accueillir les enfants en détresse. Leur procurer et le pain de chaque jour, et, tout aussi nécessaire, l’affection, la formation scolaire et technique dont ils ont besoin pour être reconnus, respectés dans la vie. D’où : crèches, orphelinats, écoles etc.

    -          Aide aux femmes : pour qu’elles trouvent un gagne-pain, pour qu’elles suivent l’éducation de leurs enfants, pour qu’elles aient une place dans la société.

    -          Santé : hôpitaux, dispensaires, suivi à domicile, tournées de dépistage, de vaccination etc. Conscientiser à l’hygiène, à toutes les formes de prévention, sera le travail quotidien des sœurs. 

     

    Témoignage de Sr Simone Bocognano

    Les sœurs s’installent ensuite à Rabat, Meknès, Fès, Marrakech, Oujda. Puis, en 1926, Midelt accueille les premières sœurs. Le Moyen et le Haut-Atlas sont encore des régions dites « zones d’insécurité ». Les tribus berbères résistent à la domination étrangère. Pourtant, les franciscains, eux, n’hésitent pas à s’aventurer dans ces montagnes. Le Père Lucien Dané, aumônier militaire, s’est établi  à Midelt, modeste village construit sur une hauteur au pied du Haut-Atlas à 1600 m d’altitude mais entouré de nombreuses kasbah car, la vallée, irriguée par l’oued Outah, est fertile. Quant  aux sœurs, elles rêvent de connaître dans leur région, ce peuple berbère, race fière qu’elles ont côtoyée à Meknès, Fès et Marrakech.

    L’occasion se présente.

    La femme d’un colonel protestant avait commencé à Midelt un atelier de tapis. Le colonel allant partir, le Père Dané demande aux sœurs de continuer l’atelier. De plus écrit-il, il y a tant de malades à soigner dans les kasbah. On a besoin de vous. C’est une demande qu’on ne peut refuser ! Les sœurs acceptent avec enthousiasme.

    Parties à quatre le 16 mars 1926, le voyage leur réserve quelques frayeurs ce qui fait écrire aux sœurs : « On bondit, on chavire, ça ne fait rien, on se relève, en avant toujours. »

    Le logement ? Deux pièces abandonnées par les militaires car trop délabrées.

    Le mobilier ? Il est ce que l’Abbé Pierre appellera plus tard « le style Louis caisse ».

    Le travail ? Il faut attendre la tonte des moutons pour avoir la laine qui relancera l’atelier.

    En attendant, deux sœurs infirmières travaillent à « l’hôpital » (infirmerie du poste militaire). Elles se mettent aussi à parcourir la région et à visiter les kasbah. D’abord un peu réticents, les femmes et les enfants sont vite conquis, le contact est établi, la sympathie et la confiance sont là.

    Les mois passent et doucement tout se met en place, l’atelier fonctionne bien grâce à un petit noyau fidèle et surtout très adroit. Mais un jour l’abri des sœurs et l’atelier s’écroulent sous le poids de la neige. Il faut se « reloger ». Dans leurs tournées de prospection, les religieuses avaient trouvé sur une hauteur voisine, à 2 kms, un beau terrain. Mais il faudra de multiples interventions pour que le colonel autorise les sœurs à s’éloigner, celles du Père Dané et des Caïd voisins qui promettent leur protection.

    On commence donc à construire ce qui sera « la Kasbah n’Myriem ». 

    -          L’atelier :tissage et broderie. Le travail, bien fait, est apprécié. Les commandes ne manquent pas.

    -          Le dispensaire : Il reçoit des femmes de plus en plus nombreuses. Elles viennent chercher des aides et des conseils en tous genres. Pour mieux les connaître, les sœurs vont chez elles, à dos d’âne qui porte aussi le matériel médical.

    -          L’orphelinat : La moitié des enfants ont perdu leur mère à la naissance.

     

    Après l’indépendance :

    Midelt s’étend, les écoles se multiplient mais la scolarisation des filles n’est pas comprise. Les FMM ouvrent une école à la Kasbah Myriem. L’orphelinat est peu à peu remplacé par un internat gratuit pour les fillettes des environs. A l’hôpital, trois sœurs, dont la toubiba, médecin-chef, s’activent à temps plein.

    Après 1975 s’ensuivent quelques années difficiles, de profonds changements modifient la progression. Mais de nouvelles initiatives voient le jour. S’ouvrent les fraternités de goulmima puis d’Errachidia. La plupart des sœurs se mettent au service de mouvements associatifs divers. Une sœur quitte le dispensaire pour continuer sa mission d’infirmière chez les nomades en vivant avec eux sous la tente. Cette insertion est la racine de la fraternité de Tatiouine.

    Depuis l’an 2000

    La Kasbah Myriem est devenue le Monastère Notre Dame de l’Atlas. Centre de prière et d’accueil occupé par les Trappistes. Les sœurs se sont installées dans une petite maison proche des Pères. L’histoire de la Kasbah Myriem continue. L’immersion au cœur de la population se poursuit et reste toujours vivante. Une sœur travaille à l’hôpital, d’autres sœurs poursuivent le soutien scolaire. Toutes sont disponibles aux coups de sonnettes et aux évènements et poursuivent les visites. L’atelier a été repris par une laïque et le beau travail continue. Enfin, depuis quelque temps, Midelt et Tatiouine forment une seule communauté.

    « Merci à Toi Seigneur. Tu as permis que beaucoup d’amour soit reçu, donné, partagé dans ces murs au cours des années écoulées. A toi, d’abord, notre reconnaissance. »

     

    Témoignage de sœur Jeanne Rémy, infirmière à Midelt depuis 2002

    Sr. Jeanne a travaillé pendant 23 ans à Er-Rachidia.

    « Je suis convaincue que l’on peut vivre l’évangile n’importe où, dans un pays musulman comme ailleurs. Si on ne le peut pas, cela vient de soi, pas de l’environnement… Au Maroc, je rejoins l’œuvre de Dieu à travers tous les musulmans que je rencontre. L’Eucharistie, c’est chaque jour, toute cette vie au bout de mes pieds. C’est pouvoir encourager quelqu’un qui souffre et recevoir le courage d’avancer et d’y voir clair. C’est un échange. J’écoute beaucoup. On vient nous voir pour soigner des blessures qui saignent mais aussi des solitudes. Si tous ces gens peuvent parler, c’est une belle chose. »

    Visiter la Kasbah de Midelt avec sœur Monique Zissler nous apprend l’« être franciscain ». Prendre le thé avec ses amies, nous fait vivre l’Eucharistie de la rencontre.

    La Sadaqa ou l’appel à la Miséricorde de Dieu.

    Il est difficile d’imaginer l’ambiance et la ferveur qui ont régné lors de la Sadaqa organisée à Midelt en mémoire de sœur Marguerite-Marie, fmm, montée au ciel au mois d’avril 2013. Organisée par les sœurs franciscaines et tous leurs amis marocains, au Monastère des Trappistes Notre Dame de l’Atlas, elle a réuni près d’une centaine de personnes.

    « La Sadaqa est un repas sacré offert à Dieu comme un sacrifice et auquel participent tous les pauvres. Cette offrande de tous ceux qui le peuvent et qui est un signe de communion. »[1]

    En présence de tous les moines de « Notre Dame de l’Atlas », des franciscaines Missionnaires de Marie de Midelt et de Tatiouine, de leurs soeurs venues des quatre coins du Maroc pour assister à la session, mais aussi de deux imam et de la communauté musulmane de Midelt et des environs, des pauvres que sœur Marguerite-Marie à tant aimés, la Sadaqua commence par une prière commune d’action de grâce pour la vie de sœur Marguerite Marie. Puis, Psaumes, Fatiha, Sourate, lecture de l’Evangile et chants alternent. Temps de prières communes d’une très grande profondeur pour implorer la Miséricorde de Dieu sur celle que tous ont aimée.

    Ce n’est qu’après avoir prié en commun que nous partageons le couscous traditionnel, rassemblés par petits groupes autour d’un grand plat. Tout le monde se quitte en s’embrassant que l’on se connaisse ou pas. Mais à Midelt, l’étranger est vite reconnu et il suffit d’un bonjour accompagné d’un sourire pour que la relation s’installe, simple et chaleureuse.

    (La suite suivra au 3- 4 jours)
     

    [1] Sœur Simone Bocognano, fmm. « Bucoliques berbères. Itto, fille de l’Atlas » Editions le Fennec

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  • Commentaires

    2
    gaelle
    Mercredi 14 Août à 23:00

    Bonjour, 

    Soeur Marguerite Marie était la cousine germaine de mon père .Xavier Belloir Nous avons correspondu à la mort de ce dernier, puis mon fils aîné est allé lui rendre visite a Midelt. Et nous n'avons plus eu de nouvelles . En cherchant ce soir sur le net j'ai trouvé cet hommage  qui lui a été rendu , je voudrais juste m'y associer par la prière 6ans après 

    Gaelle Belloir

    1
    luc
    Mardi 24 Juin 2014 à 22:19

    Bravo!!!!!!!!!!!!!!


    luc, né à Meknès , frat "la petite plante" Orthez

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