• Méditation : seul avec « le Seul » - Stéfan Thériault

     

    Méditation : seul avec « le Seul »

    À partir du Texte de (Luc 10, 38-42)

    « Une femme nommée Marthe le reçut.
    Marie a choisi la meilleure part
     »

     



    Méditation : seul avec « le Seul » - Stéfan ThériaultL'histoire de Marthe et Marie a traversé le christianisme

    et a conduit, souvent, à opposer le service (Marthe) et la contemplation (Marie), laissant à cette dernière la meilleure place.

    Depuis, il a été mieux mis en relief que Marthe et Marie sont deux sœurs

    et que chacune est une part de nous, un aspect de notre vie spirituelle

    aussi importante l'une que l'autre.

    Ce qui me frappe aujourd'hui dans le texte est, plutôt, notre rapport à la solitude.

    Marthe, d'un côté, se plaint à Jésus en disant :

    « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ?

    Dis-lui donc de m’aider. »

    De l'autre côté, il lui est répondu par Jésus au sujet de Marie :

    « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses.

    Une seule est nécessaire. (ce petit bout de phrase est traduit par Chouraqui ainsi,

    et cela me semble très signifiant et inspirant : « De peu il est besoin, ou du seul ») Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »

    Marthe est celle qui a accueilli Jésus dans sa maison.

    Le texte dit d'elle (et je présente ici trois traduction différentes) :

    « elle était accaparée par les multiples occupations du service »

    ou « était absorbée par les multiples soins du service » (bible de Jérusalem)

    ou « se fatigue à tant servir » (Chouraqui).

    « Accaparée », « absorbée » ou « fatiguée » sont des expressions

    qui nous rejoignent chacun-e de nous.

    Combien de fois par semaine nous sentons-nous déborder ?

    Et si nous regardons les autres, nous mettons-nous à être frustrés ? 

    Nous reprochons à l'autre de ne rien faire.

    Ou nous nous taisons mais nous éprouvons du ressentiment pour l'autre. 

    Ou nous déprimons et nous baissons pavillon. 

    Un mot décrit bien ce qui est vécu : SEULS ! Nous nous sentons seuls. 

    Et cette solitude grandit si, en plus, nous nous faisons dire

    que nous nous « donnons du souci et nous nous agitons pour bien des choses ».

    La solitude du service tient au poids qui repose sur nos épaules

    et au sentiment que nous sommes seuls à la porter.

    Imaginons actuellement ces personnes qui, dans le milieu hospitalier,

    sont épuisées parce que les hôpitaux débordent de cas de COVID. 

    Et, de l'autre, elles voient ces anti-masques qui manifestent,

    au nom soi-disant de leurs droits et libertés, sans souci des conséquences

    pour les personnes qui interviennent dans les hôpitaux.  Elles se sentent seules. 

    Il est facile de se sentir seuls dans le service.

    Puis, il y a Marie qui est au pied de Jésus et qui « écoute sa parole ». 

    Jésus lui dit, traduira Chouraqui, « de peu il est besoin, ou du seul ». 

    « Du seul », quelle expression extraordinaire !  Qui est le seul, sinon le Christ ? Cette réponse est tout autant pour Marthe que pour Marie. 

    Elle nous redit que la seule façon d'accomplir notre mission,

    active ou contemplative, est de laisser « le Seul » la vivre par, avec et en nous.

    La solitude n'est pas une tare mais, nous dira Henri Nouwen,

    elle est « le lieu précieux où nous pouvons découvrir la voix

    qui nous parle de cette nécessité intérieure - à savoir, notre vocation ».

    Elle est le lieu qui nous conduit dans un face à face :« seul » avec « le Seul »

    C'est ce face à face qui nous permet d'entendre sa Parole,

    celle qui nous engendre comme être unique, i.e. comme être irremplaçable,

    seul (ne peut être reproduit). 

    Il nous fait glisser au plus intime de notre cœur où le Seul habite et nous attend.

    Cette expérience contemplative peut tout aussi bien se vivre dans l'action

    que dans la prière. Car, en la maison de Marthe, en la maison unique de notre être, le Fils s'y tient et nous invite à nous asseoir à ses pieds

    pour qu'il nous parle du Père et se fasse l'exégète de notre mystère. 

    Il est vrai que nous nous agitons souvent loin de nous

    dans les accaparements du service ou les distractions

    ou les égocentrismes de la prière mais, chaque fois,

    nous sommes invités à entrer dans la solitude de notre être

    et la laisser s'élargir dans la solitude du Fils.

    Et entrer dans sa contemplation et dans son action à Lui.

    « De Lui seul », nous avons besoin. « Dieu seul » nous suffit. 

    C'est le refrain de tous les saint-e-s.  Leur litanie joyeuse. 

    Car, dans cette solitude éclate la communion éternelle des trois Personnes divines. La fatigue du service perd son fardeau en glissant dans la Présence

    ou en laissant la Présence se glisser en chacune de nos actions,

    ou les ennuis de la prière y trouvent en Lui son silence. 

    Saisis dans le grand mouvement d'Amour de leur dépossession mutuelle,

    rien ne nous est « enlevé ».  Bien au contraire, tout nous est donné.

    Chaque jour, nous devons apprendre la solitude, celle du cœur qui, dans l'intime, se recueille d'Amour en Dieu.

     

    Qu'importe l'indifférence des gens, leur manque d'attention ou de soutien,

    Dieu se livre et la joie est complète !

    Seul avec « le Seul », voilà notre vocation.

    Seul avec « le Seul », voilà la communion où toutes et tous nous sommes embrassés.


    Stéfan Thériault, directeur du Centre« Le Pèlerin »

    stheriault@lepelerin.org  (www.lepelerin.org)6 octobre 2020

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