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    Eucharistie; Roland Bonenfant ofm mai 2008 

    Un entretien donné au Franciscain séculier lors de leur rencontre annuelle de trois jours, du nom de FRATERNITÉ


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  • INTRODUCTION

    Témoins d’une naissance

     

     

    Les questions d'identité préoccupent de nombreuses personnes. La commission Bouchard Taylor en a été une bonne illustration. Pour sa part, l'identité chrétienne d'une majorité d'entre nous est devenue floue à cause des changements rapides de la société et l'on comprend que certains tentent de retrouver des balises qui fourniraient une sécurité perdue. Les initiatives du cardinal de Québec semblent aller dans cette direction. Nous les respectons mais elles n'épuisent pas le champ du réel.

    Pour notre part, nous croyons que l'identité chrétienne est moins un trésor perdu qu'il faudrait retrouver à tout prix, qu'un chemin qui a été ouvert par la passion indéfectible de Jésus de Nazareth. Aux gens de son temps, il a parlé d'un monde neuf qui était en gestation dans la cour de chacun et dans une société en ébullition qui mettait de côté de nombreuses personnes. Il leur a montré à avoir foi en la vie, à prendre au sérieux le goût de voir, de marcher, de partager, de se relever sans cesse, convaincu qu'ils pouvaient faire confiance à cette source de toute vie qu'il appelait son Père. Cette « bonne nouvelle» est ainsi proclamée dans un contexte particulier et il en est toujours ainsi. Elle parle d'une relation qui est offerte et qui engendre le goût d'en créer d'autres pour que la vie circule en abondance. Mais comme nous avons de la difficulté à comprendre cette relation et à lui faire confiance, nous cherchons à la chosifier et à la posséder. C'est bien pourquoi, au hasard de son histoire deux fois millénaire, la communauté chrétienne a cru pouvoir l'encadrer, la faire entrer souvent de force dans les diverses cultures et certains ont pensé ainsi domestiquer l'imprévisible d'un Souffle qui va où il veut.

    À chaque fois que l'histoire des humains engendre de nouveaux univers de pensée, les chrétiens ont dû se rendre compte qu'ils avaient domestiqué le Souffle du ressuscité et accepter de se remettre en chemin. Notre époque n'est donc pas une exception. Un monde différent est en train de naître et la communauté chrétienne découvre peu à peu que c'est avec ce dernier qu'elle doit entrer en relation, acceptant de marcher avec les gens de ce temps, convaincue que le Souffle la précède. Inutile d'ajouter qu'il est toujours difficile de laisser de côté des bagages accumulés en cours de route. À titre d'exemple, l'Église d'hier n'avait-elle pas réussi à encadrer les croyants, à les organiser et à les programmer de leur naissance à leur mort? Il a fallu des révolutions, plus ou moins tranquilles, pour qu'elle retrouve son statut de nomade, qu'elle fasse le tri dans toutes ses richesses pour ne conserver que ce qui l'aiderait à avancer et à naître à nouveau. Nous commençons à peine à prendre acte de cette nécessité d'être remis au monde.

    Si plusieurs groupes et réseaux ont décidé de prendre la parole, c'est d'abord dans cette conviction d'un « engendrement» nouveau et incontournable. Le poids des églises trop grandes a ici valeur de signe. Ce n'est pas en cherchant à encadrer autrement les fidèles de plusieurs paroisses qu'on va leur permettre de tisser de nouveaux liens avec leur milieu et de retrouver la fraternité toute simple d'une même foi partagée comme on partage le pain.

    Les signataires des textes qui suivent se retrouvent partout, aux frontières, dans la marge, aux multiples carrefours de la vie. Au nom de leurs solidarités et de leur foi, ils témoignent d'un avenir qui est déjà commencé.

    À cet égard, il est éclairant de constater que c'est par rapport aux gestes de partager le pain et le vin que l'urgence de créer de nouvelles alliances entre nous et avec la société se manifeste. La rencontre eucharistique demeure, en effet, le rappel permanent de la vie du Galiléen et l'invitation à partager, dans un contexte nouveau, la passion qu'il avait de témoigner d'un amour sans limite qui engendre sans cesse de nouveaux liens et de nouvelles alliances.

    Tout en étant conscient de nos grandes fragilités, nous avons voulu témoigner ensemble de cet appel à de nouvelles naissances. Ces dernières parlent autant des liens à recréer entre nous, en faisant confiance à la liberté de conscience et d'action, que des liens à réinventer avec les nouvelles cultures qui tissent notre milieu. En même temps, nous croyons qu'il faudra innover car les lieux manquent où nous pouvons échanger sur les appels qui nous parviennent de notre société et en particulier de nos frères et de nos sœurs qui sont laissés pour compte par une économie triomphante. Si nous donnons la priorité à la construction de communautés de foi et de marche, il faudra bien accepter de faire confiance à de nouveaux et nouvelles responsables qui chercheront moins à encadrer qu'à faciliter la mise au monde les uns par les autres.

    L'identité chrétienne est en train de renaître. Elle n'est pas emprisonnée dans le culte ou dans la fièvre de l'action. Elle n'est pas davantage dans un texte ou une organisation. Elle traverse tous ces lieux comme une brise légère dont on peut sentir la fraîcheur. Elle se vérifie par le « travail» qu'elle inaugure en nous et qui nous donne le goût de continuer notre chemin avec les autres. C'est de cette identité en genèse que nous avons voulu témoigner.

     

    Guy Paiement

    La suite UNE FOI QUI A DE LA TERRE APRÈS LES PIEDS -1


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  • (doc. 1)

    UNE FOI QUI A DE LA TERRE APRÈS LES PIEDS

    Les Journées sociales du Québec

     

     

    En juin prochain(2008) se tiendra, à Québec, un vaste congrès eucharistique international. Il est loin de faire l'unanimité. Plusieurs y trouvent une occasion importante pour restaurer l'ancien imaginaire religieux, d'autres y voient plutôt un alibi pour retarder les transformations qui s'imposent. Certains groupes, pour leur part, ont décidé de prendre la parole et de montrer que beaucoup de croyants et de croyantes sont ailleurs. Le réseau des Journées sociales du Québec en est un bon exemple.

    Un certain nombre de nos parents et de nos amis d'origine catholique ont rejeté le joug d'une religion aliénante et nous partageons depuis longtemps leur démarche. D'autres ont approfondi la responsabilité inhérente à une conscience adulte et cherchent avidement des lieux de discernement spirituel qui font trop souvent défaut. La plupart d'entre nous partagent aussi la précarité de milliers de personnes qui cherchent d'autres façons de vivre que celles que tentent de nous imposer les chantres d'une économie qui se pense toute-puissante.

    Sans tenir compte des étiquettes, nous avons choisi de marcher ensemble pour nous apprendre mutuellement de nouvelles façons de vivre et d'espérer. Peu à peu, nos efforts dessinent une alliance têtue avec un peuple qui cherche à vivre dans un nouveau contexte international, qui connaît la fragilité et l'ouverture à de multiples cultures, qui souffre d'être ballotté par des courants économiques qu'il ne maîtrise pas et qui, pourtant, fait montre d'une créativité certaine dans tous les domaines.

    Nous sommes ainsi plusieurs centaines de personnes à participer aux Journées sociales du Québec. Ces dernières constituent un vaste réseautage de chrétiens et de chrétiennes qui vivent et travaillent dans les multiples régions du Québec. On y trouve des membres de groupes communautaires, des syndiqués, des responsables de pastorale, des universitaires, des prêtres, des religieuses et des personnes sans affiliation, intéressées par les échanges proposés Depuis plus de douze ans, nous réfléchissons ensemble dans nos régions, puis lors des colloques bisannuels, à des enjeux sociaux qui traversent l'ensemble du Québec.

    L'insistance sur les pratiques en cours a permis de développer entre nous une conscience commune de certaines réalités qui travaillent l'ensemble des régions et de collaborer par la suite avec les multiples groupes et regroupements qui tissent des réseaux de résistance et d'innovation. L'été dernier, notre participation au Forum social québécois, à Montréal, nous a permis de vérifier combien nos préoccupations recoupaient celles de milliers d'autres Québécois et Québécoises. Il y a là des convergences qui sécrètent une espérance commune. Cette participation nous a aussi permis de confirmer la nécessité d'avoir des lieux de discernement spirituel communautaire où nous pouvons partager nos découvertes et le sens qu'elles contribuent à tisser.

     

    De certaines découvertes faites en chemin

    L'une des convictions qui se dégagent le plus fortement de toutes ces années demeure la suivante: les chrétiens et les chrétiennes n'ont pas de lieu social dont ils seraient les seuls propriétaires, si bien que l'agenda de ceux et celles qui luttent pour plus de dignité et de justice doit devenir leur propre agenda de croyants et de croyantes. C'est là leur chemin et la terre où il leur faut semer dans la confiance d'une moisson qui ne leur appartient pas. C'est là que la Présence qui les accompagne les prie et les interpelle. Reconnaître qu'il y a là une désappropriation de son lieu propre et de ses projets d'avenir est incontournable. Si elle n'est pas facile, elle comporte cependant sa propre lumière: marcher ensemble, tout en respectant ses découvertes et celles de l'autre permet souvent à la gratuité de s'infiltrer, si bien que la main qui donne n'est plus au-dessus de la main qui reçoit. Découvrir que nous sommes engagés, ensemble, dans un même itinéraire, où chacun donne et reçoit, ne peut que creuser cette condition de nomade qui nous est commune.

    Pour dire la même chose autrement, si un Don sans limite nous est offert, il s'expérimente ici en chemin, avec les gens dont nous n'avons jamais fini de découvrir le visage. Comme l'inconnu qui a croisé les disciples désabusés qui s'en retournaient à Emmaüs après la mort du Galiléen, l'autre demeure un monde à découvrir car il réveille souvent la part méconnue de notre mystère commun. La personne qui n'est pas à la table collective demeure, pour sa part, la question permanente qui met en cause l'organisation du repas et la distribution des richesses qui s'y trouvent. S'il est donc une découverte partagée par beaucoup de participants et participantes aux Journées sociales du Québec, c' est peut-être cette admiration devant notre histoire humaine qui est lourde d'une Présence qui nous précède et nous accompagne, ce frémissement d'un Souffle qui finit par soulever cette lourde pâte humaine que nous sommes et à en faire du pain qui se partage. Nous n'avons pas de plan en poche pour l'avenir mais nous luttons, avec les personnes qui croient et avec celles qui doutent, pour que notre avenir demeure ouvert pour tout le monde.

     

    Une relecture

    Soulignons que ces convictions trouvent leurs racines dans la pratique de Jésus, le Nazaréen, qui n'accepte pas que les traditions des Pères et les rites prennent toute la place. Contrairement aux responsables religieux de son temps, il ne jauge pas les personnes d'après les normes religieuses en vigueur mais les invite à prendre conscience de cette dignité fondamentale qu'elles possèdent et qui se fonde sur un amour sans limites qui leur est offert. Comme témoin de cet amour, il a dénoncé les rites et l'institution du Temple en prenant toujours le parti de l'exclu et nous a laissé, à la Cène, dans l'image d'un repas, l'anticipation de l'avenir visé, où le pouvoir serait devenu un service et où tout le monde serait à table en train de partager les biens de la terre et de l'esprit. Ses prises de position lui ont valu le sort que l'on sait mais ses amis ont reconnu qu'il était toujours vivant au milieu d'eux et qu'il leur donnait son Souffle pour se remettre sans cesse debout - ce que signifie ressusciter - et s'entraider à faire de même les uns avec les autres. Car seul l'amour qui donne le goût de renaître est digne de foi.

    Chose certaine, c'est pour témoigner de cette foi dans un avenir humain qui doit, chez nous, demeurer ouvert, que nous prenons la parole. Cette foi a de la terre après les pieds et il est bon qu'il en soit ainsi

     

    Guy Paiement


    La suite DE LA TABLE EUCHARISTIQUE À LA TABLE DE LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE! -2


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  • (doc. 2)

    DE LA TABLE EUCHARISTIQUE À LA TABLE DE LA SOLIDARITÉ UNIVERSELLE!

     

    Comité de théologie de Développement et Paix*

     

    Avant d'amorcer une réflexion sur le présent sujet, deux événements méritent d'être évoqués : la publication par Jean-Paul II de l'encyclique Ecclesia de Eucharistia (L’Église vit de l'Eucharistie, texte publié à Montréal, Éditions Fides, 2003, 80 pages) et la tenue prochaine du 4ge Congrès eucharistique international. Situé dans le cadre des festivités qui souligneront le 400e anniversaire de la ville de Québec, ce Congrès qui a pour thème « L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde» se déroulera du 15 au 22 juin 2008. Depuis plusieurs mois déjà la préparation va bon train : prière, journées de formation, liturgies, activités de partage et de solidarité, le tout dans une perspective d'attention spéciale aux jeunes particulièrement concrétisée par la mise sur pied de la Montée jeunesse en 2005.

    Sans perdre de vue cet horizon conjoncturel, mais aussi sans nier l'importante désaffection actuelle pour l'Eucharistie et en tenant compte de la complexité des situations dans lesquelles se débattent tant d'êtres humains, nous voulons apporter notre contribution à la réflexion en cours. Par ailleurs, conscientes et conscients de la difficulté pour les communautés chrétiennes de nourrir la fibre sociale de la pratique évangélique, nous choisissons de nous arrêter précisément sur la portée sociale de l'Eucharistie.

    Mais auparavant, rappelons avec Xavier-Léon Dufour (Le partage du pain eucharistique selon le Nouveau Testament, Paris, Seuil, 1982, chapitres IV et V particulièrement) qu'il existe dans le Nouveau Testament deux traditions majeures par lesquelles les récits de la Cène nous sont présentés. Après le départ de Jésus, elles entendent toutes deux maintenir un lien personnel entre celui-ci et ses disciples et répondre à la question du comment rester présent dans l'absence. Ne correspondent-elles pas d'ailleurs aux deux pôles reconnus par la théologie comme étant le rite (le sacramentum) et la vie (la res sacramenti) ?

    Une première tradition dite« cultuelle », que nous évoquons brièvement, vient des Synoptiques (Mt 26, 26-30; Mc 14,22-26; Le 22,14-23) et de Paul (lCo, 17-34) sous la forme d'un récit liturgique. Inscrite sur fond historique par la narration de l'institution eucharistique, elle comporte le devoir de « faire mémoire» en rappelant le rite instauré par Jésus à son dernier repas afin de prolonger, d'une façon différente mais réelle, sa présence parmi les siens.

    Mais elle comporte également des éléments marqués par les liturgies que pratiquaient alors les communautés ecclésiales. Et c'est sur cette tradition cultuelle que l'encyclique Ecclesia de Eucharistia met l'accent. En effet, même si l'impulsion donnée par l'Eucharistie à l'engagement citoyen responsable est réaffirmée avec force (n° 20) et même si, à la fin de sa lettre, Jean-Paul II demande de garder toute son importance à ce sacrement « en veillant à n'en atténuer aucune exigence» (n° 61), l'Eucharistie est essentiellement considérée et confirmée comme objet de culte. Or l'expérience nous montre que la façon de vivre l'Eucharistie selon cette tradition court le risque d'en rester à une liturgie qui s~e à elle-même et se referme sur une piété individuelle.

    Et pourtant ne devrait-elle pas conduire normalement à une pratique de la bonne nouvelle qui se traduise par des engagements sociaux concrets ?

    N'est -ce pas dans l'articulation entre la Parole annoncée (le kérygme), la Parole célébrée (le sacrement) et la Parole vécue (l'engagement missionnaire) que l'identité chrétienne se structure ?

    Quant à la deuxième tradition dite « testamentaire », sur laquelle porte globalement la présente contribution, elle nous vient particulièrement de l'évangile de Jean qui présente le dernier repas d'une façon plutôt existentielle. Nous l'expliciterons brièvement en abordant les trois aspects suivants : les dernières volontés de Jésus, le lien entre l'Eucharistie et les pauvres, le rapport entre l'Eucharistie et le vivre ensemble sociétal.

     

    Le testament de Jésus

    Dans le récit du dernier repas, à la place des actes et des paroles d'institution de l'Eucharistie, Jean évoque le lavement des pieds où Jésus se met dans la situation de celles et ceux qui ne peuvent être assis à table (13, 1-20), puis il rapporte le discours d'adieu du Nazaréen. Bien sûr, cette tradition comporte elle aussi le devoir de répondre à l'invitation de Jésus à « faire mémoire». Mais faire mémoire de quoi? Que signifie le partage du pain et du vin ? Ce repas n'est-il pas, selon l'expression de Xavier-Léon Dufour, « l'adieu en acte» d'une personne à ses proches ? À ce moment crucial de sa vie, qu'est-ce que le prophète de Galilée veut nous communiquer de lui-même et nous laisser en héritage? Que veut-il voir survivre et se poursuivre ?

    Le testament de Jésus qui devient le récit fondateur de la pratique eucharistique c'est l'aboutissement de toute sa vie. Aboutissement qui renvoie à l'ensemble de son parcours historique individuel et collectif, à sa responsabilité citoyenne, aux choix qui ont marqué sa pratique et sa parole libératrices, à son existence entièrement vécue dans l'amour, le partage et le don librement offert jusque dans la mort. Ce testament c'est son travail inlassable, dans une société précise, pour faire advenir le Royaume, c'est tout le poids de sa communion avec les humains et de sa proximité singulière avec les gens marginalisés dont il se fait profondément solidaire (cf. Le 4, 18-19; Mc 2, 16-17). Prenant position en faveur de ceux et celles dont la vie est menacée, il s'inscrit à contre-courant, dénonce les conditions sociales, économiques, politiques et religieuses dans lesquelles son peuple est maintenu, remet en cause à la fois l'organisation sociopolitique qui permet ces conditions déshumanisantes et le système théologico-idéologique qui soutient cette organisation (cf. Mc 11, 15-18; Mt 23,13). Il questionne une certaine compréhension de la loi, de la justice, du péché et du rôle social attribué à Dieu (cf. Mc 2, 34 et 23-28). Refusant les divisions créatrices d'injustice, il fonde les rapports humains sur l'amour, la liberté, l'égale dignité des enfants de Dieu (cf. Mt 25, 31-46). Fidèle à la tradition prophétique, il réclame l'authenticité du culte et donc l'exigence d'une fraternité vraie au service de la vie (cf. Mt 5, 23-24).

    La prise de position de Jésus en faveur des pauvres est lourde de conséquences : bonne nouvelle pour son peuple, surtout pour les laissés pour compte, elle dérange des personnes et des institutions confortablement installées (cf. Mc 2, 21-22). À cause de cette bonne nouvelle, qui est « révélation de Dieu », il entre en conflit avec des puissants et il sera condamné. Jusqu'à la fin, il puisera dans sa liberté intérieure et sa fidélité au Père an 8, 28-29), affirmant que Dieu seul est l'absolu et que l'absolu de Dieu se trouve dans les humains. Bref, c'est tout cela le dernier repas du Nazaréen et c'est donc, selon les mots de José Reding, « la mémoire de l'audace de Jésus à transgresser pas mal de frontières ».

    Voilà le testament qui nous est légué par le Galiléen. Voilà la solidarité à laquelle il nous invite comme manière de vivre à sa suite en ces lieux précis où nous sommes. Voilà ce que l'évangile de Jean nous transmet du dernier repas de Jésus en mettant en avant la sortie de table et la tâche de serviteur. C'est tout CELA que nous actualisons en faisant mémoire de LUI.

     

    Les pauvres et la vérité de l'eucharistie

    Jamais nous ne devons oublier que Celui dont nous faisons mémoire dans la célébration eucharistique fut un exclu « rejeté par les bâtisseurs » (ps 118, 22 et Le 20, 17) et honteusement crucifié s'il est une affirmation rappelée avec c1arté et virulence par Paul aux chrétiennes et aux chrétiens de Corinthe, c'est bien celle du lien essentiel et concret entre les pauvres et l'Eucharistie (1 Co 11, 17-34). Pour l'apôtre, la conduite de ceux et celles qui ne se préoccupent pas de ce que vivent les pauvres contredit la nature même du geste posé par Jésus. Le comportement humain est engagé dans le sacrement.

    Cette conception de l'Eucharistie trouve d'ailleurs un écho remarquable chez les Pères de l'Église. À titre d'exemple, saint Jean Chrysostome l'évoque avec éloquence et, quand il parle de la fonction sacerdotale, nous reconnaissons non seulement la même volonté de ne pas séparer l'Eucharistie de la présence des pauvres, mais encore la même conviction que celle-ci est première.

    Nous voyons ici l'importance capitale de donner toute sa densité au symbole du pain et du vin en prenant d'abord en compte son sens matériel, ce qui n'empêchera aucunement de considérer sa réalité spirituelle. D'ailleurs la tradition d'une collecte pendant la célébration eucharistique ne fut-elle pas, dès le départ, comprise comme «un lien nécessaire» entre le partage du pain et la pratique de la solidarité avec les pauvres ? Ainsi parler de pain et de vin partagés, c'est rendre présents, au-delà de toute frontière, celles et ceux qui ont faim et soif, qui sont appauvris, opprimés, délaissés, marginalisés... car c'est avec tous ces gens que le Christ nous rencontre. Et la présence des pauvres, étant au cœur de l'Eucharistie, ne doit pas demeurer uniquement symbolique : elle appelle une présence réelle de ceux-ci au sein des célébrations. Cela conduit les chrétiennes et les chrétiens à une solidarité plus exigeante qui sollicite leur pratique en différents domaines dont le social, l'économique et le politique. De toute évidence, c'est la suppression des causes de l'appauvrissement qui est alors en jeu. C'est aussi toute l'importance du lien social indissociable de la logique chrétienne présente au cœur de l'Eucharistie et qui nous renvoie elle-même au Dieu solidaire.

    Ne retrouvons-nous pas ici la tradition théologique qui présente le partage avec les pauvres et l'Eucharistie comme deux voies de la rencontre avec Jésus le Christ? On parle à la fois du sacrement de l'Eucharistie et du sacrement du pauvre. Bien sûr les deux ne sont pas tout à fait sur le même plan: la célébration de l'Eucharistie est de l'ordre du symbole et oriente plus directement vers l'expression de la foi alors que la solidarité avec le pauvre est de l'ordre de la réalité et oriente plutôt vers la pratique.

    Les deux cependant ne sont-ils pas signe et mystère de la présence du Christ? Deux voies inséparables dont les perspectives se confirment et se renforcent réciproquement. Deux voies que les personnes et les communautés croyantes sont, par là même, appelées à conjuguer simultanément. D'ailleurs, la tradition prophétique dans laquelle se situe le Nazaréen indique clairement au peuple croyant le sens, la qualité et les conditions d'un culte qui soit agréable à Dieu. La pratique de la justice et de la miséricorde y apparaît comme indispensable (voir, à titre d'exemple, Is 1, 16-17; Pr 21, 3 et Os 6, 6; Am 5, 21-24). Mais alors, comment l'Eucharistie ne serait-elle pas, en elle-même, dénonciation de toute exclusion sociale et comment n'appellerait-elle pas la transformation des structures de tous ordres qui maintiennent cette exclusion?

     

    Faire eucharistie:

    construire autrement l'humanité

    Déjà dans l'Ancien Testament les enfants d'Israël comprennent que leur Dieu ne peut tolérer les situations d'injustices ni l'esclavage, ni l'oppression, ni la domination (Ex 3, 7-10). Yahvé rompt avec les logiques et les systèmes déshumanisants. Il prend parti pour le peuple écrasé qu'il accompagne dans sa libération et sa marche vers la « terre promise ».

    Entre ce Dieu solidaire et Israël s'établit une relation de réciprocité, une ALLIANCE BILATÉRALE qui comporte l'organisation d'une société elle-même solidaire. À un Dieu différent, correspond une société différente: priorité aux personnes et aux groupes laissés pour compte, égale dignité des humains, structures sociales justes, décentralisation du pouvoir (Ex 18, 17-26), répartition équitable des biens (Ex 16, 19-23), absence de pauvreté (Dt 15, 4). Le rapport à Dieu est lié aux rapports instaurés dans la communauté. Et la présence de Dieu trouve place au sein des relations libératrices qui couvrent les nombreux domaines du vivre ensemble. L'agir social solidaire étant le signe d'appartenance au peuple de l'Alliance, une nouvelle pratique est exigée et assortie d'un ensemble de lois de solidarité sociale dont celles des années sabbatiques et jubilaires (voir, par exemple, ( Lv 19, 9-10; Dt 14,29; 15, 7-11; Ex 22, 20-23; 23, 10-11). Établies avec le temps selon les nécessités, ces lois contribuent à corriger les conséquences des infidélités à l'engagement initial et à redresser au besoin les situations. Cette singularité du Dieu de l'Alliance dont Israël fait régulièrement mémoire, voilà le fondement théologique et l'élément intégrateur de la tradition de solidarité!

    Et c'est cette Alliance dans laquelle non seulement Jésus s'inscrit mais qu'il accomplit dans la NOUVELLE ALLIANCE pour l'humanité entière et que nous scellons dans l'Eucharistie. En choisissant, au soir de sa vie, le pain et le vin partagés, consommés au moment d'un repas, le Nazaréen reprend des symboles fondamentaux (eux-mêmes symboles de toutes les autres nourritures, de l'activité et de l'histoire humaines) qu'il a fréquemment utilisés pour évoquer le bonheur eschatologique où personne n'aura faim et soif. Et si chaque Eucharistie nous met en présence de l'humanité affamée, elle nous oriente aussi et nous conduit vers cette humanité totalement rassasiée, affranchie, réconciliée. Chacune porte en profondeur ce projet d'un vivre ensemble où toutes et tous puissent goûter la vie en abondance. Chacune peut être un lieu où tombent les barrières relationnelles et celles de l'injustice. Bref, sur tous les plans, chacune à la fois célèbre les signes d'espérance et relance sur les chemins de la libération.

    Émerge ici toute la densité existentielle et historique d'une Eucharistie enracinée dans la totalité de nos vies personnelles et collectives. Or aujourd'hui, la mondialisation de la pauvreté n'indique-t-elle pas l'ampleur de la place que doit prendre la présence des pauvres dans l'Eucharistie? N'indique-t-elle pas, par le fait même, le point de départ de l'engagement solidaire auquel nous sommes conviées comme personnes et communautés croyantes? C'est à partir des victimes de toutes catégories, de celles et ceux dont on bafoue la dignité, qui n'ont ni pouvoir, ni avoir (pas de place à table), à partir des gens maganés, humiliés, collés au sol ou envoyés à la marge parce que sans importance aux yeux des puissances sociales. .. Bref, c'est à partir de ces humains, des conditions qui leur sont faites, de leurs rêves et de leurs espoirs que nous analyserons nos sociétés. C'est en partenariat avec eux que nous pourrons voir la nouveauté possible, opérer les transformations structurelles qui s'imposent et ouvrir des chemins vers une libération intégrale.

    Ainsi, en regard de la mondialisation actuelle, si nous célébrons la possibilité qu'elle recèle d'un rapprochement entre les personnes et les peuples, d'une plus grande ouverture aux différences et d'une reconnaissance accrue des diversités culturelles, nous récusons ce qui contredit ce même mouvement. En effet, à partir de ce que vivent les innombrables victimes de la mondialisation du système néolibéral, nous en dénonçons les conséquences désastreuses : appauvrissement scandaleux, inégalités multiples, destruction de l'environnement, exclusion sociale, marchandisation des humains et de la planète. . . C'est aussi avec ces mêmes frères et sœurs que nous annonçons prophétiquement une autre mondialisation dont nous pouvons être les agentes et les agents: c'est la mondialisation de la solidarité. Pour devenir progressivement réelle, celle-ci exige la création de rapports sociaux humanisants et une organisation sociale basée sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne selon son originalité et sa culture, sur l'égalité des chances, la liberté, la justice économique et écologique, l'équilibre des relations hommes-femmes, le respect des droits individuels et collectifs, la participation citoyenne démocratique.. . C'est un autre avenir possible que nous annonçons et que nous inaugurons .

    Aussi, à ce moment de notre réflexion, comment ne pas faire écho au mouvement d'altermondialisation dans lequel nous saluons tant d'initiatives pour favoriser l'humanisation de notre monde et le respect de notre planète. Si ce vaste courant n'échappe pas à l'ambiguïté, comme toute autre réalisation humaine, il continue de porter sur le monde un regard susceptible de contribuer à la mise en œuvre d'une solidarité qui se mondialise progressivement.

     

    Conclusion

    Bien que nous ayons choisi, dans ce texte, d'approfondir le sens et la portée de l'Eucharistie du point de vue de la tradition « testamentaire », nous réaffirmons que, dans le récit évangélique, celle-ci demeure imbriquée à la tradition « cultuelle» : la pratique solidaire et le culte sont tous deux une rencontre privilégiée avec le Christ. La relation qui les unit étant celle du signifiant/ signifié, le culte doit toujours être situé par rapport à l'existence chrétienne.

    Faire mémoire de Jésus de Nazareth n'a certes rien à voir avec la répétition du passé. C'est bien plutôt accueillir aujourd'hui, à travers ses « dernières volontés », l'inspiration et le dynamisme que l'Esprit porte jusqu'à nous~ C'est réentendre maintenant l'appel à imaginer l'avenir autrement en donnant suite à sa pratique. Cela implique une rupture avec toutes les logiques mortifères pour l'humanité et la planète et une ouverture sur la nouveauté à laquelle nous voulons contribuer en faveur de la vie. Cela nous renvoie concrètement à la responsabilité de mettre en place les conditions rendant possibles le respect des droits et l'accessibilité de tous les humains aux biens collectifs. Bref, l'Eucharistie confirme l'invitation à nous engager dans le mouvement continue d'une réorganisation sociale aux couleurs du Royaume. En rendant grâce pour la présence active du Vivant au cœur de nos existences et en célébrant nos pratiques libératrices, nous nous redonnons du souffle et de l'énergie pour opérer progressivement dans notre monde le passage de la table eucharistique à la table de la solidarité universelle. Quelle chance particulièrement ajustée à notre temps! À nous de ne pas manquer ce rendez-vous historique.

     

    Yvonne Bergeron, CND

     

    *Développement et Paix est un organisme de coopération internationale qui soutient financièrement des projets de développement en Afrique, en Amérique latine et en Asie et sensibilise, par des campagnes d'éducation, la population d'ici aux réalités des populations du Sud.

    Fondé par les évêques canadiens en 1967, l'organisme est dirigé par des laïques et il compte actuellement plus de 14 000 membres au Canada.

     

    Questions

    1. La réflexion présentée dans ce texte sur la tradition testamentaire du récit de la Cène rejoint-elle votre compréhension de l'eucharistie ?

    2. Voyez-vous des implications concrètes pour vous sur le plan personnel et sur le plan collectif?


    La suite PASSEZ À TABLE, MONSIEUR LE CARDINAL! -3


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  • (doc. 3)

    « PASSEZ À TABLE, MONSIEUR LE CARDINAL! »

    Forum André-Naud

     

    Le Forum André-Naud se veut un regroupement de personnes qui favorisent des lieux de dialogue en Église (catholique) et la libre pensée des filles et des fils de Dieu selon l'esprit de Vatican II. Déjà, en 2006, une prise de parole sur l'exclusion des personnes homosexuelles avait créé quelques vagues qui ont tôt fait de perturber le paysage vatican ... Le ressac s'est fait sentir et des rappels à l'ordre ont été faits.

    Le Forum André-Naud ne combat rien; il laisse vivre et tient, par ses prises de parole, à dire tout haut qu'une autre Église existe que celle correspon­dant à l'image projetée par la hiérarchie institution­nelle catholique. Des gens éveillés et engagés à faire lever la pâte humaine pour qu'un monde meilleur advienne croient qu'il est pertinent, à cette heure-ci, de rappeler que plusieurs personnes ne se sentent pas à l'aise à la vue de la table eucharistique qui déjà se dresse pour le Congrès de Québec 2008. La grande nappe blanche, tout empesée, qui recouvrira l'autel de ce congrès, fait peur à certains, en déçoit d'autres et détourne même, par sa mise en scène à saveur de déjà vu, l'attention des questions réelles que doit se poser l'Église catholique si elle veut tou­jours avoir l'audace de faire eucharistie au cœur des défis du monde.

    Le Forum André-Naud vous lance une invitation, Monsieur le Cardinal, primat de l'Église cana­dienne, organisateur en chef de ce congrès : « Pas­sez à table! » Mais cette table ne ressemble guère à celle derrière laquelle vous présidez habituellement les eucharisties - inévitablement aussi la grande messe de Québec, l'été prochain. Il s'agit davantage d'une simple table pliante que l'on peut déplacer, transporter. Une table amovible qui osera se dresser là où des paroles doivent se faire entendre pour que l'eucharistie, un héritage et une mission merveilleuse laissés par Jésus de Nazareth à l'humanité, rejoigne d'autres chercheuses et chercheurs de Dieu. Nous prétendons que la majorité des gens est désormais à la recherche de telles tables !

    Dépliez les pattes de cette table auprès de ces personnes auxquelles vous désiriez demander par­don l'automne dernier. Osez leur dire que les nom­breuses réactions suscitées à la suite de votre geste précipité, sans la solidarité de vos autres confrères évêques, vous ont appris qu'une demande de par­don, pour qu'elle soit véritable, doit d'abord libérer la parole des gens blessés. C'est à ce compte que l'on exprime le "ferme propos" ... à tout le moins, celui de ne plus jamais exclure.

    Transportez la table là où des gens célèbrent tou­jours, mais autrement, la Cène du Seigneur. Des for­mes différentes, plus ouvertes, nouvelles, créatrices permettent à des gens engagés au nom de Jésus­-Christ de répondre à l'appel du Seigneur: « Faites ceci en mémoire de moi! » Venez placer votre table au côté de toutes ces autres tables qui existent bel et bien et qui regroupent des jeunes, des femmes, des personnes luttant au nom de l'Évangile pour que la justice compose des situations de vie meilleures. Tous ces gens se sentent moins bien dans nos églises; ils ont appris à faire eucharistie autrement!

    Portez attention à la façon dont se disposent les gens autour de cette table pliante; c'est le lieu de leur prise de parole. Elles sont femmes. Elles ont tout à nous dire de la féminité du monde, cette ri­chesse qui nous est essentielle pour comprendre Dieu. Regardez comment elles sont pasteures autour de ces tables simples, ouvertes et vraies.

    Passez à table en redisant « Heureux les invités au repas du Seigneur! » sans arrière pensée, avec ces hommes et ces femmes au mystère amoureux différent de la majorité, ces ''hors normes" aux yeux de l'Église. Redites « Heureux les invités au repas

    . du Seigneur! » à ces autres qui ont connu l'échec dans leur projet d'amour et qui y croient toujours, mais se font refouler aux tourniquets du banquet eucharistique.

    Et plus encore, allez frapper à la porte de nos frères et soeurs chrétiens d'autres confessions pour leur demander simplement comment la table les ras­semble et les engage. Dites-leur que le partage de leur expérience nous enrichirait. Faites de même avec les autres religions et les grands mouvements spiri­tuels qui alimentent notre monde.

    Que des catholiques se rassemblent l'été prochain à Québec pour faire la fête et, par un congrès et une grande mise en scène liturgique, rappellent que cette expression de foi existe toujours, ça nous va ! Mais cette image ne doit pas en occulter d'autres, aussi vraies et essentielles, celles de centaines de chrétien­nes et de chrétiens qui, à la base, militent, se récla­ment d'une même tradition et l'appellent à compo­ser davantage avec la réalité de vie des gens d'ici. De cela, le Forum André-Naud peut en témoigner puis­qu'il s'enracine dans plusieurs diocèses québécois.

    Un jour, Monsieur le Cardinal, il vous faudra bien passer à d'autres tables!

    Pour débloquer l'avenir, faut rendre la table accessible à tous et toutes !

    Nous constatons que les autorités de l'Église ca­tholique ont mis et maintiennent en place aveuglé­ment des pratiques d'exclusion de la table eucharis­tique:

    - accès interdit aux couples vivant une « situa­tion conjugale particulière »;

    - accès interdit aux personnes homosexuelles, seules ou en couple;

    - accès interdit aux femmes pour la présidence de l'eucharistie et au presbytérat.

    Quel écart entre ce repas sélectif et la pratique de Jésus qui mangeait avec tous ceux et celles que les autorités de SA religion avaient exclus. L'Église qui a mission d'encourager et de rassembler les en­fants de Dieu dispersés n'a pas les pratiques de ses responsabilités et prétentions (égalité de tous les êtres humains, primauté de la conscience individuelle, universalisme, démocratie). Nous constatons que les pouvoirs économiques et politiques ont mis et main­tiennent en place aveuglément des pratiques d'ex­clusion de la table communautaire :

    - salaire minimum et sécurité du revenu insuffi­sants pour vivre décemment;

    - soins de santé de plus en plus difficiles d'accès et retour au privé;

    - enfants et jeunes en difficulté plus nombreux et expansion du privé;

    - régions oubliées et désertées, environnement massacré au nom du profit.

    Nous sommes loin des promesses politiques et de l'objectif de la Loi 112 adoptée à l'unanimité en 2002 à l'Assemblée nationale visant à devenir un Québec sans pauvreté. Loin aussi du rapport « Un Québec fou de ses enfants » publié en 1991 par le Groupe de travail pour les jeunes. Des vautours ont . flairé la bonne affaire du lucratif marché du soula­gement de la douleur humaine et cherchent à l'en­vahir; d'autres tendent à réduire l'être humain au rang de simple ressource humaine pour assurer le profit de leur capital. De plus en plus de membres de la famille sociale sont marginalisés et perdent leur chaise à la table familiale. Heureusement que d'in­nombrables citoyens veillent au grain dans une mul­titude de groupes sociaux, populaires, syndicaux et de défense des droits, permettant quelques nouveaux accès à la table commune! POUR DÉBLOQUER L'AVENIR, nous demandons aux autorités politi­ques et religieuses de manifester une véritable vo­lonté politique d'inclusion à la table du partage du pain. Que dans le respect de leurs compétences res­pectives elles mettent en place des lois et des prati­ques allant en ce sens. Si la politique est « l'art de rendre possible ce qui est nécessaire» (Robert Bu­ron), nous invitons les autorités politiques à écarter tout esprit mercantile dans leurs décisions concer­nant entre autres la santé, l'éducation et le logement qui sont des droits sacrés, et nous invitons les autorités religieuses à faire mémoire du Christ, à « sortir de leurs abstractions et à se mettre en face de la figure ensanglantée qu'a prise l'histoire d'au­jourd'hui ». (phrase d'Albert Camus paraphrasée) Il y a chez nous un grand besoin de changement car la machine, la religieuse comme la politique, divise et meurtrit alors qu'elle devrait réconcilier et vivifier.

    Alain Ambeault

    André Gadbois


    La suite L'EUCHARISTIE, TABLE DE VIE ET L'ENGAGEMENT -4


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