• Et si l’Église n'avait plus de prêtres ? - Croire

    Et si l’Église n'avait plus
    de prêtres ?

    Sophie de VilleneuveSi l’Église n'avait plus de prêtres, cela sans doute ne serait plus... l’Église ! Même si des communautés (au Japon par exemple) ont pu, dans certaines circonstances de l'histoire, s'en passer tout en maintenant une vie de foi, peut-on sereinement envisager l'appauvrissement, faute de prêtres, de la vie spirituelle des fidèles ? Certes, "la  puissance de Dieu n?est pas liée aux sacrements" (Thomas d'Aquin), mais ceux-ci sont indispensables pour signifier, dans l'Eglise, la gratuité du salut. Alors que durant ce mois juin beaucoup de jeunes gens seront ordonnés prêtres, choisissant, ainsi, "un devoir passionnant qu'il vaut la peine de vivre toute la vie" (pape François), pourquoi ne pas revenir à la source du ministère presbytéral. Qu'est-ce qu'être prêtre ? De quels prêtres avons-nous besoin aujourd'hui ? Les réponses de croire sont multiples et variées. A vous de vous faire aussi votre opinion.

    Sophie de Villeneuve

    Quel profil pour les futurs prêtres?

     

    Quel profil pour les futurs prêtres ? (1)  La rédaction de croire.com a choisi de vous faire connaître cet extrait d'une conférence du cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, datée du 10 octobre 2003 et publiée dans le numéro 2312 de "la documentation catholique". Ce cardinal propose un profil pour les prêtres (les "ministres" dans le langage de l’Église) afin de mieux répondre aux exigences de notre époque.

     Extraits

    "Je vais donc essayer de dessiner le profil du ministre d'aujourd'hui pour l'Église de demain. La recherche du ministre parfait ne doit cependant pas être considérée comme vérité absolue ou comme modèle que tout un chacun se doit d'appliquer. Il ne s'agit que d'une tentative, la recherche du ministre adapté aux besoins d'aujourd'hui.

    Intégrer toutes les dimensions de la vie et de la personne

    1. Le ministre de l'Église de demain devra se donner totalement et fonder son sacerdoce sur l'Évangile. Qu'il n'y ait ni séparation de l'évangélisation et du travail pour le bien de l'humanité, ni séparation de la spiritualité et de la pratique pastorale. La formation au sacerdoce devra être complète et comprendre santé physique et mentale, spiritualité, théorie, dimensions pastorale et communautaire. Le ministre devra également intégrer les fonctions propres à tous les baptisés en général et aux ministres ordonnés en particulier : sanctifier (prêtre), gouverner totalement et de manière désintéressée (roi), proclamer la Parole et, à la lumière de celle-ci, avoir l'esprit critique vis-à-vis de la situation dans laquelle vivent les personnes (prophète). "Intégrer" signifie également que le ministre devra intégrer le caractère socio-anthropologique à la composante théologique.

    Un retour aux sources évangéliques

    2. Il ne devra pas craindre un retour aux sources, aux origines, à l'Église que Jésus voulait. Il ne devra pas craindre de comprendre son ministère comme un appel et non comme un privilège, comme un service et non comme une position dominante. Il s'agit donc de se débarrasser de tous les ornements glanés au cours des siècles (certains par nécessité, d'autres non) et de revenir au sens premier. L'objectif est de mettre en lumière l'essentiel, ce qui est propre au sacerdoce et de délaisser tout ce que l'on croyait indispensable et qui n'était que secondaire.

    Être de son temps

    3. Le ministre doit être un homme de son temps, en contact et au fait des réalités qui l'entourent, ayant la capacité de comprendre et d'intégrer les évolutions du monde d'aujourd'hui. Comme le dit Pastores dabo vobis, il doit savoir prendre du recul par rapport à certaines situations, "faire une lecture interprétative de la réalité" afin de "distinguer entre le bien du mal, entre les signes d'espérance et les menaces".

    Intelligent et spirituel

    4. La société moderne exige du ministre qu'il soit capable de lire les signes des temps et que sa solide formation lui permette de répondre aux problèmes soulevés par sa communauté. Il doit intégrer l'obéissance totale au Christ et la construction de communautés passées du stade de koinonia sociales à celui de koinonia théologiques. Le profil du ministre de demain doit donc se fonder sur deux piliers : sa capacité à comprendre la situation dans laquelle il évolue et une spiritualité profonde qui, construite sur l'obéissance au Christ, poursuit l'oeuvre libératrice et salvifique du Seigneur.

    Fidélité

    5. En ces temps où les délais sont de plus en plus courts, la fidélité n'est plus la règle et apparaît comme un défi au ministre, ordonné ou laïc, qui doit persévérer dans son indéfectible confiance dans le Seigneur.

    Être serviteur

    6. Reconnaissons que nous devons changer. Nous devons passer d'un ministre dignitaire à un ministre serviteur dans la petitesse d'une communauté ecclésiale. Dépasser le modèle clérical suppose de vivre en accord avec le fait d'être un disciple de Jésus et de réaliser l'identité de l'Église en tant que communion de serviteurs. L'homme du XXIe siècle a besoin de témoins forts, clairs et convaincants face à la relativisation qui le mène à l'ennui et à une existence vide de tous sentiments. Par conséquent, il est nécessaire de passer d'un ministre fonctionnel, uniquement dévoué à la chose religieuse, à un ministre porteur de vocation, don libre de l'Esprit, d'un ministre sacramentel à un ministre bâtisseur de communautés chrétiennes.

    Il faut passer d'un homme raisonneur et inflexible, incapable d'accepter l'ambiguïté et l'erreur, à un homme conscient de la fragilité de l'être humain, prêt à voir la vie de Dieu dans toutes les contradictions de l'histoire. Il est essentiel que ce nouveau ministre sache faire la différence entre le fait d'être dans la confrontation et celui d'être prophète ; qu'il sache accepter la diversité de la communion ministérielle dans l'Église, voire les contradictions de toutes sortes de la communauté au lieu de vouloir fixer la situation ecclésiale. Il aura également toujours à cœur d'améliorer les relations entre les différentes Églises même si cela paraît difficile, voire impossible. Son rôle est d'être ouvert à tous les croyants sincères et à tous ceux qui recherchent Dieu d'une façon ou d'une autre.

    Disciples du Seigneur au même titre que les laïcs

    7. Ce ministère ne doit pas séparer les prêtres des laïcs. Chacun complète l'autre et ensemble ils construisent le Peuple de Dieu. Être ministre ne peut se réduire au sacrement de l'ordre car il existe plus de ministères que ceux exercés par les seules personnes ordonnées. Chercher à limiter la fonction ministérielle aux ministères ordonnés revient à le placer en situation de supériorité ontologique par rapport au reste des croyants qui, par le baptême, sont également des disciples du Seigneur.

    Un ministère d'espérance

    8. La spiritualité du ministre doit se fonder sur la miséricorde émanant d'une conversion permanente, une spiritualité unique et proche, crédible et attrayante pour les croyants. Cette spiritualité doit clairement faire référence aux Évangiles comme point de départ et fixer comme point d'arrivée le soutien et la promotion des femmes et des hommes de la communauté. Cette spiritualité doit également être teintée d'espérance. Dans un monde de mort et d'oppression, le ministre doit porter l'espoir chrétien de la construction du Royaume de Dieu contre les situations inhumaines qui causent tant de peine dans notre monde. Cette spiritualité évite tout type d'isolement et amène le ministre à être attentif aux signes de son temps et à l'accomplissement de la volonté de Dieu. Le Royaume de Dieu nous pousse à suivre le Seigneur dans le temps et se révèle à nous en la Parole de Dieu.

    Oscar Rodriguez Maradiaga, cardinal du Honduras ; juin 2004
    Croire.com

    source http://www.croire.com/

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  • Commentaires

    1
    andré
    Vendredi 20 Juin 2014 à 13:29

    S'il avait fallu que le Christ fût aussi exigeant lorsqu'il a choisi ses apôtres et disciples, est-ce que le message évangélique aurait irradié sur toute la planète?... À rechercher le "ministre parfait", l'Église risque de faire fausse route... et de ne pas être à l'écoute de l'Esprit qui souffle... Pourquoi ce ministre ne serait-il pas aujourd'hui "une femme de son temps"?... Ouvrons nos antennes

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