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    La maternelle tendresse du Père

     Ou Dieu ou l'argent : Matthieu 6, 24-34

    Autres lectures : Isaïe 49, 14-15; Psaume 61(62); 1 Corinthiens 4, 1-5

    Image source http://www.letemps.ch

    À plusieurs reprises, dans le passage d’évangile de ce dimanche, Jésus invite à ne pas avoir souci du lendemain. Qu'entend-il nous dire au juste ? Quelle vérité ultime souhaite-t-il nous voir approfondir ?

    Un malentendu possible

         Les reprises des mots « souci » et « valoir » sont nombreuses dans le récit, donnant un poids supplémentaire aux affirmations énoncées : Ne vous faites pas tant de souci (v. 25)... Ne vous faites donc pas tant de souci; ne dites pas : 'Qu'allons-nous manger?' ou bien : 'Qu'allons-nous boire?' ou encore : 'Avec quoi nous habiller?' (v. 31; aussi v. 34). Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux [i.e. les oiseaux] ? (v. 26).

         Pour certains l’exhortation inviterait à la démission; ou encore encouragerait à la paresse, plutôt qu'au labeur des moissons et des tissages. Il ne saurait être question d'un tel malentendu, car l'homme et la femme ont à collaborer avec leur Créateur pour la nourriture, le logis et les vêtements. Dieu ne gagne pas notre vie à notre place. Constatons aussi que l'usage de l'argent n'est pas condamné.

         Par ailleurs, on pense immédiatement aux pauvres : les écorchés de la vie qui connaissent l'inquiétude dévorante et destructrice du lendemain, qui souffrent de la faim de leurs enfants. Le manque d'argent peut devenir une préoccupation constante. Comment ceux-ci peuvent-ils subvenir à leurs besoins et demeurer dans la confiance et l'abandon ?

    Quel est notre unique Maître ?

         Est-ce Dieu ou l'abondance exagérée des biens matériels, le dieu-argent, le Mamon, comme la Bible le surnomme ? En ce début du XXIe siècle, plus que jamais, nous tenonsà notre protection, et recourrons à un système d'assurances pour nos biens et pour notre vie. Au coeur d'une société de consommation où la publicité est omniprésente, nous sommes entraînés à tout posséder, et le plus vite possible sera le mieux, au point de renverser les valeurs, soit de mettre la nourriture au-dessus de la vie, le superflu au-dessus du nécessaire. La convoitise des richesses cause des inégalités, provoque souvent des oppositions, dilapide les ressources de notre terre, nuit aux relations solidaires et fraternelles entre les humains. Si l'argent n'apporte pas le bonheur, ne garantit pas totalement l'avenir, s'il ne répond pas à l'essentiel que notre coeur cherche, la confiance qu'on met en lui est une confiance mal placée, voire aliénante.

         Alors, la parole de Jésus si ajustée, tombe avec fermeté, elle est radicale et interpelle avec vigueur les croyants qui ne peuvent servir qu'un Maitre, car il ne peut y avoir qu'un bien suprême : Dieu qui sait combler si gracieusement ses créatures, qui prend à coeur leur dignité humaine. Et le Maître invite à demeurer dans une confiance inébranlable, un abandon authentique, une quête inlassable. Oui! Rechercher Dieu, le Bien suprême (v. 33), et le rechercher constamment, à l'exemple de cette femme qui cherche la drachme perdue (Luc 15, 8-10) afin que notre engagement soit délibéré et exclusif au service de Dieu (v. 24). Cette recherche du croyant est éloignée d'une sagesse humaine qui constate que l'inquiétude est vaine et n'ajoute rien de valable au but poursuivi.

    La valeur inestimable de la personne humaine

         Après l'invitation à ne servir qu'un Maitre, Jésus fait l'éloge de la grandeur et de la beauté de toute vie humaine. Il ne s'attarde à la majesté des lis des champs et aux oiseaux du ciel que pour mieux souligner son admiration pour les enfants du Père, ces femmes et ces hommes capables d'être auteurs de projets, de grandir en bonté et en justice : Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux -les oiseaux ? Ou encore : Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi (v. 30). Si donc, Dieu se préoccupe ainsi du végétal, combien plus protégera-t-il les hommes et les femmes de tous les temps. Il est le seul à donner sens à notre vie.

         L'histoire de notre vie comporte son lot de difficultés, d'impasses, d'échecs sur lesquels certains peuvent s'appesantir trop longuement, sans regarder l'autre face des événements vécus. Que d'éléments extraordinaires, d'événements bienveillants parsèment aussi nos journées et nos années ! Mesure-t-on à sa juste valeur la vigilance précieusement acquise au fil du quotidien, l'humilité qui surgit au fond de l'être après une descente salutaire en soi - une prise de conscience de ses faiblesses, une indulgence envers soi-même jusque-là méconnue ou refusée ? Mesure-t-on encore cette confiance qui grandit après les épreuves vécues, après les découvertes jamais terminées de l'immensité de la miséricorde de Dieu ? Regardons le manque expérimenté, comme un chemin qui ouvre sur l'accomplissement, l'action de grâce pour tout ce qui est offert gratuitement, de l'amour donné et reçu.

    La confiance indéfectible des croyants

         En qui ? Certes pas en l'argent, mais en Dieu dont la surabondance éclipse tout ce qui est perceptible, une surabondance mystérieuse, infinie, inimaginable, qui dépasse en grandeur et en profondeur le cosmos avec ses multitudes d'étoiles de toutes les galaxies. Peu de temps après la mort du Christ, pensons à la confiance des apôtres, observons l'attitude convaincue et décisive de l'apôtre Paul qui se considère seulement comme le serviteur du Christ et l'intendant des mystères de Dieu. Dans la deuxième lecture, tirée de la Première lettre aux Corinthiens, il écrit qu'il se soucie fort peu du jugement que les hommes prononceraient sur lui : Je ne me juge même pas moi-même ... (v. 3), faisant avant tout confiance en son Seigneur. Rappelons-nous l'attitude d'abandon de Thérèse de l'Enfant-Jésus, du Père Kolbe, prisonnier durant la 2e Guerre Mondiale, qui donna sa vie pour que vive un père de famille. Scrutons le visage de personnes que nous côtoyons ou avons côtoyées et qui nous ont impressionnés par leur abandon au Père.

    La maternelle tendresse du Père

         Il est bon de savourer la sollicitude de Dieu qui dépasse l'amour d'une mère pour son enfant et qui s'exprime en la personne de Jésus, le Fils bien-aimé qui a su parler de Dieu, en le nommant Père. Jésus a passé en faisant le bien. Il s'approchait tout près des exclus que la société de l'époque rejetait, il guérissait les malades. Si, d'une part, il se souciait des indigents, d'autre part, il appelait les gens de toutes les classes à ne pas refuser Dieu. Il insistait pour que tous, riches repus et pauvres opprimés, savants et incultes, s'investissent dans une quête : chercher, chercher. Rechercher avant tout, non les biens terrestres et spirituels, mais le Royaume de justice : Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela - le boire, le manger, le vêtement vous sera donné par-dessus le marché (vv. 32-33). Et Dieu Père, à la croix, n'abandonne pas son Fils. Il est plus près de lui qu'à tout autre moment de sa vie.

    Les visages humains qui rendent visibles la sollicitude du Père et du Fils

         Cette tendresse inou ïe de Dieu appelle une réponse de foi et d'abandon total et amoureux. Elle invite à un engagement non intermittent mais soutenu de toute personne croyante. Les mal-pris, les abandonnés ont besoin de connaître l'amour infini du Père et du Fils à leur égard. Et cet amour passe par les yeux et les mains de combien de bénévoles de notre société, de combien de gens qui mettent leurs convictions, leurs talents et leur amour au service des marginaux, des malades, des démunis-itinérants de toutes origines. À Montréal, dans notre métropole, une personne sur cinq est pauvre. En élargissant notre horizon, ailleurs, combien sont-ils ces visages émaciés dans les bidonvilles de tous les pays pauvres ?

         L'attention aux défavorisés permet d'acquérir une rectitude plus grande dans nos comportements et nos relations, et de donner l'espérance à autrui. Notre bienveillance peut changer le monde quand elle est inspirée et qu'elle découle de l'amour maternel de notre Père.

     Julienne Côté, CND

     Source: Le Feuillet biblique, no 2393. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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