• Vocation et pouvoir, pouvoir et vocation - Femmes et Ministères

    Vocation et pouvoir, pouvoir et vocation

    Publié le  par Pauline Jacob

    À l’automne 2021, le pape François a convié le peuple chrétien catholique à cheminer ensemble pour évaluer la situation de notre Église. Au Québec et dans divers coins de la planète, certains sujets attirent particulièrement l’attention à l’intérieur du processus synodal. Parmi ceux-ci se retrouve la question de l’égalité entre les humains et, de façon plus ciblée, celle de l’accessibilité des femmes à tous les ministères ecclésiaux, ministères ordonnés inclus. Celle-ci touche particulièrement deux volets fondamentaux de la vie de l’Église, soit celui du respect de la vocation de tous ses membres et celui de la prise en compte de leur parole dans les instances de décision, lieux d’exercice du pouvoir. 

    Maintes fois j’ai entendu des remarques sur les changements nécessaires dans l’organisation et l’animation de l’Église catholique. Certaines personnes qui veulent des changements radicaux vont jusqu’à balayer du revers de la main l’ordination des femmes en en faisant un sujet dépassé. D’autres rejettent le droit des femmes à l’ordination parce qu’elles considèrent que ce n’est qu’une mode passagère et que ce serait contraire à la volonté du Christ et à la tradition.

    Pourtant l’accessibilité des femmes à la prêtrise s’avère majeure pour qu’un changement advienne dans l’Église catholique. Elle demeure une porte d’entrée indispensable pour que des femmes aient accès à tous les niveaux décisionnels, papauté incluse. Il ne faut pas l’oublier et ce, même si des transformations en profondeur sont souhaitables. Le jour où ils s’amorceront, ces changements prendront plusieurs années à se concrétiser et ne pourront se faire qu’à la condition que les femmes soient enfin reconnues à leur juste valeur dans notre Institution. Le fait que les femmes ordonnées puissent atteindre les différents paliers de la hiérarchie ecclésiale à l’instar de leurs confrères masculins faciliterait la sortie du carcan patriarcal actuel. L’Église ne peut prôner l’égalité des hommes et des femmes tout en ne la respectant pas dans ses rangs.

    Mais un autre aspect de la question de l’ordination des femmes demeure très important, soit celui de la prise en compte de leur vocation. Des femmes portent en elles cette passion pour la transmission de la parole de Dieu à travers des fonctions officielles. Elles le discernent, comme je l’ai jadis démontré dans une recherche doctorale dont l’essentiel se retrouve à l’intérieur d’une publication chez Novalis. Je me souviens de l’intensité du désir de ces 15 femmes. Elles avaient de 32 à 69 ans et oeuvraient depuis plusieurs années au sein de l’Église catholique. L’Esprit parle à travers ces femmes et leurs communautés qui les reconnaissent. Aucun clerc, qu’il soit pape, évêque ou prêtre, ne peut s’arroger le pouvoir d’être l’unique transmetteur des intentions de Dieu pour une question donnée. L’Esprit duquel nous nous réclamons comme chrétiens et chrétiennes n’inspirent pas seulement les humains de sexe masculin à devenir prêtre ou diacre. Il parle à tous les humains quelle que soit leur identité psychosexuelle.

    De telles femmes existent toujours. Elle sont toutefois maintenant moins nombreuses au Québec à souhaiter prendre ce chemin, mais il y en existe ailleurs dans le monde qui s’expriment régulièrement en ce sens. Il y a toujours des groupes très actifs promouvant l’ordination des femmes. Parmi eux se retrouvent la Women’s Ordination Worldwide [WOW], la Women’s Ordination Conference [WOC], le We are church Ireland et d’autres sans oublier le Women can be priests [anciennement Women priests]. Et il y a des individus qui prennent clairement position en ce sens, entre autres des religieuses qui expriment clairement leur appui à cette cause. Ainsi, Joan Chittister, bénédictine de Pennsylvanie, dénonce le traitement inégal des femmes par l’Église et se demande pourquoi il ne devrait pas y avoir de femmes diacres, de femmes prêtres et de femmes cardinales. Philippa Rath, bénédictine allemande, permet à 150 femmes de raconter le cheminement de leur vocation de prêtre ou de diacre à l’intérieur d’un livre écrit en collaboration avec trois autres femmes. Et la prieure bénédictine suisse, Irene Gassmann, fait prier chaque jeudi pour l’égalité des femmes dans l’Église. Elle s’adresse à Dieu comme « notre père et notre mère ». Cette liste pourrait s’allonger. On pourrait y ajouter le nom de prêtres, de théologiennes et de théologiens qui se prononcent ouvertement en faveur de l’ordination des femmes.

    Dans le Message du pape François pour la 59ème journée mondiale de prière pour les vocations, il est question de réaliser le rêve de Dieu. Ce rêve ne serait-il pas de permettre aux femmes de devenir aussi des ouvrières à la moisson au même titre que les hommes? L’Institution catholique ne peut banaliser l’appel intérieur à prendre cette route que perçoivent certaines femmes. Elle se doit d’écouter ces femmes et les aider à réaliser leur vocation.

    Ordonner des femmes et leur donner accès à toutes les instances de décision demeure un geste fondamental pour la survie de l’Église. C’est l’une des clefs majeures pour que se réalise un jour l’égalité entre les femmes et les hommes, tel que l’a vécu Celui auquel nous nous rattachons comme chrétiens et chrétiennes. Ne l’oublions pas. Prenons les moyens pour que cette réalité advienne et que l’Église devienne crédible dans la société actuelle.

    Pauline Jacob,
    Montréal, le 28 octobre 2022

    source  https://femmes-ministeres.org/

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