• LAUDATO SI – Un beau fruit de la théologie de la libération - E&E

    A l’occasion du troisième anniversaire de la publication de l’encyclique Laudato si  (le 18 juin, pour un texte signé le 24 mai), il peut être intéressant de lire l’analyse qu’en avait fait alors et très rapidement (dès le 19 juin) un des acteurs importants de la théologie de la libération avec toutes les implications sur l’écologie, qu’est le brésilien Leonardo Boff.

    Voici les principaux extraits de sa réflexion à retrouver en entier ici.

    La Grande Charte de l’écologie intégrale : clameur de la Terre, clameur des pauvres

    Leonardo Boff / jeudi 15 octobre 2015, mis en ligne par Dial

    Avant de proposer des commentaires, il est bon de souligner quelques particularités de l’encyclique Laudato si’ du Pape François.

    C’est la première fois qu’un Pape aborde le thème d’une écologie intégrale (qui va par conséquent au-delà d’une écologie environnementale) d’une façon aussi complète. Grande surprise : il inscrit le thème dans le cadre du nouveau paradigme écologique, chose qu’aucun document officiel de l’ONU n’a faite à ce jour. Il fonde son discours sur les données les plus sûres des sciences de la vie et de la terre. Il a de ces données une lecture affective (d’une intelligence sensible ou bienveillante), car il entrevoit que ces données dissimulent des drames humains et une grande souffrance, de la part de la Terre mère aussi. La situation actuelle est grave, mais le Pape François trouve toujours des raisons d’espérer et de faire confiance à la capacité de l’être humain à trouver des solutions viables. Il établit un lien avec les Papes qui l’ont précédé, Jean-Paul II et Benoît XVI qu’il cite fréquemment. Et chose absolument nouvelle : son texte s’inscrit dans le cadre d’une collégialité, car il accrédite les contributions de dizaines de conférences épiscopales du monde entier, de celle des États-Unis à celle de l’Allemagne , de celle du Brésil, de la Patagonie-Comahue, du Paraguay. Il prend en compte les contributions d’autres penseurs, comme les catholiques Pierre Teilhard de Chardin, Romano Guardini, Dante Alighieri, son maître argentin Juan Carlos Scannone, le protestant Paul Ricœur et le musulman soufi Ali Al-Khawwas. Nous, tous les êtres humains, sommes ses destinataires car nous sommes tous habitants de la même maison commune (mot très utilisé par le Pape) et nous subissons les mêmes menaces.Le Pape François n’écrit pas en tant que Maître et Docteur de la foi mais en tant que Pasteur zélé qui prend soin de la maison commune et de tous les êtres, et pas seulement les humains, qui y habitent. 

    Un élément mérite d’être mis en valeur car il est révélateur de la forma mentis (la manière d’organiser sa pensée) du Pape François. Il est redevable de l’expérience pastorale et théologique des églises latino-américaines qui à la lumière des documents de l’épiscopat latino-américain (CELAM) de Medellín (1968), Puebla (1979) et Aparecida (2007) ont choisi l’option pour les pauvres contre la pauvreté et pour l’émancipation. Le texte et le ton de l’encyclique sont typiques du Pape François et de la culture écologique qu’il a accumulée, mais je me rends compte également que de nombreuses expressions et façons de s’exprimer renvoient à ce qui se pense et s’écrit en Amérique Latine plus particulièrement. Les thèmes de « la maison commune », de la « Terre mère », de la « clameur de la Terre et clameur des pauvres », de l’« attention », de l’ « interdépendance entre les êtres », des « pauvres et fragilisés », du « changement de paradigme », de « l’être humain en tant que Terre » qui ressent, pense, aime et vénère, de « l’écologie intégrale », entre autres, sont récurrents parmi nous.

    La structure de l’encyclique obéit au rituel méthodologique utilisé par nos églises et par la réflexion théologique en lien avec la pratique de la libération, maintenant assumée et consacrée par le Pape : regarder, analyser, agir et célébrer. Il commence en révélant sa principale source d’inspiration : Saint François d’Assise, qu’il nomme « exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale », et qui « a manifesté une attention particulière […] envers les pauvres et les abandonnés » (n°10 et 66).

    Il commence alors par le regard : « Ce qu’il arrive à notre maison » (17-61). Le Pape affirme : « Il suffit de porter un regard lucide sur la réalité pour voir que notre maison commune est grandement détériorée » (61). Il intègre à cette partie les données les plus solides relatives aux changements climatiques (20-22), à la question de l’eau (27-31), à l’érosion de la biodiversité (32-42), à la détérioration de la qualité de la vie humaine et à la dégradation de la vie sociale (43-47), il dénonce le taux élevé d’injustice planétaire, qui touche tous les espaces de vie (48-52), les pauvres en étant les principales victimes. (…)

    Après avoir pratiqué la dimension du regard c’est maintenant la dimension de l’analyse qui s’impose. L’analyse se présente selon deux versants, l’un scientifique et l’autre théologique. (…) Le texte s’ouvre à une vision évolutionniste de l’univers sans utiliser ce mot, il construit une périphrase lorsqu’il fait référence à l’univers « composé de systèmes ouverts qui entrent en communion les uns avec les autres » (79). Il utilise les principaux textes qui unissent le Christ incarné et ressuscité au monde et à tout l’univers, rendant la matière sacrée et avec elle toute la Terre (83). Et dans ce contexte il cite Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955 ; 83, note 53) en tant que précurseur de cette vision cosmique. Le fait que Dieu-Trinité soit une relation de personnes divines a pour conséquence que toutes les choses en relation soient des échos de la Trinité divine (240).

    Le troisième niveau méthodologique est l’action.Dans cette partie, l’encyclique se réfère aux grands thèmes de la politique internationale, nationale et locale (164-181). Il souligne l’interdépendance du domaine social et de l’éducation avec le domaine écologique et déplore les difficultés qu’entraîne la prééminence de la technocratie, ce qui rend difficiles les changements susceptibles de réfréner l’avidité de thésaurisation et de consommation, et qui pourraient fonder un monde nouveau (141). (…) Dans la perspective de l’action il lance à l’éducation le défi de créer une « citoyenneté écologique » (211) et un nouveau style de vie qui s’appuie sur l’attention, la compassion, la sobriété partagée, l’alliance entre l’humanité et l’environnement – car tous deux sont reliés par un cordon ombilical –, la coresponsabilité à l’égard de tout ce qui existe et vit et au nom de notre destin commun (203-208). Enfin, le moment de la célébration. La célébration a lieu dans un contexte de « conversion écologique » (216) qui implique une « spiritualité écologique »(216). (…)

    L’esprit tendre et fraternel de Saint François d’Assise traverse tout le texte de l’encyclique Laudato si’. La situation actuelle n’est pas le signe d’une tragédie annoncée mais un défi destiné à nous faire prendre soin de la maison commune ainsi que les uns des autres. Il y a dans ce texte légèreté, poésie et joie dans l’Esprit et un espoir indestructible en ce que si la menace est grande, plus grande encore est l’opportunité de trouver une solution à nos problèmes écologiques. Il conclut poétiquement « Au-delà du soleil », par ces mots : « Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance. »(244)

    Source https://eglisesetecologies.com

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  • Plage d'Ouzai dans le sud de Beyrouth (Liban)Plage d'Ouzai dans le sud de Beyrouth (Liban)  (AFP or licensors)

    Le Manta, un voilier géant pour nettoyer les océans

    Chaque année, neuf millions de tonnes de plastique finissent dans la mer, mettant en péril 1400 espèces marines. C’est à partir de ce constat effrayant que le projet de nettoyage des océans «Sea Cleaners» a vu le jour. Mais c’est surtout son expérience de navigateur qui a donné envie au skipper Yvan Bourgnon de relever le défi de récolter les déchets en mer.
     

    Entretien réalisé par Blandine Hugonnet - Cité du Vatican

    Yvan Bourgnon est un marin dans l’âme. Dès l’âge de 8 ans, il suit ses parents pour un tour du monde de près de quatre années. Vainqueur de la Transat Jacques-Vabre, il se lance dans un nouveau tour du monde pendant deux ans.

    Le désastre de la pollution maritime

    Mais malgré la beauté de l’étendue et le bonheur de la solitude au milieu des eaux, au cours de ses multiples périples en mer, le Franco-Suisse est à plusieurs reprises confronté à la pollution des océans et aux objets rejetés dans les océans. Une pollution qui tue 100 000 mammifères marins chaque année.

    En septembre 2016, celui qui se présente comme «aventurier-marin-écologiste» a ainsi décidé de lancer le projet Manta : une idée folle de construire un voilier géant fonctionnant à l’énergie propre pour collecter les déchets flottants, les trier et les compacter directement sur le navire. Une sorte d’usine à déchets des mers, de camion-poubelle des océans de la taille d’un terrain de football et pesant 30 millions d’euros.

    Sensibiliser et éduquer 

    La maquette du quadrimaran baptisé «Sea Cleaners» a été révélée en avril 2018, pour une mise à l’eau prévue vers 2022. Il aura une capacité de 250 tonnes de déchets ramassés.

    Même si ce n’est qu’un début face à l’ampleur de la catastrophe écologique, assure Yvan Bourgnon, avec cette initiative, le navigateur compte surtout sensibiliser à la pollution maritime.

    Pour le «gladiateur des mers» de 47 ans, c’est le rôle du skipper d’éduquer les populations aux dangers des déchets plastique en mer, mais aussi à leur possible recyclage, par exemple en carburant.

    Entretien avec Yvan Bourgnon

    7min

    source https://www.vaticannews.va

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  • Ce 26 août s’est ouverte la troisième conférence international du «Catholic Theological Ethics in the World Church» à Sarajevo (en Bosnie Herzégovine). A cette occasion, le pape François leur a adressé un message, revenant notamment sur leur soucis de protéger la planète.

     Ce réseau de théologiens moralistes, né il y a seize ans, se retrouve pour débattre d’éthique théologique appliquée à différents domaines politique, médical, sexuel ou environnemental. Un monde complexe où le pape François insiste pour bâtir  «des ponts et non des murs». « Sans renoncer à la prudence, il s’agit de profiter de tout signal et mobiliser toute les énergies (disponibles) pour éliminer dans le monde les murs des divisions et construire des ponts de fraternité». Le pape souligne que le défi écologique est en ce sens tout à fait singulier mettant en péril à la fois le rapport entre l’humain et la nature mais même les liens entre générations et entre peuples.

    «Ce n’est pas un défi parmi d’autres, mais l’horizon de compréhension de l’éthique écologique et dans même temps de l’éthique sociale ». (…) «Nous avons besoin de personnes et d’institutions qui assument un leadership renouvelé. Nous n’avons pas besoin de déclarations bruyantes qui souvent restent vaines, ni d’antagonismes entre ceux qui veulent se montrer les plus forts, nous avons besoin d’un leadership qui aide à découvrir et à vivre d’une manière plus juste d’être dans le monde comme membre d’un destin commun».

    On pourra retrouver le programme très riche de cette rencontre ici

    Je souligne notamment la conférence d’un confrère assomptionniste, le P. Vincent Leclerc, sur le thème  » Survivre au changement climatique: souci des pauvres ou problème de riches? Les enjeux éthiques et théologique d’un changement de paradigme en écologie. »

    Dans La Croix, le P. James Keenan, jésuite organisateur du colloque, a répondu aux questions de Constance Vilanova. Extraits.


    James Keenan : (…) Le plus gros défi auquel nous nous heurtons aujourd’hui c’est le fait que nous ne fonctionnons pas en communauté globale. Nos dirigeants politiques ne sont pas intéressés par la coopération supranationale. Le retrait de Donald Trump du Traité de Paris est un exemple, le Brexit, un autre, alors que nous avons intérêt à travailler ensemble pour résoudre deux problèmes contemporains majeurs. Le premier, l’écologie et l’environnement, le deuxième, l’impact de la crise climatique sur les migrations. Nous sommes face à des phénomènes de migrations massifs auxquels nous n’avons jamais fait face auparavant. (…)

    Depuis quand les théologiens se sont-ils emparés de la question de l’écologie et du changement climatique et pourquoi ?

    J. K. : La question de l’écologie en théologie existe depuis que nous interrogeons la Création, donc depuis toujours. Cela fait vingt-cinq ans que nous l’abordons différemment car nous savons que le changement climatique a été créé par l’être humain. Ceux qui enseignent l’éthique, à l’université ou dans les séminaires, doivent impérativement faire réfléchir leurs élèves à l’écologie, pas seulement d’un point de vue national, mais dans un contexte global. Tous les participants à la conférence de Sarajevo sont des professeurs qui souhaitent revenir à la rentrée scolaire plus armés intellectuellement pour transmettre l’urgence écologique à leurs étudiants. Par ailleurs, ce lien entre théologie et écologie est perceptible sur un autre plan. Si vous lisez ce qu’a dit le pape François dans son encyclique en 2015, Laudato si, vous verrez que les voix les plus fortes et portantes concernant l’environnement viennent des leaders religieux.

    Comment avez-vous fait de l’écologie un sujet central pendant vos cours à Boston ?

    J. K. : Mes étudiants ont vu Trump se retirer de l’accord de Paris et se demandent tous quand est ce que nous allons faire quelque chose de concret pour l’environnement. Finalement, plus le président des États-Unis s’oppose à l’immigration et refuse de reconnaître le réchauffement climatique, plus nous abordons ces sujets en classe. (…)

    DL

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  • Le site Aleteia a donné récemment la parole à  Clémence Pouclet, éco-conseillère en santé environnementale et co-auteure du livre « Ma santé, ma planète, mon budget ».  Extraits de son entretien 

    Aleteia : Dans votre parcours personnel, qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de la nécessité de changer votre mode de vie ?


    Clémence Pouclet : Je n’ai pas trop de mérite car mes parents sont depuis toujours végétariens. Ils m’ont transmis cette sensibilité écologique puisqu’ils ont rénové leur maison de manière entièrement écologique, trient quotidiennement leurs déchets et mangent bio. Ils étaient déjà des pionniers de ce mode de vie. Leur foi aussi a nourri notre éducation. Ils nous ont inculqué cette conscience de la beauté et la fragilité de la création. J’ai donc été pétrie de leurs valeurs. Au début, je voulais faire de l’humanitaire, mais je me suis finalement rendue compte qu’on pouvait agir ici pour avoir un impact sur le reste du monde, notamment par nos modes de consommation. J’ai donc choisi de rester en France pour essayer de modifier nos modes de vie et nous amener à avoir sur le monde un impact positif. Aujourd’hui, je mange presque à 100% bio et je suis végétarienne. (…)

    À mon sens tout est lié. Je crois beaucoup dans la force de la philosophie « penser global, agir local ». En agissant ainsi, on prend en compte tous les facteurs qui vont avoir un impact sur l’environnement et l’économie. C’est un véritable changement de modèle de société pour nous mener vers un mode de vie plus humaniste et citoyen. On ne peut pas tout changer du jour au lendemain, c’est le cheminement qui est important. (…) 

    Deux questions se posent, la gestion du budget et celle du temps. Je suis convaincue qu’un mode de consommation conventionnel ne me permettrait pas d’élever mes trois enfants. Je réalise des économies considérables avec ce mode de vie alternatif. Je nourris mes enfants avec des produits frais et bios, je fais attention à ma consommation d’eau, d’énergie et je ne consomme pas de produits transformés ou jetables qui sont chers et polluants (couche, produits d’entretien, produits d’hygiène féminine) j’utilise des solutions alternatives. Financièrement c’est un avantage considérable. (…)

    Tout le temps que je consacre à la cuisine et à mon foyer sont des moments de qualité que je partage avec ma famille. Par mon mode de vie, je cultive le lien à la terre et avec mes proches. Aujourd’hui, on veut accorder de moins en moins de temps et d’argent à l’alimentation, alors que c’est le pilier d’une vie saine et l’occasion de vivre des moments de qualité. Cuisiner ou faire ses courses devient un moment agréable lorsque l’on achète autre chose que des aliments sous plastique ou surgelés en supermarché. C’est un mode de vie qui permet de concilier vie professionnelle et épanouissement personnel. Je crois qu’aujourd’hui on vit trop vite et les parents sont trop absents. Il me semble que notre mode de vie révèle un problème de société et que les parents devraient être plus présents dans leur foyer. 

    Source : https://eglisesetecologies.com

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  • ECOLOGIE INTEGRALE – Heureux les « Doux » à Graincourt - E&E

    2018 ECOLOGIE Eglise Ruffin et Leborgne

    François Ruffin (1er plan), Mgr Olivier Leborgne et Adrien Louandre
    © Radio France – Claudia Calmel

    Je ne résiste pas au plaisir de vous partager ce texte d’un homme politique révolté, déclamant son texte devant l’Assemblée nationale, tout en citant l’Evangile et en appelant à concilier bien davantage le respect des petits. Ceux, humains, oubliés par la mondialisation économique et ceux, non-humains, qui sont réduits à l’état de « minerais » à exploiter.

    Occasion de découvrir aussi cet étonnant dialogue entre cet homme politique – il s’agit du député François Ruffin – et de l’évêque d’Amiens, Mgr Oliver Leborgne, organisé il y a quelques temps par le MRJC local et qui a été retranscrit dans un ouvrage à découvrir (Paix intérieure et paix sociale, François Ruffin et Mgr Olivier Leborgne, Ed. Temps Présent MRJC).

    Chers collègues, Monsieur le ministre, Monsieur le rapporteur, je vais maintenant plaider, et même longuement, la cause animale.

    Pour que l’agro-alimentaire cesse de traiter vaches poules et cochons comme une matière première. Et je sais combien, lorsqu’on prend la parole pour ces êtres qui ne parlent pas, on est vite soupçonnés de sentimentalisme, de sensiblerie, et sujet à moqueries.

    La compassion

    J’éprouvais le même souci, il y a quelques années, avec les ouvriers du poulailler Doux. Leur usine, à Graincourt, dans le Pas-de-Calais, allait fermer, et piétinant devant l’entrée, entre banderoles et palettes, on causait de leurs inquiétudes, de leur improbable reclassement, des crédits sur le dos et sur l’auto, de leurs tendinites, de leur sciatiques, de leurs cervicales en compote, du mépris des chefs, aussi.
    J’avais une autre question sur les lèvres. J’hésitais. Au milieu de ces grands costauds, de ces filles rudes à la peine, ça ferait sentimental. Ca ferait intello des villes face à ces prolos des campagnes. Avec prudence, mais je m’y suis collé : «  Excusez-moi, mais les poulets, c’est pas comme de l’acier, non ? Quand vous les voyez, ça vous fait quoi ? » Il y a eu un blanc, là. Un silence. Un temps d’arrêt. Ça les interloquait, comme si, en fait, on énonçait un non-dit, un tabou. 

    Un homme s’est lancé : « La première fois que je suis entré ici, je me suis demandé : “Mon Dieu, où je suis tombé ?” On en fait des cauchemars… Je suis pas le seul. “Tu dormais, m’a raconté ma femme, tu t’es assis dans le lit, et tu parlais des poulets.” Qu’on en tue autant, je ne pouvais pas imaginer. Et il faut voir comment ça se passe… »
    Tous, toutes, autour de lui approuvaient. Même eux, vous voyez, même ces grands costauds, même ces filles rudes à la peine, même eux qui en voyaient défiler des milliers chaque jour, des millions dans leur carrière, de poulets, même eux ne s’étaient pas endurcis.Bien sûr, ils mettaient un mouchoir sur leur âme. Il faut bien.
    C’est le boulot. Il ne court pas les rues. Y a le frigo à remplir, et le gasoil pour l’auto, et le Noël des enfants. On se construit une carapace, au fil des ans. On s’entraine à l’indifférence. Mais dans un recoin, malgré les efforts, la compassion demeure, la belle compassion, souffrir avec, la souffrance de l’autre qui devient un peu la nôtre. L’autre fut-il une bête.

    Dans le sommeil de la nuit, comme un geyser qui relâche ses jets, c’est la conscience qui se libère. Et qui crie. Il suffit alors d’une question, une petite question, timide, du bout des lèvres, pour que craque cette carapace d’indifférence. Que voit-on surgir ? Oui, de la sensibilité, des sentiments. Et ce serait une honte ? Non, c’est une fierté, cette sensibilité, ces sentiments. C’est leur humanité, à ces ouvriers. C’est notre humanité, notre part la plus précieuse. Ne la faites pas taire en vous, aujourd’hui, au nom des chiffres, au nom de l’économie, au nom de l’inertie, au nom des lobbies. Ne vous cuirassez pas le coeur.

    Du « minerai »

    Après l’usine, dans le même coin, je me suis rendu chez un éleveur de poulets.
    Je n’en donnerai ni l’adresse, ni le nom. Juste un éleveur. Avec lui, j’ai traversé un immense hangar, totalement vide. Toutes ses volailles avaient crevé, et il m’expliquait simplement : « L’ordinateur a donné l’ordre de chauffer, comme s’il faisait froid. Automatiquement, les bêtes ont été étouffées. En six heures, les poulets étaient comme ébouillantés. – Y en avait combien ? je lui ai demandé. – Dix-sept mille. » C’était finalement un petit incident informatique. La faute à l’ « ordinateur ». Cette anecdote décrit bien, dans sa banalité, un système inhumain. Au sens propre : sans humain. J’insiste: un système. Un système. Un système né dans l’après-guerre. Un système qui a fait de l’élevage une industrie. Un système qui, aussi, je l’admets, a fait plonger le coût de la viande. Vous savez comment, dans ce système, on nomme vaches poules cochons ? Du « minerai ». Comme s’il s’agissait d’une matière aussi inerte, aussi insensible, que du charbon. Comme si, jusque dans le vocabulaire, il fallait le ramener l’animal à du minéral.

    C’est pourquoi votre texte de loi, Monsieur le ministre, cet article 13, pour moi, n’est pas seulement timide : il ne va pas dans le bon sens. Vous y parlez de quoi? Je vous cite : d’ « infractions de maltraitance animale », de « délit pour les personnes qui exploitent des établissements de transport d’animaux vivants ou des abattoirs, d’exercer ou laisser exercer des mauvais traitements envers les animaux », de renforcer les « sanctions encourues en cas de mauvais traitements sur les animaux ». Je refuse cette logique. C’est un système, je le répète, qui est maltraitant. Mais vous proposez, vous, de punir des individus déviants, des professionnels cruels, des agriculteurs, des camionneurs, des bouchers pervers. Sans doute existent-ils.
    Sans doute. Comme partout. Mais si peu. Le but, mon but en tout cas, n’est pas là : non pas sanctionner des dysfonctionnements, mais transformer un fonctionnement. Non pas dénoncer des personnes, mais réformer une industrie. C’est pourquoi, de mon éleveur qui a subi une panne informatique, je n’ai livré ni le nom ni l’adresse : était-il cruel ? Non, bien sûr que non. Je dirais presque malheureusement non : la cruauté, c’est un encore un rapport personnel à l’autre. Rien de personnel, là, tout d’impersonnel. Lui n’était qu’un rouage de cet immense système.

    C’est pourquoi, je le dis, je suis réservé quant à la vidéo dans les abattoirs : j’y vois la traque, toujours, du salarié méchant. Nous aurons le débat tout à l’heure et, en toute franchise, j’ignore encore en quel sens, en mon âme et conscience, je vais le trancher. C’est pourquoi, que des associations tournent des films dans un élevage en Bretagne, dans un abattoir du Sud, je le comprends : il faut des exemples pour marquer les esprits, il faut des scandales pour emporter l’opinion. Mais de ce système, on ne sortira pas par des accusations en série, par des procès à répétition.

    Repousser l’horreur

    Je propose quoi, alors ? Je reprendrai simplement une promesse du candidat Emmanuel Macron : la fin des poules pondeuses élevées en cages. Ca n’est qu’un début, je le sais bien. Pourquoi les poules en cages, et pas les poulets en batteries ?
    Et pourquoi pas les porcs ? Et pourquoi pas les vaches ? Parce qu’il faut bien commencer par un bout. Alors, dans les pas du candidat Macron, allons-y pour les poules. Car c’est sans doute le pire du pire, le plus cruel du système.

    Faut-il en rappeler le calvaire ? A l’éclosion, les poussins sont triés, les mâles sont éliminés, soit gazés, soit broyés. Les femelles sont alors enserrées dans des cages, sans pouvoir se percher, picorer, se baigner de poussière. L’angoisse est permanente, avec, du coup, des troubles du comportement, des mouvements stéréotypés, de l’agressivité, voire du cannibalisme. On leur coupe le bec, pour éviter qu’elles ne se blessent. Leurs os, trop fragiles, atrophiés, car sans exercice, se brisent. Notamment à leur départ pour l’abattoir, lorsqu’elles sont ramassées et entassées dans des caisses. Là-bas, sur place, c’est conscientes qu’elles sont suspendues à des crochets sur une chaîne automatique. Mais comment, ensuite, leur mort, une plongée dans un bain électrifié, comment cette mort n’apparaîtrait pas comme une libération ?

    Je ne dénonce pas, ici, qu’on tue pour manger. Omnivore, carnivore, l’homme l’est depuis la préhistoire. Je le suis également. Et c’est parce que je le suis, carnivore, justement, que je vous interpelle aujourd’hui. Parce que manger un steack, boire du lait, me faire cuire un oeuf, je souhaite le faire sans honte, sans la crainte d’avoir engendré, derrière, tortures et souffrances, sans devoir me fermer la conscience. Il faut mesurer le paradoxe sur le sujet. La tension qui traverse la société, qui me traverse, qui nous traverse. S’est développée, chez nous, en nous, une sensibilité, oui, pour les animaux, notamment domestiques. Et en même temps, jamais on ne les a aussi massivement, aussi industriellement maltraités.

    Alors, avec pareille contradiction, comment le système tient-il ? Grâce à notre lâcheté organisée : nous avons éloigné la mort de nos vies et de nos vues. Les cimetières sont repoussés à l’écart des villes, et les abattoirs avec. Nous avons trouvé mille intermédiaires qui répandent le sang pour nous, puis qui découpent, qui emballent, qui cellophanisent, qui frigorifient, qui packagent, qui marketinneguent. Assez pour qu’on puisse oublier. Assez pour que, à l’arrivée, ces tranches de jambon, dans notre assiette, on puisse les croire végétales, quasiment, cueillies dans un arbre. Mon voeu, c’est qu’on ne cache plus. Qu’on ne se le cache plus à nous-mêmes.
    Que, comme à Bruxelles, on remette l’abattoir au coeur de nos villes. Qu’on puisse y entrer, le visiter, qu’il appartienne à nos vies.

    Je ne dénonce pas, ici, je le disais, qu’on tue pour manger. Pour ces poules, leur mort que je m’attaque, mais à leur vie avant cette minute. A leur non-vie, plus exactement. Car auront-elles vécu, même une minute ? Auront-elles vu la lumière du soleil, la couleur de la terre ? Quand je me souviens des poules qui suivaient mon grand-oncle, dans sa cour de ferme, presque comme des animaux domestiques…
    On me répondra, on m’a déjà répondu : « Ca va coûter cher aux éleveurs. »
    Eh bien, payons ! Que l’Etat aide, oui, et massivement, et il faudra bien en mettre, des milliards sur la table, pour transformer notre agriculture, pour la tourner vers l’agro-écologie, pour la mener vers un mieux-être animal, qu’on ne confie pas l’avenir de nos terres, de notre alimentation, à la main invisible du marché, une main seulement soucieuse de mini-coûts et de maxi-profits. Et surtout, que ces éleveurs en soient payés, récompensés, qu’on leur garantisse un prix d’achat, que l’Etat pèse, et de tout son poids, pour eux face aux mastondontes de la grande distribution, qu’on les rassure, qu’on leur assure qu’ils n’auront pas à subir la concurrence libre et complètement faussée de fermes-usines ailleurs, de poules, mais de même pour les vaches, de même pour les cochons, gavés au doping et au dumping.

    Nature, animaux, Hommes : le continuum

    Mais on me répond autre chose, aussi, on m’accuse presque là : et les hommes ? et les salariés ? et les ouvriers ? Vous y pensez, à eux ? Comme si, soudainement, pour les animaux, je changeais de camp. Comme si, pour des poules, j’abandonnais l’humanisme, comme si je trahissais les travailleurs. Mais au contraire. Au contraire.
    C’est un continuum. Depuis le XIXe siècle, l’économie domine tout. C’est la nature, d’abord, qu’elle maltraite, l’eau l’air la terre, les forêts, le sol et le sous-sol, comme si les océans, les forêts, étaient inépuisables, infiniment renouvelables, éternellement polluables, comme si les arbres la faune la flore n’étaient pas vivants, juste de la matière à profits, comptant peu dans l’équation des bénéfices.

    Ce sont les animaux, ensuite, je l’ai dit, que cette économie maltraite, traite comme du « minerai ». Mais comment ne pas voir que, ensuite, ce sont les hommes qu’elle maltraite ? Les salariés ? Les ouvriers ? Qui deviennent à leur tour une matière à profits, qu’on prend et qu’on jette au gré des caprices de la finance, une finance qui jette les paysans du sud hors de leurs terres et les travailleurs du nord hors de leurs usines. La Nature. Les animaux. Les hommes. C’est un continuum. C’est une même bataille contre un même Léviathan. Un mec a dit, il y a environ deux mille ans, ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. Et même mieux, je dirais : ce que nous faisons aux plus petits d’entre les nôtres, c’est à nous que nous le faisons. C’est notre âme qui se tarit, qui s’assèche, qui se racornit. C’est notre tolérance à l’injustice, voire à l’horreur, qui s’accroît.

    source https://eglisesetecologies.com

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  • Un communiqué de presse récent me rappelle qu’à la marge des questions écologiques, il y a aussi celles du lien entre recherche scientifique et foi religieuse. Pas sûr que la « 3e conférence internationale sur l’origine de la vie et de l’univers » (rien que ça) ait vraiment clarifié les choses.

    Qui est l’organisateur de cette rencontre qui veut aussi « promouvoir le dialogue entre chrétiens et musulmans » (turcs en l’occurence) ?

     

    Il s’agit de la « Fondation de la recherche technique et scientifique (FRTS) » et celle « pour la préservation des valeurs nationales ». Tout un programme quand on sait que ces fondations sont turques et que la rencontre elle-même s’est déroulée dans un confortable hôtel stambouliote le 28 avril dernier.

    Qui s’est exprimé et au nom de qui ?

    Pas moins de … huit conférenciers » importants » venus des Etats-Unis, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie et de Turquie et qui, selon les organisateurs représentaient (à leur manière) les musulmans, les catholiques, les évangélistes, les mormons, les presbytériens. L’assistance, elle, était composée de près de 400… invités de tous ordres.

    Pour parler de quoi ?

    En fait, derrière le titre ronflant, il s’agissait de rassembler dans un joyeux « oecuménisme » d’a propos, des représentants des mouvements anti-darwiniens chrétiens et musulmans, autrement dit « créationnistes ». Car il s’agissait bien, de présenter « les preuves scientifiques de la création contre les prétentions creuses et fausses de la théorie de l’évolution. »

    Un petit mot sur la FRTS ?

    Elle se présente elle même ainsi : » Unique parmi les groupes créationnistes, la FRTS est la seule organisation islamique qui a fourni des preuves scientifiques réfutant le darwinisme et ses fausses affirmations d’évolution (rien de moins). La FRTS s’efforce également d’établir des relations cordiales entre les trois religions abrahamiques, à savoir l’Islam, le Christianisme et le Judaïsme. A cette fin, la FRTS accueille fréquemment des événements qui mettent en vedette des théologiens, des érudits, des intellectuels et des scientifiques chrétiens, juifs et d’autres croyances du monde entier. »

    On ne s’étonnera pas de retrouver dans cette « conférence internationale » Mr Adnan Oktar. Homme trouble et au parcours particulièrement complexe, multipliant les thèses complotistes et les liens en tous genre, c’est lui qui avait inondé, il y a quelques années, les rédactions (et les écoles, les bibliothèques bien d’autres lieux en France) avec son imposant « Atlas de la Création » qui dit contenir ces fameuses preuves anti-darwiniennes.Le ministère de l’Education avait du intervenir pour demander que le livre (de 720 pages, riches en photos couleurs etc.) soit retiré des bibliothèques. Un auteur prolixe, avec ses « 5000 conférences » au compteur un peu partout à travers le monde (chiffré non vérifié NDLR) et bien d’autres apparitions. On pourra s’interroger, avec intérêt journalistique, de l’origine des fonds qui permettent à ce monsieur d’organiser tout cela.

    A côté de lui des créationnistes occidentaux et des partisans de l’intelligent design ont participé à la rencontre, visiblement pas très troublés par l’originalité de leur hôte : le biochimiste évangélique et créationniste (d’origine musulmane) Fazale Rana, le théologien baptiste Ken Keathley de la Southeast Baptist Theological Seminary, très engagé contre la pensée « libérale » (en science et théologie), le physicien David Snoke partisan de l’apologétique du dessein intelligent, et professeur à l’Université de Pittsburgh au Département de Physique et d’Astronomie.

    Plus difficile d’expliquer la présence du philosophe autrichien, de formation phénoménologue et bon connaisseur d’Heidegger, Hans Köchler, professeur de philosophie à la retraite à l’Université d’Innsbruck, en Autriche, si ce n’est au nom de sa présidence de l’International Progress Organization qui oeuvre pour le dialogue entre les civilisations de longue date. Etait aussi présent le sociologue italien Fabrizio Fratus, antidarwinien revendiqué, militant antipornographique et nationaliste assumé (cf. sa conférence commune récemment avec une certaine… Marine LP)

    Un joyeux mélange donc d’intervenants qui se sont retrouvés autour d’un bon repas pour continuer à discuter sur leur vision (si particulière) du monde. Et je suis presque sûr qu’ils n’ont pas parlé une fois d’écologie… Tant mieux peut être.

    DL

    source https://eglisesetecologies.com

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  • Le 7 mai, au cimetière du Mont des Oliviers. (CNS/Jaclyn Lippelmann, Catholic Standar

     » Garder la Création de Dieu aussi belle qu’à l’origine ». C’est avec ces mots que le cardinal américain Donald Wuerl a inauguré et béni un nouveau projet de cimetière catholique comprenant un ensemble d’infrastructures plus proches de la nature.

    Le projet est né d’un accord signé entre l’archidiocèse de Washington et l’ONG Nature Conservancy, qui agit notamment sur les questions de conservation des terres et des ressources en eau. Le cimetière du Mont des Oliviers, qui est au nord est de la capitale fédérale américaine, entre ainsi dans une dynamique de réduction des polluants par exemple. Cela passera notamment par la mise en place d’un jardin de rétention biologique des eaux de pluie. Évitant ainsi tous les effets pervers des surfaces imperméabilisés (goudron, béton) qui ont tendance à concentrer les polluants dans les eaux récoltées au moment, par exemple, de fortes pluies d’orages. Ce bassin de rétention va permettre de préserver la qualité des eaux du fleuve Anacostia et de la baie de Chesapeake. Un fleuve qui en a grandement besoin, étant un des dix fleuves les plus pollués du pays. 

    En améliorant ainsi l’empreinte environnementale de ce cimetière catholique, le cardinal Wuerl a souligné que de tels espaces ont aussi un rôle positif à jouer dans l’espace commun des villes, outre leur dimension sacrée de repos des défunts. « Nous devons pousser les catholiques et les autres personnes à se rappeler de leur responsabilité dans la protection de l’environnement, a souligné Mark Tercek, le directeur de l’ONG, en rappelant l’effet moteur de la publication de l’encyclique Laudato si pour de telles coopérations. Ce projet est aussi le premier dans le pays qui propose un crédit « rétention d’eau », permettant à des acteurs privés de mieux gérer leurs besoins dans ce domaine de la gestion des eaux de pluie. Par ailleurs, ce cimetière, vieux de 160 ans, va aussi accueillir bientôt 150 nouveaux arbres ainsi qu’un jardin pollinisateur, pour soutenir la biodiversité des insectes de cette région.

    Source : Art. de Richard Szczepanowski, Catholic News Service

    source https://eglisesetecologies.com

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  • ✨ C'est le temps de célébrer le JOUR DE LA TERRE ! 
    22 avril 2018
     

    Terriens & terriennes, c'est le temps de vous souhaiter : 

    Bon Jour de la Terre !!!

    Chacun, et tous ensemble, levons notre chapeau à la Terre :
    chaque action est une célébration !


     JE VEUX M'IMPLIQUER AUJOURD'HUI 
    (Plus de 200 activités partout au Québec)

     


     
     
     
     
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