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    Eucharistie; Roland Bonenfant ofm mai 2008 

    Un entretien donné au Franciscain séculier lors de leur rencontre annuelle de trois jours, du nom de FRATERNITÉ


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  • INTRODUCTION

    Témoins d’une naissance

     

     

    Les questions d'identité préoccupent de nombreuses personnes. La commission Bouchard Taylor en a été une bonne illustration. Pour sa part, l'identité chrétienne d'une majorité d'entre nous est devenue floue à cause des changements rapides de la société et l'on comprend que certains tentent de retrouver des balises qui fourniraient une sécurité perdue. Les initiatives du cardinal de Québec semblent aller dans cette direction. Nous les respectons mais elles n'épuisent pas le champ du réel.

    Pour notre part, nous croyons que l'identité chrétienne est moins un trésor perdu qu'il faudrait retrouver à tout prix, qu'un chemin qui a été ouvert par la passion indéfectible de Jésus de Nazareth. Aux gens de son temps, il a parlé d'un monde neuf qui était en gestation dans la cour de chacun et dans une société en ébullition qui mettait de côté de nombreuses personnes. Il leur a montré à avoir foi en la vie, à prendre au sérieux le goût de voir, de marcher, de partager, de se relever sans cesse, convaincu qu'ils pouvaient faire confiance à cette source de toute vie qu'il appelait son Père. Cette « bonne nouvelle» est ainsi proclamée dans un contexte particulier et il en est toujours ainsi. Elle parle d'une relation qui est offerte et qui engendre le goût d'en créer d'autres pour que la vie circule en abondance. Mais comme nous avons de la difficulté à comprendre cette relation et à lui faire confiance, nous cherchons à la chosifier et à la posséder. C'est bien pourquoi, au hasard de son histoire deux fois millénaire, la communauté chrétienne a cru pouvoir l'encadrer, la faire entrer souvent de force dans les diverses cultures et certains ont pensé ainsi domestiquer l'imprévisible d'un Souffle qui va où il veut.

    À chaque fois que l'histoire des humains engendre de nouveaux univers de pensée, les chrétiens ont dû se rendre compte qu'ils avaient domestiqué le Souffle du ressuscité et accepter de se remettre en chemin. Notre époque n'est donc pas une exception. Un monde différent est en train de naître et la communauté chrétienne découvre peu à peu que c'est avec ce dernier qu'elle doit entrer en relation, acceptant de marcher avec les gens de ce temps, convaincue que le Souffle la précède. Inutile d'ajouter qu'il est toujours difficile de laisser de côté des bagages accumulés en cours de route. À titre d'exemple, l'Église d'hier n'avait-elle pas réussi à encadrer les croyants, à les organiser et à les programmer de leur naissance à leur mort? Il a fallu des révolutions, plus ou moins tranquilles, pour qu'elle retrouve son statut de nomade, qu'elle fasse le tri dans toutes ses richesses pour ne conserver que ce qui l'aiderait à avancer et à naître à nouveau. Nous commençons à peine à prendre acte de cette nécessité d'être remis au monde.

    Si plusieurs groupes et réseaux ont décidé de prendre la parole, c'est d'abord dans cette conviction d'un « engendrement» nouveau et incontournable. Le poids des églises trop grandes a ici valeur de signe. Ce n'est pas en cherchant à encadrer autrement les fidèles de plusieurs paroisses qu'on va leur permettre de tisser de nouveaux liens avec leur milieu et de retrouver la fraternité toute simple d'une même foi partagée comme on partage le pain.

    Les signataires des textes qui suivent se retrouvent partout, aux frontières, dans la marge, aux multiples carrefours de la vie. Au nom de leurs solidarités et de leur foi, ils témoignent d'un avenir qui est déjà commencé.

    À cet égard, il est éclairant de constater que c'est par rapport aux gestes de partager le pain et le vin que l'urgence de créer de nouvelles alliances entre nous et avec la société se manifeste. La rencontre eucharistique demeure, en effet, le rappel permanent de la vie du Galiléen et l'invitation à partager, dans un contexte nouveau, la passion qu'il avait de témoigner d'un amour sans limite qui engendre sans cesse de nouveaux liens et de nouvelles alliances.

    Tout en étant conscient de nos grandes fragilités, nous avons voulu témoigner ensemble de cet appel à de nouvelles naissances. Ces dernières parlent autant des liens à recréer entre nous, en faisant confiance à la liberté de conscience et d'action, que des liens à réinventer avec les nouvelles cultures qui tissent notre milieu. En même temps, nous croyons qu'il faudra innover car les lieux manquent où nous pouvons échanger sur les appels qui nous parviennent de notre société et en particulier de nos frères et de nos sœurs qui sont laissés pour compte par une économie triomphante. Si nous donnons la priorité à la construction de communautés de foi et de marche, il faudra bien accepter de faire confiance à de nouveaux et nouvelles responsables qui chercheront moins à encadrer qu'à faciliter la mise au monde les uns par les autres.

    L'identité chrétienne est en train de renaître. Elle n'est pas emprisonnée dans le culte ou dans la fièvre de l'action. Elle n'est pas davantage dans un texte ou une organisation. Elle traverse tous ces lieux comme une brise légère dont on peut sentir la fraîcheur. Elle se vérifie par le « travail» qu'elle inaugure en nous et qui nous donne le goût de continuer notre chemin avec les autres. C'est de cette identité en genèse que nous avons voulu témoigner.

     

    Guy Paiement

    La suite UNE FOI QUI A DE LA TERRE APRÈS LES PIEDS -1


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  • (doc. 1)

    UNE FOI QUI A DE LA TERRE APRÈS LES PIEDS

    Les Journées sociales du Québec

     

     

    En juin prochain(2008) se tiendra, à Québec, un vaste congrès eucharistique international. Il est loin de faire l'unanimité. Plusieurs y trouvent une occasion importante pour restaurer l'ancien imaginaire religieux, d'autres y voient plutôt un alibi pour retarder les transformations qui s'imposent. Certains groupes, pour leur part, ont décidé de prendre la parole et de montrer que beaucoup de croyants et de croyantes sont ailleurs. Le réseau des Journées sociales du Québec en est un bon exemple.

    Un certain nombre de nos parents et de nos amis d'origine catholique ont rejeté le joug d'une religion aliénante et nous partageons depuis longtemps leur démarche. D'autres ont approfondi la responsabilité inhérente à une conscience adulte et cherchent avidement des lieux de discernement spirituel qui font trop souvent défaut. La plupart d'entre nous partagent aussi la précarité de milliers de personnes qui cherchent d'autres façons de vivre que celles que tentent de nous imposer les chantres d'une économie qui se pense toute-puissante.

    Sans tenir compte des étiquettes, nous avons choisi de marcher ensemble pour nous apprendre mutuellement de nouvelles façons de vivre et d'espérer. Peu à peu, nos efforts dessinent une alliance têtue avec un peuple qui cherche à vivre dans un nouveau contexte international, qui connaît la fragilité et l'ouverture à de multiples cultures, qui souffre d'être ballotté par des courants économiques qu'il ne maîtrise pas et qui, pourtant, fait montre d'une créativité certaine dans tous les domaines.

    Nous sommes ainsi plusieurs centaines de personnes à participer aux Journées sociales du Québec. Ces dernières constituent un vaste réseautage de chrétiens et de chrétiennes qui vivent et travaillent dans les multiples régions du Québec. On y trouve des membres de groupes communautaires, des syndiqués, des responsables de pastorale, des universitaires, des prêtres, des religieuses et des personnes sans affiliation, intéressées par les échanges proposés Depuis plus de douze ans, nous réfléchissons ensemble dans nos régions, puis lors des colloques bisannuels, à des enjeux sociaux qui traversent l'ensemble du Québec.

    L'insistance sur les pratiques en cours a permis de développer entre nous une conscience commune de certaines réalités qui travaillent l'ensemble des régions et de collaborer par la suite avec les multiples groupes et regroupements qui tissent des réseaux de résistance et d'innovation. L'été dernier, notre participation au Forum social québécois, à Montréal, nous a permis de vérifier combien nos préoccupations recoupaient celles de milliers d'autres Québécois et Québécoises. Il y a là des convergences qui sécrètent une espérance commune. Cette participation nous a aussi permis de confirmer la nécessité d'avoir des lieux de discernement spirituel communautaire où nous pouvons partager nos découvertes et le sens qu'elles contribuent à tisser.

     

    De certaines découvertes faites en chemin

    L'une des convictions qui se dégagent le plus fortement de toutes ces années demeure la suivante: les chrétiens et les chrétiennes n'ont pas de lieu social dont ils seraient les seuls propriétaires, si bien que l'agenda de ceux et celles qui luttent pour plus de dignité et de justice doit devenir leur propre agenda de croyants et de croyantes. C'est là leur chemin et la terre où il leur faut semer dans la confiance d'une moisson qui ne leur appartient pas. C'est là que la Présence qui les accompagne les prie et les interpelle. Reconnaître qu'il y a là une désappropriation de son lieu propre et de ses projets d'avenir est incontournable. Si elle n'est pas facile, elle comporte cependant sa propre lumière: marcher ensemble, tout en respectant ses découvertes et celles de l'autre permet souvent à la gratuité de s'infiltrer, si bien que la main qui donne n'est plus au-dessus de la main qui reçoit. Découvrir que nous sommes engagés, ensemble, dans un même itinéraire, où chacun donne et reçoit, ne peut que creuser cette condition de nomade qui nous est commune.

    Pour dire la même chose autrement, si un Don sans limite nous est offert, il s'expérimente ici en chemin, avec les gens dont nous n'avons jamais fini de découvrir le visage. Comme l'inconnu qui a croisé les disciples désabusés qui s'en retournaient à Emmaüs après la mort du Galiléen, l'autre demeure un monde à découvrir car il réveille souvent la part méconnue de notre mystère commun. La personne qui n'est pas à la table collective demeure, pour sa part, la question permanente qui met en cause l'organisation du repas et la distribution des richesses qui s'y trouvent. S'il est donc une découverte partagée par beaucoup de participants et participantes aux Journées sociales du Québec, c' est peut-être cette admiration devant notre histoire humaine qui est lourde d'une Présence qui nous précède et nous accompagne, ce frémissement d'un Souffle qui finit par soulever cette lourde pâte humaine que nous sommes et à en faire du pain qui se partage. Nous n'avons pas de plan en poche pour l'avenir mais nous luttons, avec les personnes qui croient et avec celles qui doutent, pour que notre avenir demeure ouvert pour tout le monde.

     

    Une relecture

    Soulignons que ces convictions trouvent leurs racines dans la pratique de Jésus, le Nazaréen, qui n'accepte pas que les traditions des Pères et les rites prennent toute la place. Contrairement aux responsables religieux de son temps, il ne jauge pas les personnes d'après les normes religieuses en vigueur mais les invite à prendre conscience de cette dignité fondamentale qu'elles possèdent et qui se fonde sur un amour sans limites qui leur est offert. Comme témoin de cet amour, il a dénoncé les rites et l'institution du Temple en prenant toujours le parti de l'exclu et nous a laissé, à la Cène, dans l'image d'un repas, l'anticipation de l'avenir visé, où le pouvoir serait devenu un service et où tout le monde serait à table en train de partager les biens de la terre et de l'esprit. Ses prises de position lui ont valu le sort que l'on sait mais ses amis ont reconnu qu'il était toujours vivant au milieu d'eux et qu'il leur donnait son Souffle pour se remettre sans cesse debout - ce que signifie ressusciter - et s'entraider à faire de même les uns avec les autres. Car seul l'amour qui donne le goût de renaître est digne de foi.

    Chose certaine, c'est pour témoigner de cette foi dans un avenir humain qui doit, chez nous, demeurer ouvert, que nous prenons la parole. Cette foi a de la terre après les pieds et il est bon qu'il en soit ainsi

     

    Guy Paiement


    La suite DE LA TABLE EUCHARISTIQUE À LA TABLE DE LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE! -2


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  • (doc. 2)

    DE LA TABLE EUCHARISTIQUE À LA TABLE DE LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE!

     

    Comité de théologie de Développement et Paix*

     

    Avant d'amorcer une réflexion sur le présent sujet, deux événements méritent d'être évoqués : la publication par Jean-Paul II de l'encyclique Ecclesia de Eucharistia (L’Église vit de l'Eucharistie, texte publié à Montréal, Éditions Fides, 2003, 80 pages) et la tenue prochaine du 4ge Congrès eucharistique international. Situé dans le cadre des festivités qui souligneront le 400e anniversaire de la ville de Québec, ce Congrès qui a pour thème « L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde» se déroulera du 15 au 22 juin 2008. Depuis plusieurs mois déjà la préparation va bon train : prière, journées de formation, liturgies, activités de partage et de solidarité, le tout dans une perspective d'attention spéciale aux jeunes particulièrement concrétisée par la mise sur pied de la Montée jeunesse en 2005.

    Sans perdre de vue cet horizon conjoncturel, mais aussi sans nier l'importante désaffection actuelle pour l'Eucharistie et en tenant compte de la complexité des situations dans lesquelles se débattent tant d'êtres humains, nous voulons apporter notre contribution à la réflexion en cours. Par ailleurs, conscientes et conscients de la difficulté pour les communautés chrétiennes de nourrir la fibre sociale de la pratique évangélique, nous choisissons de nous arrêter précisément sur la portée sociale de l'Eucharistie.

    Mais auparavant, rappelons avec Xavier-Léon Dufour (Le partage du pain eucharistique selon le Nouveau Testament, Paris, Seuil, 1982, chapitres IV et V particulièrement) qu'il existe dans le Nouveau Testament deux traditions majeures par lesquelles les récits de la Cène nous sont présentés. Après le départ de Jésus, elles entendent toutes deux maintenir un lien personnel entre celui-ci et ses disciples et répondre à la question du comment rester présent dans l'absence. Ne correspondent-elles pas d'ailleurs aux deux pôles reconnus par la théologie comme étant le rite (le sacramentum) et la vie (la res sacramenti) ?

    Une première tradition dite« cultuelle », que nous évoquons brièvement, vient des Synoptiques (Mt 26, 26-30; Mc 14,22-26; Le 22,14-23) et de Paul (lCo, 17-34) sous la forme d'un récit liturgique. Inscrite sur fond historique par la narration de l'institution eucharistique, elle comporte le devoir de « faire mémoire» en rappelant le rite instauré par Jésus à son dernier repas afin de prolonger, d'une façon différente mais réelle, sa présence parmi les siens.

    Mais elle comporte également des éléments marqués par les liturgies que pratiquaient alors les communautés ecclésiales. Et c'est sur cette tradition cultuelle que l'encyclique Ecclesia de Eucharistia met l'accent. En effet, même si l'impulsion donnée par l'Eucharistie à l'engagement citoyen responsable est réaffirmée avec force (n° 20) et même si, à la fin de sa lettre, Jean-Paul II demande de garder toute son importance à ce sacrement « en veillant à n'en atténuer aucune exigence» (n° 61), l'Eucharistie est essentiellement considérée et confirmée comme objet de culte. Or l'expérience nous montre que la façon de vivre l'Eucharistie selon cette tradition court le risque d'en rester à une liturgie qui s~e à elle-même et se referme sur une piété individuelle.

    Et pourtant ne devrait-elle pas conduire normalement à une pratique de la bonne nouvelle qui se traduise par des engagements sociaux concrets ?

    N'est -ce pas dans l'articulation entre la Parole annoncée (le kérygme), la Parole célébrée (le sacrement) et la Parole vécue (l'engagement missionnaire) que l'identité chrétienne se structure ?

    Quant à la deuxième tradition dite « testamentaire », sur laquelle porte globalement la présente contribution, elle nous vient particulièrement de l'évangile de Jean qui présente le dernier repas d'une façon plutôt existentielle. Nous l'expliciterons brièvement en abordant les trois aspects suivants : les dernières volontés de Jésus, le lien entre l'Eucharistie et les pauvres, le rapport entre l'Eucharistie et le vivre ensemble sociétal.

     

    Le testament de Jésus

    Dans le récit du dernier repas, à la place des actes et des paroles d'institution de l'Eucharistie, Jean évoque le lavement des pieds où Jésus se met dans la situation de celles et ceux qui ne peuvent être assis à table (13, 1-20), puis il rapporte le discours d'adieu du Nazaréen. Bien sûr, cette tradition comporte elle aussi le devoir de répondre à l'invitation de Jésus à « faire mémoire». Mais faire mémoire de quoi? Que signifie le partage du pain et du vin ? Ce repas n'est-il pas, selon l'expression de Xavier-Léon Dufour, « l'adieu en acte» d'une personne à ses proches ? À ce moment crucial de sa vie, qu'est-ce que le prophète de Galilée veut nous communiquer de lui-même et nous laisser en héritage? Que veut-il voir survivre et se poursuivre ?

    Le testament de Jésus qui devient le récit fondateur de la pratique eucharistique c'est l'aboutissement de toute sa vie. Aboutissement qui renvoie à l'ensemble de son parcours historique individuel et collectif, à sa responsabilité citoyenne, aux choix qui ont marqué sa pratique et sa parole libératrices, à son existence entièrement vécue dans l'amour, le partage et le don librement offert jusque dans la mort. Ce testament c'est son travail inlassable, dans une société précise, pour faire advenir le Royaume, c'est tout le poids de sa communion avec les humains et de sa proximité singulière avec les gens marginalisés dont il se fait profondément solidaire (cf. Le 4, 18-19; Mc 2, 16-17). Prenant position en faveur de ceux et celles dont la vie est menacée, il s'inscrit à contre-courant, dénonce les conditions sociales, économiques, politiques et religieuses dans lesquelles son peuple est maintenu, remet en cause à la fois l'organisation sociopolitique qui permet ces conditions déshumanisantes et le système théologico-idéologique qui soutient cette organisation (cf. Mc 11, 15-18; Mt 23,13). Il questionne une certaine compréhension de la loi, de la justice, du péché et du rôle social attribué à Dieu (cf. Mc 2, 34 et 23-28). Refusant les divisions créatrices d'injustice, il fonde les rapports humains sur l'amour, la liberté, l'égale dignité des enfants de Dieu (cf. Mt 25, 31-46). Fidèle à la tradition prophétique, il réclame l'authenticité du culte et donc l'exigence d'une fraternité vraie au service de la vie (cf. Mt 5, 23-24).

    La prise de position de Jésus en faveur des pauvres est lourde de conséquences : bonne nouvelle pour son peuple, surtout pour les laissés pour compte, elle dérange des personnes et des institutions confortablement installées (cf. Mc 2, 21-22). À cause de cette bonne nouvelle, qui est « révélation de Dieu », il entre en conflit avec des puissants et il sera condamné. Jusqu'à la fin, il puisera dans sa liberté intérieure et sa fidélité au Père an 8, 28-29), affirmant que Dieu seul est l'absolu et que l'absolu de Dieu se trouve dans les humains. Bref, c'est tout cela le dernier repas du Nazaréen et c'est donc, selon les mots de José Reding, « la mémoire de l'audace de Jésus à transgresser pas mal de frontières ».

    Voilà le testament qui nous est légué par le Galiléen. Voilà la solidarité à laquelle il nous invite comme manière de vivre à sa suite en ces lieux précis où nous sommes. Voilà ce que l'évangile de Jean nous transmet du dernier repas de Jésus en mettant en avant la sortie de table et la tâche de serviteur. C'est tout CELA que nous actualisons en faisant mémoire de LUI.

     

    Les pauvres et la vérité de l'eucharistie

    Jamais nous ne devons oublier que Celui dont nous faisons mémoire dans la célébration eucharistique fut un exclu « rejeté par les bâtisseurs » (ps 118, 22 et Le 20, 17) et honteusement crucifié s'il est une affirmation rappelée avec c1arté et virulence par Paul aux chrétiennes et aux chrétiens de Corinthe, c'est bien celle du lien essentiel et concret entre les pauvres et l'Eucharistie (1 Co 11, 17-34). Pour l'apôtre, la conduite de ceux et celles qui ne se préoccupent pas de ce que vivent les pauvres contredit la nature même du geste posé par Jésus. Le comportement humain est engagé dans le sacrement.

    Cette conception de l'Eucharistie trouve d'ailleurs un écho remarquable chez les Pères de l'Église. À titre d'exemple, saint Jean Chrysostome l'évoque avec éloquence et, quand il parle de la fonction sacerdotale, nous reconnaissons non seulement la même volonté de ne pas séparer l'Eucharistie de la présence des pauvres, mais encore la même conviction que celle-ci est première.

    Nous voyons ici l'importance capitale de donner toute sa densité au symbole du pain et du vin en prenant d'abord en compte son sens matériel, ce qui n'empêchera aucunement de considérer sa réalité spirituelle. D'ailleurs la tradition d'une collecte pendant la célébration eucharistique ne fut-elle pas, dès le départ, comprise comme «un lien nécessaire» entre le partage du pain et la pratique de la solidarité avec les pauvres ? Ainsi parler de pain et de vin partagés, c'est rendre présents, au-delà de toute frontière, celles et ceux qui ont faim et soif, qui sont appauvris, opprimés, délaissés, marginalisés... car c'est avec tous ces gens que le Christ nous rencontre. Et la présence des pauvres, étant au cœur de l'Eucharistie, ne doit pas demeurer uniquement symbolique : elle appelle une présence réelle de ceux-ci au sein des célébrations. Cela conduit les chrétiennes et les chrétiens à une solidarité plus exigeante qui sollicite leur pratique en différents domaines dont le social, l'économique et le politique. De toute évidence, c'est la suppression des causes de l'appauvrissement qui est alors en jeu. C'est aussi toute l'importance du lien social indissociable de la logique chrétienne présente au cœur de l'Eucharistie et qui nous renvoie elle-même au Dieu solidaire.

    Ne retrouvons-nous pas ici la tradition théologique qui présente le partage avec les pauvres et l'Eucharistie comme deux voies de la rencontre avec Jésus le Christ? On parle à la fois du sacrement de l'Eucharistie et du sacrement du pauvre. Bien sûr les deux ne sont pas tout à fait sur le même plan: la célébration de l'Eucharistie est de l'ordre du symbole et oriente plus directement vers l'expression de la foi alors que la solidarité avec le pauvre est de l'ordre de la réalité et oriente plutôt vers la pratique.

    Les deux cependant ne sont-ils pas signe et mystère de la présence du Christ? Deux voies inséparables dont les perspectives se confirment et se renforcent réciproquement. Deux voies que les personnes et les communautés croyantes sont, par là même, appelées à conjuguer simultanément. D'ailleurs, la tradition prophétique dans laquelle se situe le Nazaréen indique clairement au peuple croyant le sens, la qualité et les conditions d'un culte qui soit agréable à Dieu. La pratique de la justice et de la miséricorde y apparaît comme indispensable (voir, à titre d'exemple, Is 1, 16-17; Pr 21, 3 et Os 6, 6; Am 5, 21-24). Mais alors, comment l'Eucharistie ne serait-elle pas, en elle-même, dénonciation de toute exclusion sociale et comment n'appellerait-elle pas la transformation des structures de tous ordres qui maintiennent cette exclusion?

     

    Faire eucharistie:

    construire autrement l'humanité

    Déjà dans l'Ancien Testament les enfants d'Israël comprennent que leur Dieu ne peut tolérer les situations d'injustices ni l'esclavage, ni l'oppression, ni la domination (Ex 3, 7-10). Yahvé rompt avec les logiques et les systèmes déshumanisants. Il prend parti pour le peuple écrasé qu'il accompagne dans sa libération et sa marche vers la « terre promise ».

    Entre ce Dieu solidaire et Israël s'établit une relation de réciprocité, une ALLIANCE BILATÉRALE qui comporte l'organisation d'une société elle-même solidaire. À un Dieu différent, correspond une société différente: priorité aux personnes et aux groupes laissés pour compte, égale dignité des humains, structures sociales justes, décentralisation du pouvoir (Ex 18, 17-26), répartition équitable des biens (Ex 16, 19-23), absence de pauvreté (Dt 15, 4). Le rapport à Dieu est lié aux rapports instaurés dans la communauté. Et la présence de Dieu trouve place au sein des relations libératrices qui couvrent les nombreux domaines du vivre ensemble. L'agir social solidaire étant le signe d'appartenance au peuple de l'Alliance, une nouvelle pratique est exigée et assortie d'un ensemble de lois de solidarité sociale dont celles des années sabbatiques et jubilaires (voir, par exemple, ( Lv 19, 9-10; Dt 14,29; 15, 7-11; Ex 22, 20-23; 23, 10-11). Établies avec le temps selon les nécessités, ces lois contribuent à corriger les conséquences des infidélités à l'engagement initial et à redresser au besoin les situations. Cette singularité du Dieu de l'Alliance dont Israël fait régulièrement mémoire, voilà le fondement théologique et l'élément intégrateur de la tradition de solidarité!

    Et c'est cette Alliance dans laquelle non seulement Jésus s'inscrit mais qu'il accomplit dans la NOUVELLE ALLIANCE pour l'humanité entière et que nous scellons dans l'Eucharistie. En choisissant, au soir de sa vie, le pain et le vin partagés, consommés au moment d'un repas, le Nazaréen reprend des symboles fondamentaux (eux-mêmes symboles de toutes les autres nourritures, de l'activité et de l'histoire humaines) qu'il a fréquemment utilisés pour évoquer le bonheur eschatologique où personne n'aura faim et soif. Et si chaque Eucharistie nous met en présence de l'humanité affamée, elle nous oriente aussi et nous conduit vers cette humanité totalement rassasiée, affranchie, réconciliée. Chacune porte en profondeur ce projet d'un vivre ensemble où toutes et tous puissent goûter la vie en abondance. Chacune peut être un lieu où tombent les barrières relationnelles et celles de l'injustice. Bref, sur tous les plans, chacune à la fois célèbre les signes d'espérance et relance sur les chemins de la libération.

    Émerge ici toute la densité existentielle et historique d'une Eucharistie enracinée dans la totalité de nos vies personnelles et collectives. Or aujourd'hui, la mondialisation de la pauvreté n'indique-t-elle pas l'ampleur de la place que doit prendre la présence des pauvres dans l'Eucharistie? N'indique-t-elle pas, par le fait même, le point de départ de l'engagement solidaire auquel nous sommes conviées comme personnes et communautés croyantes? C'est à partir des victimes de toutes catégories, de celles et ceux dont on bafoue la dignité, qui n'ont ni pouvoir, ni avoir (pas de place à table), à partir des gens maganés, humiliés, collés au sol ou envoyés à la marge parce que sans importance aux yeux des puissances sociales. .. Bref, c'est à partir de ces humains, des conditions qui leur sont faites, de leurs rêves et de leurs espoirs que nous analyserons nos sociétés. C'est en partenariat avec eux que nous pourrons voir la nouveauté possible, opérer les transformations structurelles qui s'imposent et ouvrir des chemins vers une libération intégrale.

    Ainsi, en regard de la mondialisation actuelle, si nous célébrons la possibilité qu'elle recèle d'un rapprochement entre les personnes et les peuples, d'une plus grande ouverture aux différences et d'une reconnaissance accrue des diversités culturelles, nous récusons ce qui contredit ce même mouvement. En effet, à partir de ce que vivent les innombrables victimes de la mondialisation du système néolibéral, nous en dénonçons les conséquences désastreuses : appauvrissement scandaleux, inégalités multiples, destruction de l'environnement, exclusion sociale, marchandisation des humains et de la planète. . . C'est aussi avec ces mêmes frères et sœurs que nous annonçons prophétiquement une autre mondialisation dont nous pouvons être les agentes et les agents: c'est la mondialisation de la solidarité. Pour devenir progressivement réelle, celle-ci exige la création de rapports sociaux humanisants et une organisation sociale basée sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne selon son originalité et sa culture, sur l'égalité des chances, la liberté, la justice économique et écologique, l'équilibre des relations hommes-femmes, le respect des droits individuels et collectifs, la participation citoyenne démocratique.. . C'est un autre avenir possible que nous annonçons et que nous inaugurons .

    Aussi, à ce moment de notre réflexion, comment ne pas faire écho au mouvement d'altermondialisation dans lequel nous saluons tant d'initiatives pour favoriser l'humanisation de notre monde et le respect de notre planète. Si ce vaste courant n'échappe pas à l'ambiguïté, comme toute autre réalisation humaine, il continue de porter sur le monde un regard susceptible de contribuer à la mise en œuvre d'une solidarité qui se mondialise progressivement.

     

    Conclusion

    Bien que nous ayons choisi, dans ce texte, d'approfondir le sens et la portée de l'Eucharistie du point de vue de la tradition « testamentaire », nous réaffirmons que, dans le récit évangélique, celle-ci demeure imbriquée à la tradition « cultuelle» : la pratique solidaire et le culte sont tous deux une rencontre privilégiée avec le Christ. La relation qui les unit étant celle du signifiant/ signifié, le culte doit toujours être situé par rapport à l'existence chrétienne.

    Faire mémoire de Jésus de Nazareth n'a certes rien à voir avec la répétition du passé. C'est bien plutôt accueillir aujourd'hui, à travers ses « dernières volontés », l'inspiration et le dynamisme que l'Esprit porte jusqu'à nous~ C'est réentendre maintenant l'appel à imaginer l'avenir autrement en donnant suite à sa pratique. Cela implique une rupture avec toutes les logiques mortifères pour l'humanité et la planète et une ouverture sur la nouveauté à laquelle nous voulons contribuer en faveur de la vie. Cela nous renvoie concrètement à la responsabilité de mettre en place les conditions rendant possibles le respect des droits et l'accessibilité de tous les humains aux biens collectifs. Bref, l'Eucharistie confirme l'invitation à nous engager dans le mouvement continue d'une réorganisation sociale aux couleurs du Royaume. En rendant grâce pour la présence active du Vivant au cœur de nos existences et en célébrant nos pratiques libératrices, nous nous redonnons du souffle et de l'énergie pour opérer progressivement dans notre monde le passage de la table eucharistique à la table de la solidarité universelle. Quelle chance particulièrement ajustée à notre temps! À nous de ne pas manquer ce rendez-vous historique.

     

    Yvonne Bergeron, CND

     

    *Développement et Paix est un organisme de coopération internationale qui soutient financièrement des projets de développement en Afrique, en Amérique latine et en Asie et sensibilise, par des campagnes d'éducation, la population d'ici aux réalités des populations du Sud.

    Fondé par les évêques canadiens en 1967, l'organisme est dirigé par des laïques et il compte actuellement plus de 14 000 membres au Canada.

     

    Questions

    1. La réflexion présentée dans ce texte sur la tradition testamentaire du récit de la Cène rejoint-elle votre compréhension de l'eucharistie ?

    2. Voyez-vous des implications concrètes pour vous sur le plan personnel et sur le plan collectif?


    La suite PASSEZ À TABLE, MONSIEUR LE CARDINAL! -3


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  • (doc. 3)

    « PASSEZ À TABLE, MONSIEUR LE CARDINAL! »

    Forum André-Naud

     

    Le Forum André-Naud se veut un regroupement de personnes qui favorisent des lieux de dialogue en Église (catholique) et la libre pensée des filles et des fils de Dieu selon l'esprit de Vatican II. Déjà, en 2006, une prise de parole sur l'exclusion des personnes homosexuelles avait créé quelques vagues qui ont tôt fait de perturber le paysage vatican ... Le ressac s'est fait sentir et des rappels à l'ordre ont été faits.

    Le Forum André-Naud ne combat rien; il laisse vivre et tient, par ses prises de parole, à dire tout haut qu'une autre Église existe que celle correspon­dant à l'image projetée par la hiérarchie institution­nelle catholique. Des gens éveillés et engagés à faire lever la pâte humaine pour qu'un monde meilleur advienne croient qu'il est pertinent, à cette heure-ci, de rappeler que plusieurs personnes ne se sentent pas à l'aise à la vue de la table eucharistique qui déjà se dresse pour le Congrès de Québec 2008. La grande nappe blanche, tout empesée, qui recouvrira l'autel de ce congrès, fait peur à certains, en déçoit d'autres et détourne même, par sa mise en scène à saveur de déjà vu, l'attention des questions réelles que doit se poser l'Église catholique si elle veut tou­jours avoir l'audace de faire eucharistie au cœur des défis du monde.

    Le Forum André-Naud vous lance une invitation, Monsieur le Cardinal, primat de l'Église cana­dienne, organisateur en chef de ce congrès : « Pas­sez à table! » Mais cette table ne ressemble guère à celle derrière laquelle vous présidez habituellement les eucharisties - inévitablement aussi la grande messe de Québec, l'été prochain. Il s'agit davantage d'une simple table pliante que l'on peut déplacer, transporter. Une table amovible qui osera se dresser là où des paroles doivent se faire entendre pour que l'eucharistie, un héritage et une mission merveilleuse laissés par Jésus de Nazareth à l'humanité, rejoigne d'autres chercheuses et chercheurs de Dieu. Nous prétendons que la majorité des gens est désormais à la recherche de telles tables !

    Dépliez les pattes de cette table auprès de ces personnes auxquelles vous désiriez demander par­don l'automne dernier. Osez leur dire que les nom­breuses réactions suscitées à la suite de votre geste précipité, sans la solidarité de vos autres confrères évêques, vous ont appris qu'une demande de par­don, pour qu'elle soit véritable, doit d'abord libérer la parole des gens blessés. C'est à ce compte que l'on exprime le "ferme propos" ... à tout le moins, celui de ne plus jamais exclure.

    Transportez la table là où des gens célèbrent tou­jours, mais autrement, la Cène du Seigneur. Des for­mes différentes, plus ouvertes, nouvelles, créatrices permettent à des gens engagés au nom de Jésus­-Christ de répondre à l'appel du Seigneur: « Faites ceci en mémoire de moi! » Venez placer votre table au côté de toutes ces autres tables qui existent bel et bien et qui regroupent des jeunes, des femmes, des personnes luttant au nom de l'Évangile pour que la justice compose des situations de vie meilleures. Tous ces gens se sentent moins bien dans nos églises; ils ont appris à faire eucharistie autrement!

    Portez attention à la façon dont se disposent les gens autour de cette table pliante; c'est le lieu de leur prise de parole. Elles sont femmes. Elles ont tout à nous dire de la féminité du monde, cette ri­chesse qui nous est essentielle pour comprendre Dieu. Regardez comment elles sont pasteures autour de ces tables simples, ouvertes et vraies.

    Passez à table en redisant « Heureux les invités au repas du Seigneur! » sans arrière pensée, avec ces hommes et ces femmes au mystère amoureux différent de la majorité, ces ''hors normes" aux yeux de l'Église. Redites « Heureux les invités au repas

    . du Seigneur! » à ces autres qui ont connu l'échec dans leur projet d'amour et qui y croient toujours, mais se font refouler aux tourniquets du banquet eucharistique.

    Et plus encore, allez frapper à la porte de nos frères et soeurs chrétiens d'autres confessions pour leur demander simplement comment la table les ras­semble et les engage. Dites-leur que le partage de leur expérience nous enrichirait. Faites de même avec les autres religions et les grands mouvements spiri­tuels qui alimentent notre monde.

    Que des catholiques se rassemblent l'été prochain à Québec pour faire la fête et, par un congrès et une grande mise en scène liturgique, rappellent que cette expression de foi existe toujours, ça nous va ! Mais cette image ne doit pas en occulter d'autres, aussi vraies et essentielles, celles de centaines de chrétien­nes et de chrétiens qui, à la base, militent, se récla­ment d'une même tradition et l'appellent à compo­ser davantage avec la réalité de vie des gens d'ici. De cela, le Forum André-Naud peut en témoigner puis­qu'il s'enracine dans plusieurs diocèses québécois.

    Un jour, Monsieur le Cardinal, il vous faudra bien passer à d'autres tables!

    Pour débloquer l'avenir, faut rendre la table accessible à tous et toutes !

    Nous constatons que les autorités de l'Église ca­tholique ont mis et maintiennent en place aveuglé­ment des pratiques d'exclusion de la table eucharis­tique:

    - accès interdit aux couples vivant une « situa­tion conjugale particulière »;

    - accès interdit aux personnes homosexuelles, seules ou en couple;

    - accès interdit aux femmes pour la présidence de l'eucharistie et au presbytérat.

    Quel écart entre ce repas sélectif et la pratique de Jésus qui mangeait avec tous ceux et celles que les autorités de SA religion avaient exclus. L'Église qui a mission d'encourager et de rassembler les en­fants de Dieu dispersés n'a pas les pratiques de ses responsabilités et prétentions (égalité de tous les êtres humains, primauté de la conscience individuelle, universalisme, démocratie). Nous constatons que les pouvoirs économiques et politiques ont mis et main­tiennent en place aveuglément des pratiques d'ex­clusion de la table communautaire :

    - salaire minimum et sécurité du revenu insuffi­sants pour vivre décemment;

    - soins de santé de plus en plus difficiles d'accès et retour au privé;

    - enfants et jeunes en difficulté plus nombreux et expansion du privé;

    - régions oubliées et désertées, environnement massacré au nom du profit.

    Nous sommes loin des promesses politiques et de l'objectif de la Loi 112 adoptée à l'unanimité en 2002 à l'Assemblée nationale visant à devenir un Québec sans pauvreté. Loin aussi du rapport « Un Québec fou de ses enfants » publié en 1991 par le Groupe de travail pour les jeunes. Des vautours ont . flairé la bonne affaire du lucratif marché du soula­gement de la douleur humaine et cherchent à l'en­vahir; d'autres tendent à réduire l'être humain au rang de simple ressource humaine pour assurer le profit de leur capital. De plus en plus de membres de la famille sociale sont marginalisés et perdent leur chaise à la table familiale. Heureusement que d'in­nombrables citoyens veillent au grain dans une mul­titude de groupes sociaux, populaires, syndicaux et de défense des droits, permettant quelques nouveaux accès à la table commune! POUR DÉBLOQUER L'AVENIR, nous demandons aux autorités politi­ques et religieuses de manifester une véritable vo­lonté politique d'inclusion à la table du partage du pain. Que dans le respect de leurs compétences res­pectives elles mettent en place des lois et des prati­ques allant en ce sens. Si la politique est « l'art de rendre possible ce qui est nécessaire» (Robert Bu­ron), nous invitons les autorités politiques à écarter tout esprit mercantile dans leurs décisions concer­nant entre autres la santé, l'éducation et le logement qui sont des droits sacrés, et nous invitons les autorités religieuses à faire mémoire du Christ, à « sortir de leurs abstractions et à se mettre en face de la figure ensanglantée qu'a prise l'histoire d'au­jourd'hui ». (phrase d'Albert Camus paraphrasée) Il y a chez nous un grand besoin de changement car la machine, la religieuse comme la politique, divise et meurtrit alors qu'elle devrait réconcilier et vivifier.

    Alain Ambeault

    André Gadbois


    La suite L'EUCHARISTIE, TABLE DE VIE ET L'ENGAGEMENT -4


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  • (doc. 4)

    L'EUCHARISTIE, TABLE DE VIE ET L'ENGAGEMENT

     

    Le Mouvement des travailleuses et des travailleurs chrétiens

     

     

    À l’occasion des activités du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, l'Église invite les chrétiens et chrétiennes à participer au Congrès Eucharistique qui se tiendra sur le thème:

    Eucharistie, Don de Dieu pour la vie du monde.

    Pour les membres du Mouvement des travailleu­ses et travailleurs chrétiens, l'Eucharistie ne pourra produire de la vie que si, à ce don de Dieu, s'ajoute la décision libre et consciente d'hommes et de fem­mes de se rassembler pour faire Eucharistie.

    L'Eucharistie est directement reliée au quotidien des travailleurs et travailleuses. Dès le début de l'of­fertoire, le célébrant offre le pain qui représente « le fruit de la terre et du travail des humains »; il offre aussi le vin qui est aussi « le fruit de la vigne et du travail des personnes ». Sans le travail des hommes et des femmes, il ne peut y avoir de pain ni de vin. Les fruits du travail de ces derniers se situent donc au coeur de l'Eucharistie. Le travail des hommes et des femmes rend possible l'Eucharistie.

    De façon concrète, au quotidien, le travail est exécuté avec des outils, des machines, des instru­ments. Mais plus particulièrement, le travail s'exé­cute autour de tables de différentes formes et fonctions.             Pensons aux tables de divers métiers, comme celles du boulanger, du boucher, des créateurs et des dessinateurs professionnels, des machines-outils dans les usines, du commerçant pour l'exposition de ses produits. La vie des groupes et des institu­tions se passe autour d'une table de réunion où se pensent les projets, où se prennent les décisions et où l'on fête les victoires. Le chevalet du peintre, la table à dessin de l'architecte, le bureau de l'écrivain ou de l'enseignante sont aussi des lieux de travail et de créativité.

    La table occupe une place très importante dans la vie familiale. La table à cuisine pour la cuisinière, la planche à repasser, la table à langer pour les nou­veaux parents, la table sur laquelle nos jeunes font l'apprentissage du travail par leurs devoirs et leçons. Car il faut rappeler que ce n'est pas le salaire qui fait le travailleur ou la travailleuse, mais le travail !

    C'est autour de la table familiale que s'échangent les nouvelles, que s'élaborent les projets, que se com­muniquent l'humour et les raisons de fêter et d'être fiers. C'est autour de cette même table que se parta­gent les souffrances, les deuils, la maladie, la perte d'un emploi, les échecs. Et c'est aussi près de cette table que se vit la douleur de la routine et de la soli­tude.

    De façon symbolique, nous présentons sur la ta­ble eucharistique tout ce qui fait notre pain quoti­dien, tout ce que nous vivons durant la semaine autour des différentes tables avec nos concitoyens et concitoyennes.

    Pour le Mouvement des travailleuses et tra­vailleurs chrétiens, la Table eucharistique est à la fois l'expression et la célébration de nos aspirations, de nos solidarités et de notre fraternité. Nous militons pour que chaque personne ait accès à une table de partage où son point de vue peut être accueilli, où elle peut faire connaître et partager ses idées, où elle peut retrouver la force de continuer à mettre ses talents au service de la communauté. L'inclusion de tous et de toutes autour de la table constitue une exigence incontournable.

    Lorsque nous nous rassemblons pour faire mé­moire de Jésus de Nazareth, nous aimons nous rap­peler que, tout au long de sa vie, il a dénoncé les conditions qui font obstacle à la dignité humaine et à la communion fraternelle pour proposer un nou­veau projet d'humanité. Lorsque nous acceptons son invitation: « Faites ceci en mémoire de moi », nous comprenons que celle-ci ne portait pas tant sur le rituel eucharistique que sur toutes les attitudes, tous les comportements, tous les petits gestes et toutes les prises de parole qui contribuent au quotidien à permettre aux gens de conserver ou de retrouver leur dignité.

    Lorsqu'à travers des rituels ou des symboliques qui nous parlent, nous partageons le pain et le vin, nous voulons exprimer notre adhésion à ce projet d'humanité et notre détermination à unir nos efforts et à nous engager à transformer les conditions qui font obstacle à cette communion. Nous voyons alors dans le pain partagé le symbole du partage des fruits du travail comme manifestation d'une fraternité et d'une dignité communes.

    L'Eucharistie nous invite à être partage, entraide, compassion, soutien les uns pour les autres. En ras­semblant des hommes et des femmes qui s'enga­gent à être tout cela, dans le respect de leurs forces et de leurs limites, elle nous permet de faire l'expé­rience de la force de l'entraide et contribue à nous redonner du pouvoir sur nos vies. Elle trace alors les sillons de la confiance en l'avenir. Et lorsque l'Es­prit du Nazaréen se fait présent parce que nous nous réunissons en son nom, cette confiance en l'avenir prend les couleurs de l'Espérance.

    L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde !

    L’Eucharistie, table de vie et d'engagement pour l'avenir du monde!

     

    Proposition

    Pour ceux et celles qui le désireraient, nous avons souhaité que ce texte ne soit pas seulement un texte de lecture, mais qu'il puisse peut-être servir de base pour aller plus loin dans la réflexion. Les quelques questions qui suivent ne sont que des propositions de pistes à réfléchir. À vous de juger si elles vous apparaissent pertinentes.

    Si vous entreprenez une telle démarche dans vo­tre milieu, nous, membres du MTC, vous serions reconnaissants de recevoir un compte-rendu de vo­tre part.

    - Est-ce que vous vous sentez concerné / e lors­que nous affirmons que votre travail se situe au coeur de l'Eucharistie?

    - Alors que les fruits du travail font partie inté­grante de l'Eucharistie, qu'est-ce qui fait obstacle, selon vous, à ce que les travailleurs et travailleuses reconnaissent qu'ils/elles ont une place de choix à la table eucharistique?

    - Comment s'assurer que, sur la table eucharisti­que, soient déposées la vie et les préoccupations de la communauté qui se rassemble ?

    - L'Espérance a quelque chose à voir avec le pouvoir que nous avons sur nos vies et avec notre capacité de contribuer à la transformation du monde. Dans la célébration eucharistique, quels sont les élé­ments qui contribuent ou qui pourraient contribuer à nous donner du pouvoir sur nos vies, et ainsi, à libérer l'Espérance?

    - Le thème du Congrès eucharistique est: Eucha­ristie, Don de Dieu pour la vie du monde. Quels sont les enjeux qui vous apparaissent les plus importants aujourd'hui pour la vie concrète du monde? En quoi l'Eucharistie pourrait-elle participer à servir cette vie?

    - Vous reconnaissez-vous une certaine liberté pour choisir des rituels et des symboliques qui per­mettent aux célébrations eucharistiques de faire sens aujourd'hui ?

    Florence Paquet, co-présidente MTC du Québec

    Paul-Yvon Blanchette, co-président MMTC (mouvement mondial)

    Pierre Prud'homme, permanent MTC du Québec


    La suite UNE PRÉSENCE AU CŒUR DES DÉBATS DE SOCIÉTÉ -5


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  • (doc. 5)

    UNE PRÉSENCE AU CŒUR DES DÉBATS DE SOCIÉTÉ

    Le Centre Justice et Foi

     

    La société québécoise a vécu au cours des derniers mois un débat important sur certaines questions qui se posent dans un contexte où la po­pulation exprime une diversité culturelle et religieuse significative. L'intégration des nouveaux arrivants, l'identité, la recherche d'éléments rassembleurs de la vie collective, l'énonciation d'une laïcité québé­coise et la place des religions dans l'espace public ont été autant de sujets abordés.

    Les réflexions et les propos tenus à cette occa­sion sont interpellants pour des personnes croyan­tes et pour les institutions religieuses. Ils question­nent leur rapport au monde mais aussi mettent en lumière des transformations importantes à réaliser au sein des communautés de foi. Ce n'est pas seule­ment l'identité citoyenne mais c'est aussi l'identité religieuse qui a été invitée à se redéfinir comme iden­tité ouverte.

    Certaines interventions des personnes et des ins­titutions religieuses ont par ailleurs été l'occasion de rappeler que la foi a une dimension collective qui ne peut être confinée à l'espace privé et que les convic­tions religieuses sont sources d'engagement social pour assurer la réalisation du bien commun.

    Au cœur d'un monde sécularisé

    Tout en étant un centre d'analyse sociale dont les prises de position se fondent sur l'Évangile, le Centre justice et foi (CJFY a toujours fait le choix de mener ses réflexions dans une recherche com­mune avec divers groupes sociaux. Dès sa fonda­tion, il a privilégié une inscription au cour d'une so­ciété sécularisée et une pratique de dialogue sur les enjeux du monde (et de la société québécoise) avec des personnes dont l'engagement s'inscrit dans dif­férents horizons de sens, qu'ils soient laïques ou re­ligieux.

    C'est dans cet esprit et animé par une volonté d'être présent au cour du monde que le CJF contri­bue depuis maintenant vingt-cinq ans aux sociaux et religieux de notre époque par sa revue Relations, par ses activités publiques telles que les Soirées Re­lations et par son secteur Vivre ensemble préoccupé particulièrement des enjeux d'immigration. Ce pro­jet, rappelons-le, est né de la volonté des jésuites de faire de la promotion de la justice une dimension indissociable du service de la foi. Les enjeux locaux, nationaux et internationaux sont multiples et le cen­tre a dû privilégier, par un discernement continu au fil des ans, certains champs d'intervention balisant la réalisation de sa mission: projet de société, lutte au néolibéralisme, christianisme critique et condi­tion des femmes. En lien avec la situation des per­sonnes les plus vulnérables de la société, il a été amené à faire des critiques et des propositions fon­dées sur la justice sociale concernant le projet natio­nal, les choix économiques et politiques des diffé­rents gouvernements, l'acceptation du pluralisme et les transformations religieuses.

    Eucharistie et société2

    Cette manière de procéder du CJF a des consé­quences sur la compréhension que nous avons de l'eucharistie et sur la façon de nous situer face à l'évé­nement du Congrès eucharistique. L'eucharistie nous rappelle avec force que le Dieu auquel nous croyons a fait les hommes et les femmes libres et qu'il a épousé pleinement la condition humaine pour les accompagner dans les luttes qui traduisent cette li­berté profonde et assurent une mise en ouvre de leur pleine dignité. L'eucharistie n'est pas une rup­ture avec le monde, c'est une façon d'habiter le monde et de vivre les solidarités humaines. Ce doit être un geste qui donne sens à notre engagement et le nourrit du même esprit qui animait le Christ.

    Depuis une cinquantaine d'années, la tradition des Congrès eucharistiques invite d'ailleurs les hô­tes de l'événement à proposer une œuvre sociale qui se poursuivra au-delà de l'éphémère du rassemble­ment. Lors de la fête de l'Épiphanie  (7 janvier 2008),

     

    moment souvent privilégié dans l'Église catholique pour souligner ou célébrer la diversité des commu­nautés, les organisateurs ont dévoilé que l'œuvre sociale du Congrès eucharistique international de 2008 serait l'appui à la Fondation Marc- Ouellet vi­sant à soutenir l'accueil des réfugiés et des immi­grants.

    Ce choix correspond certainement à un défi im­portant pour le Québec. TI s'inscrit dans la ligne d'une tradition d'hospitalité de l'étranger qui est au cœur même de la foi proposée par l'Église catholique. Il faut redire toutefois que les liens entre l'eucharistie et l'engagement social ne peuvent se résumer à l'ap­pui ponctuel pour une ouvre sociale. Le partage du pain et du vin vécu par les communautés rassem­blées doit être le lieu pour soutenir les solidarités humaines qui se tissent afin d'assurer la reconnais­sance de la dignité de toutes les personnes. C'est cet engagement dont les nouveaux arrivants au Qué­bec ont besoin - qu'ils soient réfugiés ou immigrants.

    Le Québec a besoin que nous fassions des choix collectifs - sociaux, économiques et politiques - qui inscrivent toutes les personnes qui vivent sur son territoire dans un horizon de citoyenneté effective. Cela implique une reconnaissance de leurs apports, incluant la possibilité pour toutes les personnes de travailler dans des conditions qui respectent leur di­gnité. Cela implique aussi d'assurer à tous un accès juste aux droits et aux services qui en découlent. Un engagement en faveur des réfugiés et des immigrants, c'est aussi accepter de se laisser transformer par leur présence et par un vivre ensemble partagé au sein des quartiers, des écoles, des milieux de travail. L'ap­port financier des uns et des autres joue un rôle mais c'est l'accès à une pleine citoyenneté qui fera une différence dans la vie des personnes marginalisées et dans la qualité de notre vie en société. Et de cela, nous sommes tous responsables.

     

    Quelques propositions pour ouvrir l'avenir

    Pour le CJF, l'identité chrétienne dont nous nous réclamons s'inscrit donc dans une histoire et une société concrètes, avec des défis particuliers auxquels notre engagement chrétien doit être sensible et doit apporter sa contribution. Cette identité ne repose pas sur des balises définies une fois pour toutes par un magistère romain. Elle doit être ouverte et capa­ble de remises en question face aux enjeux qui pré­occupent les hommes et les femmes du Québec d'aujourd'hui.

    Nous nous sentons ainsi fortement interpellés par les mouvements sociaux et les réalités sociales qui mettent en lumière des transformations à réaliser, au nom de la justice, au sein de nos communautés de foi. Nous pensons particulièrement aux avancés réalisées par le mouvement des femmes qui ques­tionnent la place accordée à ces dernières dans les institutions catholiques et qui nous invitent à exiger le respect de l'égalité homme-femme dans toutes nos pratiques ecclésiales.

    Comme croyants et croyantes, nous croyons que les nouvelles réalités du pluralisme doivent aussi nous amener à développer des réflexions et un engage­ment de plus en plus œcuménique et interreligieux. Le Québec vit un débat important pour identifier les éléments d'une culture publique commune qui sont à la fois respectueuse d'un parcours historique du Québec et attentive aux apports' des personnes de d'autres origines, cultures et religions au sein de la société. Les croyants doivent être solidaires de cette recherche collective et contribuer à l'élaboration d'éléments rassembleurs pour toutes et pour tous.

    Élisabeth Garand

     

    1. Le site intemet du CJF offre de nombreuses informations complémentaires et des ressources utiles : www.cjf.qc.ca.

    2. Pour aller plus loin. nous vous référons au dossier « Eucharistie et société» de la revue Relations. n° 722 (février 2008).

    La suite LE GRAND ÉCART: PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE -6


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  •  (doc. 6)

    LE GRAND ÉCART:
     PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE

     

    La Table de pastorale sociale des diocèses du Québec

     

    Lors des célébrations eucharistiques, les célébrants expriment la prière: «Le Seigneur est avec vous». Nous pouvons nous demander si les membres des communautés chrétiennes veulent vraiment faire communion avec les personnes souf­frantes, blessées, appauvries ou qui subissent des exclusions? Nous prônons la communion entre nous ... mais, concrètement, comment la vivre ? Comment accueillir ceux et celles qui, selon nos rè­gles, sont en dehors de l'Église? Comment vivre en Église une réelle expérience de communion? Tout en tenant compte de notre meilleur héritage d'Église, quelles pistes neuves pouvons-nous inventer, pour associer davantage les gens à l'eucharistie ? Voilà des interrogations que notre groupe, formé de respon­sables de pastorale sociale des diocèses du Québec, aimerait voir traiter lors du 4e Congrès eucharisti­que international de Québec.

    Nous croyons que l'eucharistie vécue en Église doit amener à reconnaître ce qui est destructeur pour l'être humain et pour les peuples. Nous pensons ici à la domination d'une personne par une autre, d'un peuple par un autre; de tels comportements ne peu­vent conduire à des relations harmonieuses. L'eucha­ristie doit aussi permettre d'exprimer notre indigna­tion, pour revitaliser nos tiédeurs devant des absur­dités commises, devant de grands problèmes so­ciaux. Les grandes souffrances vécues par des peu­ples sur notre planète doivent faire partie de nos partages et de nos analyses sociales pour nous per­mettre de nous solidariser et de proposer des solu­tions qui prônent la justice sociale, la recherche du bien commun.

    Les problèmes majeurs que vivent les humains doivent trouver écho au sein de nos Églises. Et pen­sons ici aux milliers de femmes et enfants qui sont victimes du trafic encore en ce monde; aux 40 mil­lions de personnes qui sont victimes du SIDA; aux 630 millions de sans-abri de par le monde; aux 824 millions qui souffrent de la faim; aux rapports tou­jours inégaux entre les hommes et les femmes; au terrorisme; à la guerre en Irak; à la dette des pays en voie de développement; à l'écart de revenu entre les pauvres et les riches; aux nombreuses fermetures d'usines et pertes d'emplois; au droit à la santé, au travail, à un revenu décent, et encore ... Comment expliquer que l'on accorde si peu d'espace dans nos eucharisties à ces différents enjeux sociaux qui pré­occupent nos populations dans l'ensemble des acti­vités des communautés paroissiales ?

    À son époque, le prophète Amos exprimait du­rement la coupure existante entre la pratique du culte et celle de la justice : « Éloignez de moi le tapage de vos cantiques; que je n'entende pas la musique de vos harpes. Mais que le droit jaillisse comme une source; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais! Amos (5, 23-24) ». L'im­portance du lien indissociable avec Dieu et celui d'avec les humains était affirmée. Ce cri devrait-il être. redit aux chrétiens d'aujourd'hui? Rappelons-­nous aussi l'affirmation forte de Jésus« Ce qui mon­trera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jean 13, 34-35). Le vrai disciple Jésus ne sépare pas la pratique cul­tuelle de ses rapports avec les autres.

    Nous estimons que ce défi à surmonter l'écart entre la pratique du culte et la pratique de la justice peut s'expliquer du fait que beaucoup de catholi­ques vivent encore leur foi uniquement comme une relation individuelle avec Dieu, sans rapport avec leur vie en société. Devons-nous nous contenter seule­ment d'une éthique individualiste? L'avenir de l'Église et la pertinence de l'eucharistie passeront par la mise en place de solutions qui permettront de faire naître des chrétiennes et des chrétiens qui ne seront pas centrés uniquement sur leurs intérêts individuels, mais qui porteront, ensemble, des préoccupations et des engagements en vue de l'amélioration des conditions de vie de tous et de chacun.

    L'eucharistie, qui se veut "don de Dieu pour la vie du monde", s'inscrit dans une grande dynami­que d'accueil et de don. fi y a d'abord un moment pour s'ouvrir davantage à la vie reçue, à l'Autre, aux autres, pour nous permettre de revenir ensuite à l'en­semble de nos activités afin de donner de la vie en abondance. Nous avons la responsabilité de contri­buer à faire naître une foi incarnée dans le monde, dans la société et qui soit porteuse de changements pour le bien commun. Une foi qui se vit unique­ment dans le privé a peu à voir avec Jésus Christ et a peu de chance de durer ...

    Les vrais chrétiens et chrétiennes ont à dépasser cette conception trop limitée de l'eucharistie, du « fai­tes ceci en mémoire de moi» qui est malheureusement trop répandue. Le pain qui a nourri les disciples et celui qui a nourri les foules affamées est le même pain: c'est celui qui a révélé la volonté de Dieu de rassasier tous les affamés du monde. Jésus ne nous a pas invités à nous rappeler seulement le rite qu'il a instauré à la veille de sa passion, mais il nous a invi­tés à faire mémoire de lui en travaillant à la réalisa­tion d'une société où il n'y aura pas de personnes exclues.

    Revivre le Mémorial proposé par Jésus ne nous met pas à l'abri des conflits, des erreurs et des re­commencements, mais nous permet de vivre notre spiritualité en étant au service de relations réussies entre les personnes et entre les peuples. Afin de re­découvrir la profondeur de l'eucharistie et de faire advenir une Église davantage au service de la société, nous souhaitons grandement que le Congrès eucharistique international de Québec prenne en compte nos réflexions et nos questionnements.

    Jean-Paul Saint-Amand
    -----------------------------------------

    D'autres membres de la Table de pastorale sociale des diocèses du Québec ont signé ce texte.

    Louise Breton, Joliette

    Gilles Chauvin, Rouyn-Noranda

    Mario Dion, Gatineau

    Émile Duhamel, Valleyfield

    Jean-Yves Fortin, Sainte- Anne-de-la-Pocatière

    Lise Laroche, Sherbrooke

    Denis Lévesque, Rimouski

    François Malenfant, Chicoutimi

    Louise Meunier, Nicolet

    Martine Perron, Saint-Jérôme

    Daniel Pellerin, Saint-Jean-Longueuil


    La suite OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE? -7


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  • (doc. 7)

    OÙ S'EN VA L'EUCHARISTIE?

    Le Forum André-Naud, Trois-Rivières

     

    Du 15 au 22 juin prochain, le Congrès eucharistique international fera chanter Québec d'une joie singulière. Car, venus du monde entier, des milliers de catholiques transformeront la capi­tale nationale en capitale mondiale de l'Eucharistie. C'est pourquoi, quelles que soient notre foi et nos pratiques religieuses, à nous, gens du Québec, nous pouvons considérer cet événement comme l'âme des célébrations du 400" anniversaire de la fondation de Québec.

    En prenant part, en tout ou en partie, à ce 4e Congrès eucharistique international, nous avons une espérance, fragile, il est vrai, parce qu'elle porte sur un changement important de l'enseignement du magistère. L'espérance que d'un Congrès à l'autre ­célébré tous les quatre ans - Rome en vienne le plus tôt possible à mettre graduellement fin à l'Eucharis­tie des exclusions. Car l'Eucharistie qui devrait nous rassembler aujourd'hui est, en fait, à cause de l'en­seignement du magistère, très excluant.

    En effet, au moment de la communion, le prêtre présente l'hostie aux fidèles en disant: « Heureux les invités au repas du Seigneur! » En d'autres mots : la table est dressée, réjouissez-vous et avancez. Mais l'invitation est sélective, loin d'être générale ou in­clusive. Car Rome a déjà décrété que ne peuvent communier ni les divorcés remariés (Catéchisme de l'Église catholique, no 1650), ni les personnes qui ont des relations sexuelles hors mariage (ibid., no 2390). Ces fidèles qui ont préparé la table comme les autres doivent donc se contenter de les voir man­ger.

    S'il est totalement aligné sur les directives romai­nes, le prêtre, pourrait dire en substance ces « paro­les amères: "Viens ici, étranger, prépare la table, si tu as quelque chose, donne-moi à manger [Puis] Va ­t-en, étranger, fais place à plus digne." » (Si 29, 25­27). Si l'on ne peut nourrir les gens, a-t-on le droit de les appeler.

    Jésus demande à un légiste de prendre exemple sur le Samaritain qui a fait preuve de bonté ou de compassion envers un homme abandonné à son sor4 malgré son état pitoyable: « Va e4 toi aussi, fais de même» (Let 0,37). Il nous semble que les liturgistes romains, qui n'ont pas l'air de briller de compassion pour les blessés de la vie, les blessés de l'amour, auraient plutôt dit à ce légiste: « Va, mais toi, fais tout le contraire »

    S'il y a un seul baptême, selon saint Paul (Ep 4,5), il Y a deux Eucharisties, selon les normes romaines. L'Eucharistie des catholiques, disons, de stricte ob­servance, et l'Eucharistie des autres, traités comme des exclus ou comme des sœurs et frères séparés avec qui « l'inter communion» est encore impossi­ble.

    Telle que Rome la veu4 l'Eucharistie fait encore d'autres exclus. Elle exclut de l'autel les femmes et les hommes mariés, car seuls les célibataires de sexe masculin peuvent accéder au sacerdoce. Il est vrai que les diacres permanents, des hommes pour la plupart mariés, ont une place à l'autel, mais leurs épouses, qui ne peuvent pas devenir diaconesses, doivent rester à distance. Pourtant ces hommes et ces femmes se sont unis devant l'autel. Qu'importe! Ils doivent se séparer à l'autel. Les lois romaines sont parfois des joueuses de tour ...

    Nous espérons qu'au 50" Congrès eucharistique international, Rome va moins nous désespérer en nous montrant à l'Eucharistie de clôture, au moins quelques femmes diaconesses et quelques hommes mariés devenus prêtres. Et pas trop loin du Saint-­Père ou de son représentant!

    Par son enseignement le magistère exclut direc­tement un nombre considérable de fidèles, mais combien plus encore indirectement! Surtout des jeunes. Parce que Rome n'admet ni au sacerdoce des hommes et des femmes mariés, ni à la communion les fidèles dont nous avons parlé, ni au mariage les prêtres de rite latin, les jeunes sont véritablement scandalisés. L'Église a perdu tout crédit à leurs yeux. Elle a beau s'engager de façon parfois héroïque pour certaines causes plus que nobles, les jeunes ont fait leur deuil d'elle, après leur confirmation qu'on peut appeler le dernier sacrement.

    Il faut une sérieuse dose de naïveté pour croire que les jeunes, sauf rares exceptions, reviendront à l'Eucharistie, d'autant qu'ils ne peuvent pas suppor­ter la parole unique et investie d'autorité du prêtre qui commente la parole de Dieu. Ce qu'ils veulent? Le dialogue ou le partage sur ce qui fait vivre et sur ce qui empêche de vivre. Que les prêtres se le tien­nent pour dit : pas de dialogue, pas de jeunes. Mais l'instruction Redemptionis Sacramcl1tum, publiée le 25 mars 2004 par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, en collaboration avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, prési­dée à l'époque par le futur Benoît XVI, stipule que seul le prêtre ou le diacre peut commenter, dans une homélie, la parole de Dieu.

    Où s'en va donc la messe? D'exclusion en ex­clusion, ne risque-t-elle pas de se retrouver à la porte de sortie d'un nombre grandissant de lieux de culte?

    La situation n'est pas sans issue si les fidèles, évêques et prêtres compris, osent parler franchement au magistère romain. La crise dans laquelle s'enfonce l'Eucharistie peut se résorber mais à la condition qu'on ait le courage de dire au Saint-Père qu'il pren­drait plus soin de la messe en levant quelques uns des interdits qui pèsent sur elle qu'en multipliant les paroles sur sa beauté.

    Que faire d'autre dans l'immédiat? Nous avons une proposition qui s'appuie sur une réflexion de François Varillon.« Il m'arrive de dire: "Si vous ne voyez pas comment tel enseignement de l'Église est une condition de l'amour ou une conséquence de l'amour, laissez provisoirement tomber, car tout doit apparaître, même les choses qui semblent les plus marginales, comme expression de l'amour, condi­tion de l'amour ou conséquence de l'amour."» ­(Beauté du monde et souffrance des hommes, p.126).

    Or, l'Eucharistie est le mystère même de l'amour qui se donne à manger. Nous disons donc aux di­vorcés remariés et autres fidèles qui vivent en union libre, pourvu qu'ils aient fait preuve de fidélité les uns envers les autres : si vous êtes peu confortables avec les interdits du magistère, n'hésitez pas à pratiquer la « désobéissance liturgique ». Dieu vous en saura gré, maintenant, et l'Église, aux Congrès à ve­nir.

    Les signataires :

    Raymond Anctil, Henri-Paul Bordeleau,

    Raymond Champagne, Louise Gaboury,

    François Gravel, Robert Hotte,

    Pierre Houle, François Lajoie,

    Murielle Lamarre, Yvon Leclerc,

     Gérard Marier, Jean Marineau,

    Mariette Milot, Michel Nolin,

    Jean Paillé, Marc Poirier, Jean Sabri.


    La suite UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER -8


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