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    Noémi : une leçon de résilience

    Noémi

    Noémi
    Gertrude Crête, SASV
    encres acryliques sur papier, 2000
    (photo © SEBQ) 

    Lire le livre de Ruth

    Partie avec son mari et leurs deux fils pour les Champs de Moab parce que, ironiquement, une famine sévissait dans la « Maison du Pain » (sens du nom Bethléem), Noémi rentre avec sa belle-fille Ruth. Morts, les hommes de la famille! La vie a basculé dans l’amertume pour Noémi au point que son identité en est ébranlée. « Est-ce bien là Noémi? » s’exclament les femmes de Bethléem en la voyant. Elle leur répond de ne plus l’appeler Noémi, « ma douceur »,  mais Mara, l’« amère » (Rt 1,19-21). Et sa plainte en dit long sur sa manière de voir les choses : elle tient Dieu pour responsable de ses malheurs. Elle s’inscrit ainsi dans cette vieille mentalité biblique selon laquelle tout vient de Dieu, le bonheur comme le malheur. Si tout est ainsi fixé par Dieu, aussi bien se laisser aller à une passivité résignée, non?

    La femme dans les coulisses

    Eh bien non! Car la vie continue malgré tout. Et la solidarité des deux femmes permettra de surmonter le malheur. Ruth, fidèle à la mission que porte son nom, « l’amie », se propose d’assurer leur subsistance à toutes deux en partant glaner dans les champs.

    Certes, on s’attend à ce que Ruth prenne une part active au récit dont elle est l’héroïne. Mais on peut se demander si, tout compte fait, Noémi ne serait pas la vraie protagoniste de l’histoire. Tout d’abord, notons comment Ruth elle-même se soumet à son autorité en obéissant à tous ses conseils. Ensuite, même si elle reste cantonnée à la maison, elle infléchit au moment opportun le cours des événements. Car elle sait tirer parti des informations qu’elle détient et suggérer la bonne action au bon moment.

    Le hasard faisant bien les choses − ce qui n’a rien de surprenant dans un conte, ce qu’est le livre de Ruth d’un point de vue littéraire − Ruth va justement glaner dans les champs de Booz [1]. C’est ce que Noémi découvre en questionnant sa bru à son retour des champs. Elle s’empresse aussitôt de l’informer que cet homme est un parent du côté de son défunt mari et qu’il a un droit de rachat sur elles (2,20). Le texte juxtapose en fait ici deux traditions, la loi du rachat (devoir de racheter des parents réduits à l’esclavage par la pauvreté, ou encore leurs biens) et la loi du lévirat (devoir d’épouser la veuve de son frère ou d’un parent proche pour lui assurer une descendance). Noémi encourage donc Ruth à continuer de fréquenter les champs de Booz.

    Et passe la saison de la moisson de l’orge, puis de celle du blé. Il y a urgence à agir, car bientôt les deux femmes seront sans recours.

    Un stratagème audacieux

    Noémi se sent une vraie responsabilité pour sa belle-fille et la veut heureuse (3,1). Elle lui suggère donc un habile stratagème. Booz, comme c’est la coutume, dormira sur l’aire la nuit où l’orge est vannée. Lavée et parfumée, Ruth devra discrètement découvrir ses pieds et se coucher près de lui (3,4). L’idée peut nous sembler bizarre ; il s’agit en fait d’un geste très audacieux et fort compromettant. En effet, dans la Bible, les pieds sont parfois un euphémisme pour les organes génitaux masculins [2]. Le plan de Noémi équivaut en fait à risquer le tout pour le tout. Booz ne se formalise pas de l’initiative de Ruth et ne profite pas non plus de la situation. Il entre plutôt en dialogue avec elle et accepte d’étendre sur elle un pan de son manteau, autrement dit de l’épouser.

    Après quelques rebondissements, Booz prend Ruth pour femme et bientôt elle conçoit et enfante un fils. Les femmes de Bethléem s’adressent une nouvelle fois à Noémi, comme si elle était la première concernée par cet événement. Et en fait, oui, peut-être l’est-elle. En épousant Booz, Ruth a consenti à donner une descendance à ses premiers beaux-parents. Et nommant elles-mêmes l’enfant, les femmes intègrent pleinement cette étrangère dans le peuple d’Israël et en font une ancêtre du grand roi David (4,17.22). Et elles ont bien raison de dire que oui, « il est né un fils à Noémi » (4,17). La résilience et l’intelligence de Noémi ont chassé toute amertume et fait triompher la vie.

    [1] Son nom, qui signifie « en [lui] la force », est également celui de la colonne située à gauche de l’entrée du Temple de Salomon. (1 R 7,21). Le nom peut également s’écrire Boaz.

    [2] Certaines traductions édulcorent un peu le geste en parlant de « dégager une place à ses pieds ».

    Anne-Marie Chapleau

    source www.interbible.org

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