• Sortir de nos questions mesquines pour laisser surgir l’amour. - Revue Message - Janv 2017

    Janvier - février 2017

            Commentaire biblique

    Sortir de nos questions mesquines pour laisser surgir l’amour.

    Sortir de nos questions mesquines pour laisser surgir l’amour. - Revue Message - Janv 2017

    (ajouté par OFS - Sherbrooke)


    Quand nous parlons entre nous, nous pouvons faire deux choses fort différentes : communiquer à un niveau basal en échangeant de l’information les uns sur les autres ou entrer vraiment en relation. Dans le premier cas, on cherche à répondre à nos petites questions utiles : « Qui c’est celui-là ? Où il va ? Pourquoi il fait ça ? Pourquoi il est comme ça ? ». On cherche à connaître les éléments qui nous permettent de maîtriser la situation, d’en garder le contrôle. Mais très ou trop souvent on ne cherche pas, à entrer vraiment en relation, on ne vit pas la rencontre quand elle se présente.


    Pour cela il faudrait accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout comprendre de l’autre. Cela est même indispensable si on veut pouvoir l’aimer parce l’amour implique justement le respect du mystère de l’être aimé. Il n’est plus important alors de savoir qui, que ou quoi. C’est Lui, c’est Elle, c’est l’Unique, l’Insaisissable. Nous pouvons être là dans une relation dense et belle sans forcément savoir pourquoi l’un est habillé comme ceci ou comme cela, d’où vient l’autre, etc. Accepter de ne pas savoir pour connaître d’une autre manière, plus dense et plus belle. C’est à cela que devrait servir la parole. Les pauvres disciples, une fois de plus, ont raté le coche. Ils restent dans la communication utilitaire : « Demande-lui … pourquoi lui dit-il cela … où vas-tu ? ».

    Trahison – Départ – Absence

    Jésus est troublé, il parle d’être livré, trahi par un des siens. Cela devrait secouer ses amis. Comment est-ce possible ? Te trahir alors qu’il y a toutes ces choses fortes entre nous ? Te livrer alors que tu es tout pour nous ? Peut-être, sûrement, il y avait cela au fond de leurs coeurs, mais il y avait aussi, par-dessus, ces petites mesquineries qui noircissent nos vies et dessèchent nos relations. Où est l’ébranlement qu’aurait dû produire cette annonce de la trahison ? On aurait aimé un Pierre impétueux comme celui du lavement des pieds qui vient d’avoir lieu. Mais l’enthousiasme est retombé. Il faut surtout savoir qui est le traître. Et après on est rassuré, c’est l’autre, ce n’est pas nous, on peut continuer à manger et à se faire des petits signes à travers la table. C’est fou ce que cela nous tranquillise de désigner un coupable, un lieu pour le mal. On est sûr que si le méchant c’est l’autre, alors chez nous tout va bien. Il est intéressant de voir comment la question reste au ras du sol et se faufile, de Pierre, à Jean, à Jésus. Si Pierre a été capable d’entendre Jésus annoncer sa trahison, pourquoi ne peut-il lui parler face à face ? Peut-être parce que là il risque d’être pris par le visage de l’Autre. C’est en effet terriblement dangereux de regarder une personne dans les yeux, on risque d’être forcé de quitter le niveau d’échange formel, bien réglé pour entrer vraiment dans une relation qui peut nous amener on ne sait où. « Te trahir Seigneur !? … Oui ! tu en serais capable n’est-ce pas ? ». Il y a des questions qu’il vaut mieux ne pas poser si on veut continuer de manger tranquille. C’est le sens d’une récente question du pape qui était tout sauf anodine : « Est-ce que vous regardez les mendiants dans les yeux quand vous leur donnez l’aumône ? ». En termes franciscains on pourrait dire : « Est-ce que tu descends de cheval pour embrasser le lépreux ou est-ce que tu te contentes de lui lancer une pièce de loin ? ».


    Cette dynamique perverse continue tout au long de notre texte. Aveuglés, les disciples ne voient plus rien. On trahit l’ami, il faut juste savoir qui c’est ; il annonce son départ, sans plus d’émotions on se demande simplement où il va. On veut savoir, on veut contrôler et tout avoir sous la main. On sait qui le trahit, on sait où il va, pas de problème !

    Amour

    La seule question importante dans ce passage est celle que les disciples ne posent pas : « Comment fais-tu pour nous aimer ? Et nous, comment fait-on pour t’aimer, pour s’aimer ? ». Voilà ce qu’il aurait fallu demander ! Est-ce une question trop simple ou est-ce qu’on l’évite parce, justement, c’est une question bien plus dangereuse que les autres, parce qu’on perçoit que la réponse n’est pas du même ordre, qu’elle ne va pas nous conforter dans nos certitudes, mais qu’elle va au contraire nous déranger. Il n’y a pas de recette pour aimer, il faut accepter de tout lâcher, accepter de ne pas tout savoir, ou même de ne plus rien savoir, accepter de se plonger dans le regard de l’autre prendre le risque de refermer les bras, non pour se l’approprier, mais pour l’embrasser tendrement, sans jamais savoir où cela nous mènera. Et ce mouvement, on est obligé de le faire soi-même. Pas de délégation possible, pas de « Psstt dis-lui que … », mais un face-à-face dépouillé, nu, vulnérable … et là alors la possibilité d’un « Je t’aime ! ». Tant que Pierre n’aura pas compris cela il pourra encore trahir celui qui lui a dit en premier ce « Je t’aime ! » et qui continue inlassablement de le lui dire, jusqu’à ce qu’il sorte de sa torpeur.

    Thierry Collaud

     

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  • Commentaires

    1
    Sr Nicole Rhéau
    Lundi 23 Janvier à 20:41

    Je viens de lire avec attention cette réflexion sur une relation vraie et je la trouve exigeante mais excellente, en droite ligne avec l'évangile.  Merci pour ce partage.  Puisse l'Esprit nous aider à nous rendre jusque là, lieu où l'amour vrai peut être vécu.

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