• Le Baiser de Judas

    Le masque de Carey

    Le Baiser de Judas, Arcabas, 2003

    Le Baiser de Judas de l’artiste Arcabas montre une forme de violence subtile et sournoise. Cette peinture illustre cette violence cauteleuse propre à nos insécurités humaines. Ce tableau fait partie d’un polyptyque s’intitulant Passion-Résurrection dans lequel Le Baiser de Judas est jumelé au tableau Les trente deniers.

    Une trahison biblique

    Alors que la trahison de Judas est présentée dans les quatre évangiles (Mt 26,49 ; Mc 14,45 ; Lc 22,47 et Jn 18,5), seuls les évangiles synoptiques mentionnent le baiser. En Jean, Judas est celui qui le livre parmi la cohorte de gardes et de grands prêtres, mais aucune mention de baiser. À première vue, cette peinture est inspirée des évangiles synoptiques. Toutefois, les flambeaux à proximité laissent, à mon sens, percevoir le compte-rendu de Jean et invoquent que Judas fait partie du groupe qui vient l’arrêter ; il n’était ni au-devant (Luc) ni extérieur à ce groupe (Mt et Mc). La trahison de Judas n’est donc pas limitée à la livraison, mais inclut son arrestation et surtout, son changement d’appartenance. Judas a plus que cédé au mal, il l’a embrassé.

    Le Baiser de Judas et Les trente deniers

    Un regard en voie de perdition

    Le visage de Judas est déformé principalement au niveau oculaire voulant que son regard soit sa voie de perdition. Deux observations sont mutuellement possibles. Peut-être ne sait-il plus reconnaître le Christ en Jésus ? Peut-être ne voit-il que sa rançon en Jésus ? Sa vision troublée lui fait perdre sa nature d’homme comme le démontre la position déformée de ses yeux.

    Un baiser qui mord

    Revenons à ce baiser incommensurable. La toile le dépeint comme une morsure arrachée du visage de Jésus où pénètre la couleur noire. En effet, Judas et Jésus, au-delà de son auréole, sont entourés de bleu. D’abord, plus clair et devenant noir autour de Jésus et principalement à l’endroit du baiser. L’artiste veut-il nous montrer que cette petite faiblesse humaine va tourner au calvaire pour Jésus ? De ce nuage bleu, une petite tache se disperse vers le dos de Jésus. En regardant la toile dans son ensemble, on peut la percevoir comme un couteau dans le dos entérinant le caractère traître du baiser.

    Un regard franc

    Le visage de Jésus est blême, mais ses pommettes et ses traits lui donnent une disposition sereine. Cela représente le caractère connu ou ressenti de la suite des choses, mais serait-ce aussi une attitude face au mal ? Parfois le meilleur remède au mal n’est pas la violence. Non pas qu’il faille abandonner de nous défendre, mais plutôt savoir aussi reconnaître la douleur de l’agresseur et la laisser œuvrer. D’ailleurs, le regard grand et franc de Jésus sur Judas porte à croire que sa douleur est plus grande face au désarroi de son ami qu’aux événements à venir ; Judas semble soudainement réaliser la portée de son geste.

    En somme, Arcabas propose une illustration biblique contemporaine qui invite à entrer dans le fait historique et à le dépasser à notre manière aujourd’hui.

    Jimmy Carbonneau

    SOURCE WWW.INTERBIBLE.ORG

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  • Matthieu est l’évangile qui a été le plus commenté de l’histoire de l’Église. Il est aussi l’évangile qui fait le plus de liens avec les textes de l’Ancien Testament. L’Emmanuel, le Dieu-avec-nous, introduit (1,23) et clôt (28,16-20) ce récit qui décrit comment Dieu se rend proche des siens en Jésus. Cette leçon vous invite à mieux comprendre ce texte pour vous donner le goût de le lire par vous-même.

    source: Leçon 4 - Évangile selon Matthieu from Office de catéchèse du Québec on Vimeo.

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  • Trahir Jésus : les anciens, Judas et nous

    Le Baiser de Judas, de Giotto di Bondone.

    Le Baiser de Judas, de Giotto di Bondone

    La trahison de Judas : Matthieu 26, 14 - 27, 66
    Autres lectures : Isaïe 50, 4-7; Psaume 21(22); Philippiens 2, 6-11

     

    Cette très longue lecture tirée de l’Évangile selon Matthieu couvre un total de 128 versets et semble comporter plusieurs répétitions. Or ces redoublements de thèmes ne sont pas fortuits, car l’auteur de ce texte a consciencieusement élaboré une structure concentrique de type A / B / C / B’ / A’ qui nous pousse à réfléchir sur les raisons de la condamnation de Jésus et sur notre propre attitude face à sa mort déconcertante. Cette structure relie d’abord la comparution de Jésus devant Caïphe (section A) à la comparution devant Pilate (section A’). Elle associe ensuite deux trahisons : celle de Pierre (section B) et celle de Judas (section B’). Et met finalement en évidence le rôle central joué par les grands prêtres et les anciens du peuple dans la condamnation à mort de Jésus (section centrale C).

    Rejeté par toutes les autorités humaines

         Cette structure commence donc avec la comparution de Jésus devant le grand prêtre (Mt 26,57-66) et se termine avec celle devant Pilate (Mt 27,11-31). Ces deux épisodes comportent de nombreux éléments en commun. Dans les deux cas, Jésus est faussement accusé (Mt 26,59-61; 27,12) et il se tait (Mt 26,63; 27,12.14). Les deux figures d’autorité que sont Caïphe et Pilate lui demandent s’il est le messie en mettant l’accent sur l’aspect de la messianité qui les préoccupe le plus. Le grand prêtre, représentant de l’autorité religieuse, cherche à savoir si Jésus est le Christ, le Fils de Dieu (Mt 26,63), alors que le gouverneur romain, représentant de l’autorité politique, tente de voir si Jésus est le roi des Juifs (Mt 27,11). Dans les deux cas, Jésus retourne son interlocuteur à lui-même : C’est toi qui l’as dit (Mt 26,64) ou c’est toi qui le dis (Mt 27,11). Dans les deux parties, la situation se termine aussi de la même manière : Jésus est condamné à mort (Mt 26,66; 27,26), on crache sur lui (Mt 26,67; 27,30), on se moque de lui (Mt 26,68; 27,27-30) et on le frappe (Mt 26,67; 27,30). Il est important de noter que ceux qui l’outragent ainsi sont les subalternes de Caïphe et Pilate, à savoir, respectivement, tout le Sanhédrin et toute la cohorte des soldats du gouverneur. Ils le font aussi en se moquant de l’aspect de la messianité de Jésus qu’ils craignent : les prêtres raillent le Christ prophète (Mt 26,68), alors que les soldats bafouent le roi des Juifs (Mt 27,28-29).

         Ces deux sections parallèles démontrent que Jésus est rejeté à la fois par les autorités religieuses et politiques de son époque. Elles soulignent aussi le rôle majeur joué par les scribes, les grands prêtres et les anciens (Mt 26,57.59; 27,12.20). Ce sont eux qui interviennent afin de faire condamner Jésus par la figure d’autorité. Il s’agit cependant d’une décision collective : ils dirent : il est passible de mort (Mt 26,66); ils disent tous : qu’il soit crucifié (Mt 27,23).

    Trahis par deux de ses apôtres

         Les deux comparutions de Jésus encadrent deux trahisons de ses disciples. Nous avons d’abord la trahison de Pierre (Mt 26,69-75), puis celle de Judas (Mt 27,3-10). Ces deux apôtres ont failli à leur maître : Pierre, en reniant Jésus; et Judas, en le livrant. Les deux disciples quittent le lieu de leur trahison : Pierre sort dehors (Mt 26,75) et Judas se retire (Mt 27,5); et les deux regrettent fortement leur action, mais ne réagissent cependant pas de la même manière. Pierre pleure amèrement (Mt 26,75), mais Judas se pend (Mt 27,5). C’est un des très rares cas de suicide dans la Bible. Outre les nombreuses morts héroïques des deux livres des Maccabées, très peu de personnages de la Bible s’enlèvent la vie (voir Abimélek en Jg 9,52-54; Samson en Jg 16,23-30, Saül et son écuyer en 1 S 31,1-6 et 1 Ch 10,1-5 et Zimri en 1 R 16,15-18).

         Plusieurs lecteurs pourraient affirmer que les gestes de Judas sont plus nobles que ceux de Pierre. En effet, Judas semble aller au bout de ses convictions. Il ne fait pas que pleurer Jésus; il va jusqu’à s’enlever la vie. On peut aussi remarquer que Pierre ne fait que s’éloigner de Jésus en le reniant à trois reprises alors que Judas tente de se rapprocher de lui en essayant de le sauver. Judas se repenti (Mt 27,3), ce qui n’est pas mentionné dans le texte de Matthieu pour Pierre.

         En sens contraire, on pourrait considérer que Pierre est un meilleur modèle à suivre, car il ne cède pas au désespoir comme c’est le cas pour Judas. Il pleure amèrement, certes, mais il ne va pas jusqu’à s’enlever la vie. On sait évidemment, par un autre passage de l’évangile de Matthieu, et par l’histoire, qu’un grand destin attend Pierre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église (Mt 16,18). Pierre, bien qu’il regrette son geste et qu’il pleure amèrement, ne ferme pas la porte à l’action possible de Dieu dans le futur, alors que la réaction de Judas met un terme à toute issue potentielle. Il existe un autre élément du texte qui différencie la conduite de Pierre de celle de Judas : contrairement à Judas, Pierre se souvient d’une parole de Jésus (voir Mt 26,34-35). Judas reconnait que Jésus était un juste, mais Pierre va plus loin : il se remémore l’enseignement de Jésus. Judas fait lui aussi un retour vers le passé. Voyant que Jésus a été condamné, il rapporte les trente pièces d’argent que lui avaient remises les grands prêtres. Mais comprenant que les grands prêtres ne sont pas intéressés à discriminer Jésus et qu’ils le renvoient à lui-même, Judas perd tout espoir. Il ne voit aucune issue possible, se défait des pièces ignoblement gagnés et va se pendre. Pierre, quant à lui, revient sur un passé qui va éventuellement le porter dans le futur. En se souvenant de la parole de Jésus, il ne fait pas, comme Judas, que reconnaître que Jésus était un simple juste; il se souvient de l’enseignement de Jésus. Pour Judas tout est terminé avec la condamnation à mort de Jésus, alors que pour Pierre, ce retour aux dires de Jésus sera une source de réalisations futures.

         Cette opposition entre Pierre et Judas n’est pas fortuite. En fonctionnant ainsi, l’évangile de Matthieu place le lecteur dans une situation de questionnement. Moi, comment est-ce que je réagis face à l’échec apparent de Jésus? Comment est-ce que je réponds quand j’ai l’impression que la mission de Jésus a échoué? Jésus a apporté un message d’amour, de solidarité, de salut, de dignité et d’espoir. Mais lorsqu’on regarde notre monde aujourd’hui, 2000 ans plus tard, on peut avoir l’impression que ce message n’a pas été reçu. Est-ce que, comme Judas, je baisse les bras et me laisse aller au désespoir? Ou bien, comme Pierre, je reconnais ma faiblesse et mes manquements, les regrette amèrement, mais garde la porte ouverte pour l’action de Dieu? Notre réaction face à la mort de Jésus va dans le même sens. Considérons-nous qu’il est simplement mort ignominieusement sur la croix ou sommes-nous profondément touchés par cette mort humiliante, mais demeurons ouverts à l’action de Dieu … et à la résurrection?

    Condamné par les anciens

         Finalement, entre les deux trahisons de Jésus, se trouvent deux versets où est établie la responsabilité des grands prêtres et des anciens du peuple dans la condamnation à mort de Jésus (Mt 27,1-2). Toute cette grande structure qui lie les deux comparutions et les deux trahisons de Jésus se focalise sur ce point. Ce sont eux, les leaders du peuple, qui connaissent les Écritures sur le bout de leurs doigts, qui auraient dû reconnaître la véritable identité de Jésus. Ils auraient dû comprendre, avec leur sagesse, leur expérience et à la lumière des textes de l’Ancien Testament, que le messie ne devait pas être un prestigieux membre de la classe sacerdotale, ni un puissant guerrier, mais que c’était cet humble prédicateur itinérant, galiléen et fils de charpentier.

     Francis Daoust

     Source : Le Feuillet biblique, no 2528. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

     source http://www.interbible.org

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  • Aux lueurs pascales

    La Résurrection de San Francesco al Prato, par Le Pérugin,

    La Résurrection de San Francesco al Prato,
    par Le Pérugin, vers 1499,
    Pinacothèque vaticane, Rome (Italie) 

    Le tombeau vide : Jean 20, 1-9
    Autres lectures : Actes 10, 34.37-43; Psaume 117(118); Colossiens 3, 1-4 ou 1 Corinthiens 5, 6-8

     

    Parce qu’elle cherche à lier les fidèles toujours plus étroitement à son Seigneur, la liturgie de l’Église est sensible à la « vérité du temps ». Cette sensibilité se manifeste notamment dans le choix des textes de l’Écriture qu’elle fait entendre aux fidèles selon les fêtes du calendrier liturgique et même selon les heures de célébration d’une même fête 1. Ainsi, en ce dimanche matin de Pâques, c’est aux toutes premières lueurs pascales que la liturgie nous convie par son choix d’évangile, histoire de nous faire ressentir – en temps réel – l’expérience et les réactions des premiers disciples ayant trouvé, de grand matin, le tombeau de Jésus ouvert et vide. Il faudra attendre les autres messes du temps pascal pour faire, à travers l’évangile proclamé, la rencontre du Ressuscité. Pour l’instant, nous restons, comme ces disciples, devant le signe équivoque du tombeau vide…

    Vision originale du mystère pascal selon Jean

        Quelle que soit l’année liturgique en cours, c’est l’Évangile selon Jean que nous entendons à la messe du matin de Pâques. Jean a sa vision bien personnelle et très originale du mystère pascal qui mérite de s’y attarder. Tout l’évangile de Jean tend vers l’heure de Jésus et tout y culmine ! Dans la première partie de son évangile (les 12 premiers chapitres), cette heure n’est pas encore venue. Lorsque Jésus entre avec ses disciples dans la nuit de la dernière cène, il sait que son heure est venue (à partir de Jn 13,1). Cette heure de Jésus, c’est l’heure de passer de ce monde au Père et, pour Jean, ce passage se fait précisément sur le calvaire. Le calvaire est le lieu de son élévation. Jean joue sur le double sens du verbe grec qu’on traduit par éléver 2 : sur le calvaire Jésus sera élevé (c’est-à-dire, hissé) sur la croix, mais il sera surtout élevé dans la gloire du Père (glorifié). Pour Jean tout est achevé à la croix, la croix étant l’instrument de gloire – non pas de mort – qui lui permet de retourner vers le Père. Relisez le choix des mots de Jean (Jn 19,30) pour décrire le moment où Jésus trépasse :   

    Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

        Jésus ne meurt pas sur la croix, il remet l’Esprit… Au calvaire, tout est déjà là symboliquement : sa mort, sa résurrection (élévation) et la remise de l’Esprit, fruit de son retour au Père (Jn 16,7). Il ne reste qu’à déployer les conséquences de la résurrection sur les disciples, ce à quoi s’affaireront les récits de résurrection qui s’ouvrent ici par la découverte étonnante de Marie.

    Marie Madeleine

        Le premier jour de la semaine, avant même le lever du jour, Marie se rend au tombeau de Jésus. Contrairement aux recensions des autres évangélistes, elle n’est accompagnée d’aucune autre femme3. C’est l’amour seul et sa dévotion pour celui qu’elle aime qui la pousse, et non l’obligation des rites d’embaumement du corps4 qui, selon la version de Jean de la passion de Jésus, ont déjà été accomplis le jour même de sa mort par Joseph d’Arimathie et Nicodème. Autre détail signifiant qui se démarque des autres évangélistes : « c’était encore les ténèbres » lorsque Marie entreprend son cheminement vers le tombeau vide. Ces ténèbres sont plus symboliques que physiques. Il faut entendre : elle est encore dans la nuit, tant que ne s’est pas levée, en son cœur, la lumière de la foi en la résurrection de Jésus. À preuve, à la seule vue de la pierre roulée, sans même un regard jeté à l’intérieur du sépulcre, elle conclut à un enlèvement du corps de son maître. C’est fort de cette conviction qu’elle court vers l’Église, représentée par Simon-Pierre et l’autre disciple.

    Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait

        La scène suivante voit l’entrée en scène d’une dualité entre deux protagonistes, Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait, appelé aussi l’autre disciple ; dualité que l’évangéliste Jean entretiendra au fil des récits de la passion et de la résurrection de Jésus. Sans les opposer l’un à l’autre, il est cependant clair que le narrateur de l’évangile - tout en respectant la primauté de Simon-Pierre reconnue depuis toujours par l’Église en raison d’un choix exprès de Jésus - a un parti-pris en faveur du second 5et induit le lecteur à voir en lui un modèle supérieur de foi, plus profondément ancré dans l’amour du Maître. Rappelons que c’est de ce disciple qu’il est dit qu’il « reposa la tête sur la poitrine de Jésus », lors de son dernier repas pris avec ses disciples (Jn 13,25). Loin d’être un détail sentimental, ce contact physique, du cœur du Maître à la tête du disciple, suggérerait l’acte d’une transmission profonde du mystère de Jésus à son disciple appelé à devenir le témoin privilégié (Jn 21,24).

        La course au tombeau est évidemment gagnée par le disciple bien-aimé, mû par la profondeur de sa communion à Jésus. Cependant, respectant la primauté du ministère ecclésial de Simon-Pierre, il laisse ce dernier entrer le premier au sépulcre. La description détaillée de la disposition des linges mortuaires intrigue et suggère que personne n’a pu bougé ces linges en essayant d’en extirper le corps pour l’enlever, ne laissant qu’une possibilité : le corps de Jésus s’en est mystérieusement extirpé de lui-même.

    Il vit, et il crut

        Les récits parallèles de la découverte du tombeau vide dans les autres évangiles font intervenir un ou des anges qui interprètent pour nous le signe avant même les apparitions du Ressuscité. La sobriété de la version de Jean laisse au contraire la place au mystère, laisse à chaque disciple – de chaque génération - le soin d’interpréter ce signe équivoque du tombeau déserté. Rien n’est dit pour l’instant de l’interprétation qu’en fera Simon-Pierre. Le cheminement de foi de Marie Madeleine nous sera dévoilé par la suite du récit. Mais en ce dimanche matin de Pâques, c’est celui qui reposa la tête sur la poitrine de Jésus qui nous est proposé comme modèle de foi.

    1 Si une messe du dimanche de Pâques est célébrée en soirée, toujours pour respecter la vérité du temps, c’est l’évangile des disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35) qui sera proclamé, car, selon l’évangile de Luc, cette rencontre du Ressuscité sur la route d’Emmaüs a eu lieu le soir même de la résurrection de Jésus.
    2 Le double sens du mot fonctionne en grec comme en français.
    3Le « nous » du verset 2 qu’elle emploie pour dire à Pierre et à l’autre disciple qu’elle ignore l’emplacement du corps de Jésus, est sûrement une trace d’un état plus ancien du récit qui comportait plusieurs femmes ; ce qui concorderait avec les recensions synoptiques de la découverte du tombeau vide.
    4 Comparez à Mc 16,1 ou à Lc 24,1
    5 Tous voient dans ce disciple anonyme l’évangéliste lui-même, le témoin source du 4e évangile.

     Patrice Bergeron, ptre

     Source : Le Feuillet biblique, no 2529. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source www.interbible.org

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  • La mort-résurrection de Jésus :

    l’écologie au cœur du salut

    Le masque de Carey

    La crucifixion selon William Xerra

    Cette œuvre picturale est une réalisation de l’italien William Xerra spécialisé en architecture, design, art pictural et sculpture. Le Christ y semble avoir été dessiné sur une image de la nature, particulièrement sur un arbre. Cette représentation de la crucifixion semble assez originale et met en relation la mort-résurrection de Jésus. Plusieurs analogies avec les Écritures peuvent être faites à partir de cette œuvre. Je vous propose une interprétation de celle-ci comme illustration de la rédemption et du renouvellement de la création.

    La croix comme arbre de la vie

    L’arbre mis en évidence semble être au cœur de la nature et me rappelle « l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Gn 2,9) C’est de cet arbre en Eden que la mort est entrée dans le monde. D’un autre côté, la représentation par W. Xerra de Jésus sur un arbre feuillu en plein cœur de la nature signifie, selon moi, que par sa crucifixion, la mort est vaincue et la vie éternelle est donnée. On peut de ce fait associer Jésus à ce nouvel arbre de vie, au nouvel Adam comme le souligne saint Paul :

    Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. (1 Co 20,23)

    Le renouvellement de la création

    Aussi, nous pouvons dire que cette œuvre met en évidence le renouvellement de la création. En effet, la création n’est pas à exclure de la rédemption dont le Christ est, lui, l’agent. Dieu ne nous sauve pas sans rien, il le fait à partir de quelque chose, à partir du bois de la croix qui fait partie de sa propre création.

    À sa manifestation glorieuse, au cœur de la création renouvelée, « le loup séjournera avec l’agneau […] le veau et le lionceau pâtureront ensemble, et un petit garçon les conduira […] on ne commettra plus le mal ni perversité sur toute la montagne sainte, car la connaissance de Yahvé remplira la terre comme les eaux recouvrent la mer. » (Is 11,6-9)

    La mort-résurrection de Jésus représentée par W. Xerra peut donc nous interpeller sur notre rapport avec la création, sur l’Écologie humaine et l’Écologie globale. À ce sujet, Albert Rouet écrit : « Pleinement homme, [le Christ] est né de l’humus de la terre et de la matière du cosmos. Pleinement Dieu ; il proclame la place centrale du monde matériel dans l’économie de la rédemption. En assumant notre condition humaine, il a accepté définitivement le Salut de la création, fondé la relation de Dieu au monde et proclamé la bonté de la création [1]. »

    Tree of Life

    Le lien entre la croix et un arbre se retrouve dans d’autres œuvres. Cette représentation contemporaine de la mort-résurrection par l’américain Lawrence Klimecki le montre bien. Elle est intitulée Tree of Life et l’artiste la décrit par les propos du pape Benoît XVI : « Indeed, the cure for death does exist. Christ is the tree of life, once more within our reach. If we remain close to him, then we have life [2]. » Le crâne et les ronces au pied de l’arbre de la vie sur lequel le Christ est triomphant illustrent bien la victoire de la vie (résurrection) sur la mort (crucifixion). L’humanité en proie à « la violence » et à « la souffrance » peut trouver un sens en Jésus. Il est l’Arbre de vie par qui toute « la création » est renouvelée, qui procure « la joie » ainsi que « la rencontre avec Dieu ».

    [1] Albert Rouet, L’Eucharistie et l’humanité, Québec, Anne Sigier, 2008, p. 176.

    [2] « En effet, le remède pour la mort existe. Christ est l’arbre de vie, de nouveau à notre portée. Si nous restons proches de lui, nous aurons la vie. »

    Leandre Syrieix

    source http://www.interbible.org

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  • Heureux de croire sans le voir encore

    Jésus apparaît aux disiciples, aquarelle de William Hole

    Jésus apparaît aux disciples, aquarelle de William Hole

    Jésus apparaît à ses disciples : Jean 20, 19-31
    Autres lectures : Actes 2, 42-47; Psaume 117(118); 1 Pierre 1, 3-9 

    Le texte de ce dimanche de Pâques présente les extraits de l'Évangile selon Jean relatifs aux apparitions de Jésus à ses disciples (20,19-23) et à Thomas (20,24-29), récits suivis d'une conclusion rapportant le but de l'évangéliste (20,30-31).

    L'apparition de Jésus à ses disciples (20,19-23)

         La scène se déroule dans une maison dont les portes sont verrouillées, le soir du premier jour de la semaine, c'est-à-dire le dimanche, jour du rassemblement liturgique des premiers chrétiens, temps privilégié pour réactualiser la fraction du pain. Les disciples, soit les Onze, vivent dans la peur et l'enfermement par crainte des autorités juives (Jn 1,19; 9,22; 12,42; 16,2). Or, c'est dans ce milieu clos que surgit Jésus. Paix à vous! (Shalom) leur dit-il (v. 19). La paix qu'il leur souhaite a pour but de les réconforter et de les rassurer dans l'état d'angoisse où ils se trouvent (voir Jn 16,33ab). Ce Shalom, salut ordinaire des Juifs (Jg 19,20; 2 S 18,28), n'est pas seulement un souhait de courtoisie qui équivaut pour ceux qui l'entendent à une possibilité, à une éventualité, mais un don accordé par Dieu lui-même comme dans la prophétie (Is 40,9) ou dans l'Évangile (Mc 1,15; Jn 14,27). En parlant, Jésus montre les traces de la crucifixion sur ses mains et sur son côté (v. 20a). En agissant ainsi, Jésus désire affermir la foi de ses apôtres, se faire reconnaître pour celui qui a souffert et qui a été crucifié, et pour celui qui est à jamais avec eux (He 2,18). Lui qui vient de faire l'expérience de la mort se révèle ici maître de la vie. Certes, la présence physique ordinaire de  Jésus a pris fin. Cependant, celui qui est là au milieu d'eux est leur maître Jésus exalté, c'est-à-dire la même personne qu'ils ont connue et aimée, mais désormais transfigurée par la résurrection. Jusque-là craintifs, les disciples sont comblés de joie (v. 20b). Ils ont maintenant la certitude que Jésus est vivant. Ainsi s'accomplit pour la première fois, la promesse que Jésus leur a faite avant sa mort, en leur annonçant que la joie suivra de près la douleur (Jn 16,33).

    La mission de rendre Dieu présent dans le monde

         L'apparition du Ressuscité n'est pas une fin en soi. Elle débouche sur une mission. Au v. 21, Jésus répète le salut pour en marquer la haute signification. Ici, le souhait de paix du Ressuscité est un bien spirituel, un don intérieur qui est relié à la mission des apôtres et au don de l'Esprit. Le mandat conféré aux disciples par le Ressuscité s'enracine dans la mission que le Père a confiée à Jésus selon le vocabulaire usuel de Jean (13,20; 17,17-19), mission qui correspond à leur investiture comme prédicateurs et témoins en Matthieu 28,19-20 et Luc 24,47-48. Les disciples devront rendre présente dans le monde l'œuvre de salut accomplie par Jésus lors de son séjour terrestre. Le souffle de Jésus et le don de l'Esprit (v. 22) évoquent divers passages bibliques. À l'instar de Dieu qui a insufflé son esprit de vie sur Adam (Gn 2,7; Sg 15,11), à l'instar de l'Esprit qui est descendu sur Jésus (Jn 1,33-34), le Christ ressuscité insuffle la puissance de l'Esprit sur les apôtres (Jn 14,26), puissance de salut que les disciples manifesteront désormais en communion avec Jésus (Jn 15,26-27; 17,17.19). Le Seigneur Jésus les crée donc à nouveau et leur confie la responsabilité de rendre Dieu présent dans le monde. À l'écoute de leur témoignage, les hommes croiront ou se scandaliseront. Comme Dieu, puis comme son envoyé Jésus, les apôtres peuvent remettre ou retenir les péchés (v. 23) par le baptême auquel conduit la prédication. L'Esprit les relie tellement étroitement à Dieu, que lorsqu'ils pardonnent aux hommes ou maintiennent leurs péchés, c'est Dieu qui, par eux,  absout et retient les péchés.

    L'apparition de Jésus à Thomas (20,24-29) 

         Thomas, l'un des Douze, est absent  lors de la venue de Jésus. Il est sur la pente de l'incrédulité. Il refuse de croire à la résurrection de Jésus sur la parole des autres disciples. Il veut vérifier par lui-même. Il veut comme eux expérimenter la présence du Ressuscité, d'un « voir » qui devienne un toucher sensible. Il exige des preuves palpables pour confesser sa foi en Jésus ressuscité (vv. 24-25). Le dimanche suivant, (la répétition de cette journée valide la pratique cultuelle des chrétiens le  premier jour de la semaine), Jésus apparaît une deuxième fois à ses disciples qui sont à nouveau réunis dans la maison. Cette fois-ci, Thomas est présent. Le v. 26 décrit cette seconde venue de Jésus dans les mêmes termes que la première (v. 26). Au v. 27, Jésus accorde à Thomas l'expérience sensible qu'il exigeait et lui adresse une invitation à croire. Or, sans qu'il soit dit que Thomas ait touché les plaies, Thomas croit maintenant parce qu'il a vu Jésus vivant, qu'il l'a entendu et qu'il a reçu de lui la leçon dont il avait besoin par le biais de sa parole Cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi (v. 27b). Ici, l'incroyance de Thomas est fortement soulignée, puisqu'elle s'exprime quasiment dans les mêmes termes qu'en 4,48 : Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais. La foi retrouvée de Thomas l'incroyant va au-delà de celle des disciples. Il confesse que Jésus ressuscité est pour lui Seigneur et Dieu (v. 28). Parmi tous les titres de Jésus qui se sont déclinés entre le premier chapitre Et le Verbe était Dieu (1,1) et celui-ci, nous arrivons à un sommet que les définitions dogmatiques ultérieures ne dépasseront pas. À la déclaration de Thomas, Jésus lui dit :  Parce que tu m'as vu, tu as cru; bienheureux ceux qui croient sans avoir vu! (v. 29). Cette béatitude constitue une conclusion de tout l'évangile et une reprise d'un thème majeur du judaïsme : entre le voir et le croire, le spectacle et l'écoute, la monstration et la parole, c'est le second terme qui constitue la condition normale et idéale du croyant. Par ces paroles, Jésus proclame heureux les croyants, non seulement ceux du 1er siècle, mais aussi ceux des âges à venir, qui doivent croire à travers le témoignage de l'Église qui transmet la tradition des premiers disciples. Telle est la leçon que donne le Ressuscité sur la « tradition » dans laquelle nous naissons à la foi, leçon aussi sur l'impossibilité de demander des démonstrations personnelles pour croire.

    L'épilogue (20, 30-31)

         Dans la conclusion de son évangile, Jean donne deux précisions importantes. Il reconnaît avoir volontairement fait une sélection dans les faits concernant Jésus et il souligne la richesse inépuisable de son sujet (v. 30). L'incrédulité de Thomas lui permet de réaliser divers objectifs. D'abord, celui d'instruire les chrétiens de sa communauté en leur révélant le sens profond des faits et des enseignemnents de Jésus. Puis, celui de conforter ses disciples qui sont aux prises avec les objections des Juifs, que Jésus est vraiment le Messie promis par les Écritures et Fils de Dieu, afin qu'en demeurant dans la foi, ils aient la vie éternelle (v. 31).

    Que retenir? 

         Dans le récit de l'apparition à Thomas, ce compagnon de Jésus symbolise tous les disciples qui ont hésité avant de croire à la résurrection de Jésus (Mt 28,17; Mc 16,11-14; Lc 24,11). À l'instar des destinataires de l'évangéliste à la fin du 1er siècle qui n'ont pas « vu » le Ressuscité, les lecteurs d'aujourd'hui doivent lire ce texte comme un récit qui leur est adressé, car eux aussi ne verront pas le Ressuscité à la différence des disciples privilégiés. 

         En ce XXIe siècle, est-il possible de croire, puisqu'on ne peut plus voir? Sur quoi la foi peut-elle s'appuyer? Pour nous, les lecteurs qui vivons dans le temps de l'absence physique du Christ, le livre est là, disponible pour que, de la rencontre entre nous et le livre, naisse la Vie par la foi en Jésus, Messie et Fils de Dieu. Néanmoins, en tant que destinataires de l'évangile, nous devons accepter par avance les lectures de demain et d'après-demain qui peut-être condamneront ce qui a été dit ici, mais qui confirmeront en tout cas que nous sommes devant un texte toujours ouvert, qui nous offre sans cesse de nouvelles perspectives. 

    Béatrice Bérubé, bibliste

     Source : Le Feuillet biblique, no 2529. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

    source http://www.interbible.org

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  • Vivre

    Anastasis

    Fresque de la résurection (anastasis)
    où le Vivant attire à lui Adam et Ève
    église byzantine Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul
    (photo : Wikipedia)

    Hébreu : Hâyâh Grec : zaô

    Ah la vie! Parfois si belle, parfois si injuste. Comme l’unique alternative à la vie est de mourir, le mieux est de trouver la meilleure façon de la vivre. Regardons comment la Bible nous présente la vie, don de Dieu et symbole de la résurrection à venir. 

    La vie, don de Dieu

    Dans la Bible, Dieu est l’auteur de la vie en créant tout être dans le ciel et sur la terre. Il est le vivant par excellence. Vivre devant Dieu, en sa présence, c’est avoir sa bénédiction durant le cours de sa vie (Gn 17,18). Une longue vie est signe de cette bénédiction. Les humains sont appelés à choisir la vie afin de vivre (Dt 30,19) en acceptant l’alliance offerte par Dieu. La relation avec Dieu est en lien direct avec la vie des humains.

    La vie éternelle

    En général, les textes de l’Ancien Testament ne parlent pas d’une vie après la mort. L’alliance avec Dieu se vit sur terre. Certains textes tardifs comme le livre de Daniel et ceux des Maccabées orientent vers une vie éternelle, c’est-à-dire une vie avec Dieu pour toujours (2 M 7,36; Dn 12,2). Le contact avec la culture grecque et le contexte de martyrs ont favorisé l’émergence de cette croyance.

    Le Nouveau Testament va utiliser le vocabulaire de la vie pour parler de la résurrection de Jésus. Le ressuscité est appelé « le vivant » en Lc 24,5. La résurrection est aussi décrite par d’autres expressions comme le vocabulaire de l’exaltation et celui du levé ou du réveil.

    Le Nouveau Testament utilise aussi la vie comme un symbole pour tout ce que Dieu promet aux croyants. L’accomplissement de cette promesse est relié à la fin des temps, à la venue du Royaume de Dieu, à la résurrection. Cependant, cette vie promise ne concerne pas seulement l’au-delà. Par exemple, Paul écrit : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vie en moi. » (Ga 2,20)

    On peut se demander s’il y a une vie après la mort, mais demandons-nous aussi s’il y a une vie avant la mort! C’est à chacun de chercher comment vivre pour goûter intensément à la vie qui nous est offerte.

    Sébastien Doane

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  • Les croix de chemin

    Jacques Cartier à Gaspé, 1534

    Jacques Cartier à Gaspé, 1534
    Source: Bibliothèque et Archives Canada/MIKAN 2896921

    On estime à près de 3000 le nombre des croix de chemins qui sont érigées le long des routes québécoises, surtout en milieu rural. D’abord considérées comme des objets religieux, on leur ajoute aujourd’hui une valeur patrimoniale qui est reconnue dans plusieurs régions du Québec.

    La première fonction des croix de chemin a été de signaler la prise de possession de la terre. En 1534, l’explorateur Jacques Cartier élève les premières croix dans la vallée du Saint-Laurent pour affirmer la prise de possession du territoire au nom du roi de France. Cette coutume sera reprise par les premiers colons pour marquer la fondation d’un village ou la prise de possession d’un lopin de terre. On peut dénoncer aujourd’hui cette pratique colonialiste et ce rapport à la terre mais ils font parti de notre histoire.

    Des croix ont également été érigées afin d’obtenir une faveur ou en signe de reconnaissance pour une faveur obtenue. À cette fonction où s’exprime la foi populaire, on peut aussi inclure les croix élevées tout près des champs cultivés pour implorer la protection divine contre les fléaux naturels qui affligent les récoltes.

    Une autre fonction importante de la croix de chemin était de rassembler les gens pour la prière du soir. Symbole par excellence du christianisme, la croix est au cœur de la foi pascale. Elle rappelle aux croyantes et au croyantes que la mort et la résurrection du Christ sont indissociables : « Quant à nous, nous prêchons le Christ crucifié : c’est un message scandaleux pour les Juifs et une folie pour les non-Juifs. » (1 Co 1,23) Surmonter cet apparent paradoxe, c’est reconnaître que Dieu manifeste souvent sa présence d’une manière déroutante. Si Dieu a relevé Jésus d’entre les morts et lui a donné le pouvoir d’intervenir dans l’histoire, nous avons raison d’espérer pouvoir traverser les pires difficultés que nous rencontrons dans le parcours de notre vie.

    Sylvain Campeau

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  • Des femmes diacres et des épiscopes avec enfants

    femmes influentes

    Femmes influentes des premières communautés chrétiennes

    Le mot grec episcopos signifie littéralement « celui qui surveille ». À la fin du premier siècle, l’épiscopat n’était pas encore un ministère très structuré, mais il désignait la tâche de responsables des communautés chrétiennes.

    En ce sens, les épiscopes sont les ancêtres des évêques qui, encore aujourd’hui, sont les responsables des diocèses. Un passage de la lettre à Timothée énumère les qualités requises pour un bon épiscope.

    1 Elle est digne de confiance, cette parole : si quelqu’un aspire à l’épiscopat, c’est une belle tâche qu’il désire. 2 Aussi faut-il que l’épiscope soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, pondéré, de bonne tenue, hospitalier, capable d’enseigner, 3 ni buveur, ni batailleur, mais doux; qu’il ne soit ni querelleur, ni cupide. 4 Qu’il sache bien gouverner sa propre maison et tenir ses enfants dans la soumission, en toute dignité : 5 quelqu’un, en effet, qui ne saurait gouverner sa propre maison, comment prendrait-il soin d’une Église de Dieu? 6 Que ce ne soit pas un nouveau converti, de peur qu’il ne tombe, aveuglé par l’orgueil, sous la condamnation portée contre le diable. 7 Il faut de plus que ceux du dehors lui rendent un beau témoignage, afin qu’il ne tombe pas dans l’opprobre en même temps que dans les filets du diable. (1 Timothée 3, 10-7)

    Un élément de ce passage peut surprendre les lecteurs contemporains. Non seulement la lettre à Timothée témoigne-t-elle du fait que les épiscopes pouvaient être mariés, mais elle spécifie également qu’ils devaient avoir une seule femme. Les règles de conduite sont habituellement énoncées pour recadrer une pratique. On peut donc imaginer qu’il y avait des épiscopes polygames, mais que ce n’était pas vu comme quelque chose de bien. La façon dont l’épiscope gouvernait sa famille était importante, c’était perçu comme un reflet de sa façon de s’occuper de l’Église. Plus largement, le célibat n’était pas une pratique courante chez les premiers responsables ecclésiaux. Les évangiles transmettent l’information que Jésus a guéri la belle-mère de Pierre. Celui qui est considéré a posteriori comme le premier pape avait donc une femme. L’importance du célibat pour les ministres de l’Église commence vers le ive siècle, mais il faut attendre le xiiie siècle pour que le célibat ecclésiastique devienne une règle appliquée de façon stricte [1].

    Le texte de la première lettre à Timothée se poursuit avec des recommandations du même ordre pour les diacres :

    8 Les diacres, pareillement, doivent être dignes, n’avoir qu’une parole, ne pas s’adonner au vin ni rechercher des gains honteux. 9 Qu’ils gardent le mystère de la foi dans une conscience pure. 10 Qu’eux aussi soient d’abord mis à l’épreuve; ensuite, si on n’a rien à leur reprocher, ils exerceront le ministère du diaconat.

    11 Les femmes, pareillement, doivent être dignes, point médisantes, sobres, fidèles en toutes choses.

    12 Que les diacres soient maris d’une seule femme, qu’ils gouvernent bien leurs enfants et leur propre maison. 13 Car ceux qui exercent bien le ministère de diacre s’acquièrent un beau rang ainsi qu’une grande assurance fondée sur la foi qui est dans le Christ Jésus. (1 Timothée 3,8-13)

    Les consignent concernant les diacres semblent un peu moins contraignantes. Par exemple, nulle mention d’une discipline quelconque par rapport à leur enseignement. Probablement parce que leurs responsabilités étaient moins grandes que celles des épiscopes. Par ailleurs, la recommandation d’avoir une seule femme revient aussi pour eux. Il y a cependant une grande différence pour les diacres. Le verset onze introduit des remarques particulières concernant les femmes. S’agit-il des épouses de diacres ou de femmes qui étaient elles-mêmes diacres? Ce passage est équivoque. On peut justifier les deux interprétations. Il faut cependant savoir que d’autres textes bibliques mentionnent des femmes diacres. La plus célèbre est Phébée, une collaboratrice de Paul.

    1 Je vous recommande Phœbé, notre sœur, diacre de l’Église de Cenchrées. 2 Accueillez-la dans le Seigneur d’une manière digne des saints, aidez-la en toute affaire où elle aurait besoin de vous. Car elle a été une protectrice pour bien des gens et pour moi-même. (Romains 16,1-2)

    Un autre élément frappe le lecteur moderne de la lettre à Timothée par son absence : celle-ci donne des recommandations aux hommes et aux femmes de l’assemblée, aux épiscopes et aux diacres, mais elle ne mentionne pas les prêtres, jadis appelés presbytres (anciens). La raison en est que ce n’est qu’avec le temps que les ministères de l’Église prendront les formes que l’on connaît aujourd’hui. Il ne faut pas faire l’erreur de projeter sur le premier siècle chrétien la structure actuelle des ministères dans l’Église.

    Les responsabilités en Église

    Une bonne connaissance de l’histoire de l’Église nous permet de voir l’évolution de la conception des ministères. Les responsabilités, titres et critères ont bien changé, avec le temps. Quels sont les ministères ecclésiaux dont a besoin l’Église d’aujourd’hui? Tout le monde voit qu’il y a une crise des vocations, en Occident. Que faire? Il n’y a pas de solutions simples, mais je pense qu’une bonne connaissance des textes bibliques et de l’histoire des ministères peut nous aider à y réfléchir. Le modèle des ministères de l’Église catholique actuelle n’a pas toujours été tel qu’il est aujourd’hui et il continuera d’évoluer avec le temps. D’ailleurs, le dialogue œcuménique pourrait permettre à l’Église catholique de s’inspirer d’Églises qui ont des structures ministérielles très différentes.

    [1] Pour plus d’informations sur ce sujet, je vous suggère : Elizabeth Abbott, L’histoire universelle de la chasteté et du célibat, Fides, 2001.

    Extrait de : Sébastien Doane, Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible, Montréal, Novalis, 2015.

    Sébastien Doane

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  • Suivre le Chemin, témoigner de la Vérité, entrer dans la Vie

    Chemin de Jésus

    Jésus, chemin vers le Père pour ceux qui croient en lui : Jean 14, 1-12

    Autres lectures : Actes 6, 1-7; Psaume 32(33); 1 Pierre 2, 4-9

     Chaque jour j’entends dire : « Où est-il ton Dieu ? » (Ps 41,4) 1

         Disciples du Christ, nous marchons à sa suite. Mais de nos jours, cela ne va pas sans peine. Nous sommes femmes et hommes de foi. Nous croyons en Dieu et en son Fils Jésus ressuscité d’entre les morts. Nous nous laissons guider par l’Esprit Saint. Pourtant, il est parfois difficile de percevoir leur présence dans notre monde. Il y a des jours où nous hésitons à « présenter une défense devant quiconque nous demande de rendre raison de l’espérance qui est en nous » (1 P 3,15).

    Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur moi ? Espère en Dieu ! (Ps 41,6)

         Mais le Seigneur veut nous rassurer. Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi (Jean 14,1). Jésus sait de quoi il parle. À trois reprises déjà nous l’avons vu bouleversé. Devant Marie, la sœur de Lazare, quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleurait aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé (Jn 11,33). Devant l’imminence de sa propre mort, il déclare : Maintenant mon âme est bouleversée (Jn 12,27). Pendant son dernier repas, Jésus fut bouleversé en son esprit, et il rendit ce témoignage : “Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera” (Jn 13,21). Chaque fois Jésus se relève en s’appuyant sur sa foi : Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! (Jn 12,27-28). Il nous invite à faire de même.

    « Que cherchez-vous? » (Jn 1,38)

         Pour que ses disciples continuent de s’appuyer fermement sur Dieu et sur lui, Jésus les ramène vers les premiers pas de leur vocation de disciples. Quand deux disciples de Jean Baptiste se mirent à suivre Jésus, celui-ci leur dit : “Que cherchez-vous ?” Ils lui répondirent : “Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ?” Il leur dit : “Venez, et vous verrez” (Jn 1,38-39a). Cette recherche de la demeure du Christ, qui les a mis en marche, ne s’arrêtera pas là.

    Un long chemin

         L’entrée dans la demeure compte plusieurs étapes. Il y a d’abord cet engagement à suivre le Christ qui permet d’entrer une première fois dans la demeure : Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent [demeurèrent] auprès de lui ce jour-là (Jn 1,39b). Mais pour que ce jour se prolonge, il faut que Jésus affronte son heure. Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout (Jn 13,1). Cette seconde étape, Jésus la franchira seul : Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l’ai dit aux Juifs : “Là où je vais, vous ne pouvez pas aller”, je vous le dis maintenant à vous aussi. […] Simon-Pierre lui dit : “Seigneur, où vas-tu ?” Jésus lui répondit : “Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard” (Jn 13,33.36).

    Un chemin qui conduit « à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure » (Ps 42,3)

         La troisième et dernière étape intègre « à la fois l’existence postpascale et le futur ultime de la communauté » 2. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi (Jn 14,2-3).

    Suivre le chemin du Christ

         Pour atteindre cette heure exquise où nous serons ensemble auprès du Seigneur ressuscité dans la maison du Père, pour que Jésus nous amène dans une des demeures de la maison de son Père, nous avons nous aussi un passage à franchir, une Pâque à vivre. Pour aller où je vais, vous savez le chemin (Jn 14,3). « Le lecteur passe de la contemplation de la maison du Père à l’exigence de croire au Fils, et de l’annonce du résultat à celle du moyen pour l’atteindre » 3. Celui qui déclare demeurer en lui doit, lui aussi, marcher comme Jésus lui-même a marché (1 Jn 2,6). Cela n’est pas toujours évident, comme en témoigne la question de Thomas : Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? (14,5). La réponse de Jésus est aussi fameuse que déroutante : Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie (Jn 14,6a).

    Chemin, Vérité, Vie

         Comme dans l’Évangile du Bon Pasteur, l’image est difficile à saisir. Dans un premier temps, le berger, c’est-à-dire Jésus, est celui qui passe par la porte (Jn 10,2). Puis il est la porte par laquelle passent les brebis (Jn 10,7.9). De même ici, Jésus doit d’abord emprunter un chemin pour retourner dans la maison de son Père, un chemin qui passe par la croix et qui débouche sur la gloire de la résurrection. Ce faisant lui-même il devient le Chemin vers le Père : Personne ne va vers le Père sans passer par moi (Jn 14,6b). En empruntant ce chemin, le croyant découvre la Vérité et la Vie, c’est-à-dire Dieu lui-même. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu (Jn 14,7).

    Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi, mon Dieu. (Ps 41,2)

         Quand Jésus nous parle de connaître le Père, il utilise en même temps le passé, le présent et le futur : vous l’avez vu, vous le connaissez, vous le connaîtrez (voir Jn 14,7). Il y a de quoi y perdre son latin. Nous sommes tentés de dire avec Philippe : Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit (Jn 14,8). Mais il n’y a pas de raccourci pour « voir le Père ». Il s’agit d’abord d’apprendre à connaître Jésus. En marchant avec lui, en écoutant sa parole et en découvrant ses œuvres, nous entrons dans l’intimité du Père. Mais cette intimité ne sera complète qu’à la fin des temps. Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi (Jn 14,3). Quand nous serons auprès du Christ pour l’éternité, nous serons avec lui dans le sein du Père et nous verrons Dieu tel qu’il est.

    Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête (Ps 41,5).

         En attendant, nous ne pouvons choisir l’oisiveté. Jésus nous invite à marcher sur le chemin de la foi et il compte sur nous pour que sa parole continue d’être entendue, pour que son œuvre soit accomplie. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père (Jn 14,12). Oui, la vie s’est manifestée, nous l’avons vue, et nous rendons témoignage : nous vous annonçons la vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ (1 Jn 1,2-3).

    1 Sur le lien entre Jean 14 et les psaumes 41 et 42, voir Xavier Léon-Dufour, lecture de l'Évangile selon Jean, III, Les adieux du Seigneur (chapitres 13-17), (Parole de Dieu), Paris, Seuil, 1993, p. 89.
    2 Xavier Léon-Dufour, Lecture de L'Évangile selon Jean, III, p. 94.
    3 Xavier Léon-Dufour, Lecture de L'Évangile selon Jean, III, p. 95-96.

     

    Yvan Mathieu, SM 

    Source : Le Feuillet biblique, no 2533. Toute reproduction de ce commentaire, à des fins autres que personnelles, est interdite sans l'autorisation du Centre biblique de Montréal.

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