• LA GRÂCE - art 49 - Suzanne

    LA GRÂCE

     

     

    sentier forest « Espère, Israël, dans le Seigneur, car auprès du Seigneur est la grâce, et auprès de lui toute délivrance »(Ps 130, 7)

     

    Le terme de grâce peut paraître totalement abstrait, y compris parfois pour un chrétien. Combien de fois ces questions m’ont été posées : Qu’est-ce que la grâce ? Que voulez-vous dire par grâce ? Je ne sais pas ce qu’est la grâce, je ne l’ai jamais expérimentée ? Ou pire : Vous n’arrêtez pas de parler de la grâce, c’est insupportable !

    Pourtant, la proclamation de la grâce de Dieu est un élément essentiel du message biblique. Le terme de grâce correspond à un concept clé. Il exprime la relation fondamentale de Dieu à l’homme. La Bible a beau ne connaître aucune « doctrine de la grâce », le message de la grâce est pourtant dans l’orientation gratuite de Dieu vers l’homme et, en particulier, dans l’action que Dieu exerce sur l’homme pour le sauver.

    Dans l’Ancien Testament par exemple, dans la révélation de Dieu à Moïse, la parole décisive qui introduit le renouvellement de l’alliance avec Israël et la remise des commandements, est la suivante : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité » (Ex 34,6). L’image de Dieu qui s’exprime dans ces paroles permet de voir en lui le Seigneur fidèle de l’alliance, le maître bienveillant qui est personnellement tourné vers son peuple. Bien plus, il s’avance si près de l’homme qu’il conclut avec lui une alliance. Ainsi, la grâce de Dieu n’est pas seulement une disposition, elle est une action. Le prophète et le psalmiste en témoignent.

    Alliance et grâce de Dieu constituent une unité indissoluble. Dieu tire son peuple de la servitude, il pardonne, il donne vie et fécondité, tout cela est expression et témoignage de sa grâce et d’un amour qui désire que l’homme soit définitivement délié et libéré de toute détresse. « C’est d’un amour éternel que je t’ai aimé, aussi t’ai-je si longtemps conservé ma faveur. » (Cf De 7, 12 ; Is 54,10 ; Ps 89,29). Nous pouvons nous fier à cet amour.

    Les affirmations de l’A.T relatives à Dieu, son essence et son action définissent donc ainsi sa grâce : clémence miséricordieuse et action sur laquelle on peut compter, elle apparaît toujours comme l’orientation libre et personnelle de Dieu vers son peuple et vers l’homme en général. Cette orientation s’exprime dans une fidélité sans condition à l’alliance conclue une fois pour toutes, à la parole donnée ; cette parole n’est pas remise en question par la faute humaine et la punition divine, elle se renouvelle dans le pardon.

     

    Le Nouveau Testament dépasse l’Ancien, mais sa pensée n’en reste pas moins engagée sur le chemin que celui-ci a tracé. Dans le Nouveau Testament, Paul est, par excellence, le messager de la grâce de Dieu. La manière dont il présente  la grâce divine doit sa forme propre et son allure concrète à l’expérience personnelle de l’apôtre. Dieu qui l’a « élu dès le sein maternel » (Ga 1,15) l’a, par sa grâce appelé à la foi et à l’apostolat et a « révélé en lui son Fils » (Ga 1,16). Pour Paul, l’expérience de sa conversion est l’expérience de la grâce de Dieu. Cette grâce consiste dans la révélation du Fils qui se manifeste en lui comme une puissance personnelle qui intervient profondément dans sa vie.

     

    Désormais, toute grâce de Dieu se manifeste « en force de rédemption par le Christ Jésus » (Rm 3,24) « par lequel nous avons accès à cette grâce » (Rm 5,2. C’est par le Christ que Paul a « reçu grâce et apostolat » (Rm 1,5), le Ressuscité lui étant apparu à lui aussi, « le dernier de tous », et ayant fait de lui un témoin (Cf 1 Co 15,8).

    Paul, « le dernier de tous » montre ce qui fonde la position centrale du Christ dans l’action gratuite de Dieu. « Dieu nous a prouvé son amour pour nous en ce que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous »  (Cf Ro 5). Or, cette œuvre inconcevable de salut signifie que, maintenant justifiés par le sang du Christ, nous avons accès à la grâce et à l’union vivifiante avec Dieu. Cet évènement, décisif pour l’homme parce que nécessaire à son salut, montre la surabondance de la grâce de Dieu.  

    Ainsi, le terme de grâce désigne avant tout, chez Paul, le fait que Dieu, dans son action salvatrice, se tourne personnellement vers l’homme, et cela, « par le Christ » ; l’union au Christ rendant possible une vie nouvelle et l’accès à Dieu même, l’homme peut faire l’expérience de la grâce. Toute grâce est don divin introduit dans le « maintenant » de l’homme. Il met l’être humain en chemin vers le « bientôt » de l’accomplissement.

     

    Les croyants, eux aussi, sont, comme l’apôtre, « appelés par la grâce du Christ » (Ga 1,6). Mais qu’est-ce qui fonde l’union au Christ dans la vie de l’individu ? Par la force divine de l’Esprit-Saint, le Christ intervient avec puissance dans la vie du croyant, il crée la vie et la liberté par rapport à la faillibilité de l’homme et à la loi. C’est bien cette présence agissante du Christ à l’intérieur de l’homme qui est preuve de la grâce de Dieu et expression de son amour. « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné » (Rm 5,5) Tous les charismes produits par l’Esprit sont donc produits par Dieu « qui opère tout en tous » (1 Co 12,6)-[1]

    Cependant, c’est au plus profond de l’individu que l’orientation et le bon usage de la grâce deviennent réalité. Ainsi, la grâce de Dieu nous est donnée pour qu’on lui réponde. L’homme peut aussi bien « étouffer » l’Esprit qui lui est donné que recevoir en vain la grâce mais il peut également laisser la grâce agir en lui. C’est dans la foi que l’homme donne sa réponse, la « croissance dans la grâce » (2 P 3,18). Foi et grâce vont donc de pair puisque la preuve de la faveur salvatrice de Dieu, n’est donnée et ne cesse pas de l’être qu’en vertu de la foi : « l’homme est justifié par la foi » (Ep 2,8).

     

    Le don de cette grâce s’insère dans l’histoire. L’histoire devient une histoire du salut qui a pour fin l’accomplissement de la création. Aussi, dans la prédication apostolique, toute réflexion sur la grâce de Dieu, n’est-elle qu’interprétation de la volonté divine de salut manifestée en Jésus (Cf Tt 2,11).

    Comme la grâce signifie le secours venu de Dieu, sa bienveillance et sa proximité, le terme de grâce peut finir par désigner (1 P 5,12 ; Jude 4) dans sa totalité, le nouvel état du chrétien sauvé, cet état dans lequel il s’agit de demeurer.

     

    Dans l’évangile de Jean, la grâce signifie vie, lumière et manifestation de l’amour de Dieu.

     

    Suzanne Giuseppi Testut  -  ofs

    Autres articles de Suzanne ICI

    [1] Cf  notre article n° 20 « Aller à la rencontre des dons et de la grâce » et  notre livre « La déposition », chapitre VIII, Nouvelle Cité.

    « À Brive, Antoine de Padoue est le saint de tout le monde !Dialogue, prière au coeur de la rencontre d’Assise, par le card. Tauran »

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